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KD : Chagos bradées à Rs 2.60 la toise
Fin avril 1981, K.D., un redoutable correspondant de “l’express” des années 1980, fin connaisseur du problème des îles Chagos pour y avoir été sans-filiste, pendant plusieurs années, en début de carrière (aiguilleur du ciel), doté d’un implacable bon sens, lui permettant, en d’innombrables fois, de clouer le bec à tout interlocuteur ou politicien, assez courageux pour oser croiser le fer avec lui, se décide, excédé qu’il est par les faux-fuyants du gouvernement Ramgoolam et de son impardonnable indifférence à l’égard de la misère infernale dans laquelle croupissent les Ilois, depuis leur cruel et lâche déracinement, de rappeler, à qui de droit et à qui vous savez, ce que représentent en fait les Chagos
Il commence par poser une question à mille francs ou pour un champion : “Pour combien les Chagos ont-elles été bradées ?” Par générosité ou par naïveté, il estime que les Mauriciens connaissent la réponse exacte à cette question : Rs 40 millions. Question subsidiaire sur laquelle tout le monde, votre serviteur compris, sèche : “Cela fait combien la toise ?”
Cette question peut paraître impertinente. Elle ne l’est pas. Car il s’agit bel et bien d’une question immobilière, ayant trait à la plus belle braderie d’une des plus belles portions de territoire de Maurice et de toute son Histoire. Et il est amusant de voir, de nos jours, les gamins des auteurs de cette braderie monumentale venir pinailler sur certains détails du “Deal Illovo” qu’ils se gardent bien de corriger, à présent qu’ils sont, de nouveau, les heureux locataires de l’Hôtel du Gouvernement, en partie incendié.
Et K.D. fait ses comptes. Il alloue 6 000 arpents à Diego Garcia, la moitié de cette superficie à Peros Banhos, le tiers à Salomon (au jugement apprécié par les joueurs de poker et autres “zougadères”) et 3 000 autres arpents à l’ensemble des autres îles, dont Trois Frères, Six Iles, etc. Total : 14 000 arpents de 1 111 toises chacun, divisant les Rs 40 millions, remis aux bradeurs du territoire mauricien. Ils n’ont donc obtenu que l’aumône de Rs 2.60 la toise pour acheter la papaye hyper mûre de l’Indépendance de Maurice, tenant par une ficelle hyper pourrie à ce qui reste alors du glorieux empire britannique, avec pour triste résultat que “Britannia rule the waves”, aujourd’hui encore, dans cette zone économique exclusive, nous appartenant mais que nous ne pouvons pénétrer sans la permission de Londres
En 1940, K.D. dixit, les Chagos produisaient 11 millions de noix de cocos par an, dont 5,3 m. pour Diego, 3,5 m. pour Péros et 2,2 m. pour Salomon. Une production plus rationnelle pourrait porter ce chiffre à 15 millions, auquel on peut ajouter 5 autres millions en cas d’exploitation scientifique, soit 20 millions par an. A Rs 2 la noix de noix de coco, en 1981 (environ Rs 12, en 2006, sauf en cas de pénurie et de veille de certaines fêtes), cela fait exactement et annuellement les Rs 40 m. pour lesquels, nos dirigeants politiques ont bradé les Chagos en 1965. Quand on pense que leurs successeurs pourraient aujourd’hui offrir sur un plateau ces 15,5 millions de toise à un simple planteur d’oignons, faisant partie de leur “inner circle”.
Les comptes de K.D. sont, toutefois, faussés par l’espoir qu’entretiennent une poignée de spéculateurs, supputant leurs chances de pouvoir vendre, bon an, mal an, aux occupants anglo-américains de notre archipel chagossien, des tonnes et des tonnes d’agrégats. La presse gouvernementale parle même, à ce propos, de “certitude”, n’entrevoyant pas l’ombre même d’un macadam, pouvant faire échec à une telle trahison. En 1981, il y a donc encore quelques naïfs à croire encore dans les promesses carotène qu’agitent devant eux des boutiquiers anglais.
Cette fin d’avril 1981 fait la part belle à un mouvement (on ne parlait pas alors, d’ONG) voulant servir les jeunes de 12 à 14 ans du Ward IV de Port-Louis. Parrainé par Henri Souchon et sa paroisse de l’Immaculée-Conception, il est, entre autres, animé par Marcel Poinen, Doris Chan, Gina Pudman. Il tient à se nommer “Patatrak Boum”.
On parle aussi de M. Saïd Elahee Doomun, assistant directeur des postes. Il accepte l’offre que lui fait l’Union Postale Universelle (UPU) de le nommer son premier secrétaire. Il partira, en juin 1981, pour Berne, Suisse, où se trouve le siège social de cet organisme international. Pas le moment de mettre en berne le savoir-faire mauricien.
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