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Rapport Sylva : ?Les Ilois veulent rentrer aux Chagos?
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Rapport Sylva : ?Les Ilois veulent rentrer aux Chagos?
Trois Ilois sur quatre, interrogés par M. Hervé Sylva, en 1980-81, veulent ardemment retourner vivre aux Chagos, leurs îles natales, la terre de leurs ancêtres. Le Conseil des ministres examine ce document à la fin d?avril 1981. Il prend ainsi connaissance de ce cas extrême de misère et de promiscuité : 31 personnes, en effet, doivent vivre dans une maison de seulement trois pièces. Nos dirigeants politiques ne peuvent, encore moins qu?auparavant, ignorer que les Ilois mènent une vie misérable dans l?enfer mauricien et qu?ils conservent dans leur c?ur la nostalgie de leur paradis chagossien. L?auteur de ce rapport s?évertue à les convaincre que toute compensation ne vaut rien si des efforts réels, devant permettre la réhabilitation et la réinsertion du peuple chagossien dans la vie mauricienne, ne l?accompagnent pas.
L?enquête Sylva souligne que le problème du logement est prioritaire. Avant leur déracinement et leur débarquement inhumain dans l?indifférence générale, les Chagossiens étaient très fiers de leur appartenance au peuple mauricien. C?était toujours avec plaisir qu?ils profitaient du moindre déplacement à Maurice, du moindre retour dans la Grande Terre mauricienne, pour se retremper dans la vie locale. Ils en profitaient pour faire leurs emplettes et acquérir ce qu?ils ne pouvaient trouver dans leurs îles. Mais tout est bouleversé depuis leur déracinement. Les vacances touristiques à Maurice sont devenues une condamnation à perpétuité, sans espoir aucun de salut ni même de sortie, dans un univers indifférent, inhumain, hostile et infernal.
Voilà des Ilois, n?ayant aucune expérience de l?argent, et vivant au jour le jour dans un environnement où ils n?avaient qu?à se baisser, à cueillir les fruits de la terre et de la mer et autres ressources naturelles pour satisfaire leurs besoins essentiels, condamnés désormais à vivre dans un monde où l?on doit acheter, avec des espèces sonnantes et trébuchantes, même quand l?argent vient à manquer, tout ce dont on a besoin, même pour survivre.
Hervé Sylva signale des cas où des cuisines, des salles de bains, ont été transformées en chambres à coucher. Aux Dockers? Flats, une vingtaine de Chagossiens vivent dans les deux pièces d?un minuscule appartement insalubre. A Cité La Cure, une quinzaine d?entre eux partagent la pièce unique d?une maisonnette. A Pointe-aux-Sables, un groupe de déracinés chagossiens trouvent refuge dans une étable. D?autres dans un parc à cabris. Les voilà, revivant le drame de cette femme enceinte, devant mettre au monde son nouveau-né dans une crèche pour animaux, du côté de Bethléem, Palestine.
De telles promiscuités ne sont pas pour plaire aux propriétaires concernés ni aux entourages peu compréhensifs. A peine installés, ces naufragés sont en butte à de nouvelles pressions. De mille façons, on leur demande d?aller chercher un autre écueil auquel s?accrocher, le prochain ne pouvant qu?être plus précaire que les précédents. En guise de bienvenue, ils s?entendent dire : « Allez vous faire pendre ailleurs ! » Pas d?anges à la campagne, pas de musettes qui résonnent, ni de hautbois jouant, mais des regards-pistolets et des allergies croissantess : « Ilois go home ! » Et c?est exactement ce qu?ils souhaitent le plus au monde, à 76% des personnes interrogées, hélas, dans l?indifférence générale. Les alliances politiques se succèdent à l?Hôtel du Gouvernement les unes plus sensibles que les autres. Les voix inaudibles des Chagossiens ne sont pas de celles qui font et qui défont les majorités parlementaires. L?indifférence mauricienne est aussi grande, aussi générale, aussi coupable que le désintéressement anglo-américain. Penser que cette insensibilité gouvernementale et majoritaire pourrait formuler, même du bout des lèvres, un semblant de repentir, un simulacre de demande de pardon, relève de l?utopie, du rêve auquel on renvoie, avec mépris et arrogance, tout camarade inopportun.
Au dire de M. Hervé Sylva, quelque 434 familles, sur les 765 familles, contactées par lui, souhaitent que le gouvernement mauricien, premier responsable de leur déracinement, leur construise une maison sur un terrain leur appartenant en toute propriété. Dans sa sagesse, l?auteur du rapport recommande que les bénéficiaires de ce geste réparateur, pour les torts causés, n?aient pas le droit de revendre la maison et le terrain de la compensation avant l?écoulement d?un laps de 10 ans. Une compensation ne résout en rien la misère des Ilois. La première a été rapidement dépensée de façon inconsidérée. Une petite minorité seulement a eu la sagesse d?en profiter, soit pour acheter un terrain, soit pour la mettre à l?épargne. Seulement 64 familles possèdent le toit sous lequel elles vivent.
M. Sylva recommande qu?un travailleur social soit chargé exclusivement du mieux-être des Chagossiens. Ils attendent toujours ce Protecteur que des gouvernements au c?ur sec oublient toujours de nommer. Nos Ilois errants n?ont pas fini de payer le prix de l?Indépendance de Maurice. Ils n?ont pas fini de casquer pour que nos Judas Iscariote jouissent du fruit des deniers pour lesquels ils ont vendu leurs frères et s?urs.
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