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La face cachée d?Asraf Dulull

22 avril 2006, 20:00

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L?homme se veut discret. Simple aussi. L?adjectif est sur les lèvres de tous ceux qui l?ont côtoyé. Mais depuis bientôt trois semaines, Asraf Dulull se retrouve, bien malgré lui, au centre d?une sérieuse controverse.

Davantage connu à la Plaine-Verte pour son engagement dans la vie sociale, il y a été élu en tête aux législatives de juillet 2005. Un exploit, dans cette localité acquise du Mouvement militant mauricien (MMM) pour un nouveau venu, qui a détrôné au passage l?autre candidat Rouge, Siddick Chady.

Sur le plan national cependant, le ministre des Terres et du Logement n?a que moyennement brillé et était presque, pour ainsi dire, un parfait inconnu.

C?est désormais du passé car son nom a été cité dans l?affaire d?allégations de demande de pots-de-vin de Rs 50 millions pour faciliter l?octroi d?un permis pour le projet IRS de Bel-Air Sugar Estate (BASE). Le ministre ne peut plus se permettre de se la jouer discret.

Ancien commis de l?État, il a pourtant été un des tous premiers ministres de l?Alliance sociale apparaître sur le petit écran. Il prenait alors position contre les squatters qui avaient investi les logements de la NHDC à la veille des élections générales.

À Plaine-Verte, dès que son nom a été traîné dans la boue, des « fidèles » ont été prompts à prendre sa défense et à lui réaffirmer leur soutien indéfectible. Des banderoles, ?uvre de deux de ses lieutenants selon des agents, sont apparues ça et là dans les artères principales, félicitant le ministre pour son « excellent travail » et avertissant : « Pa touss nu minis. »

Certains n?aiment pas ce côté froid et distant qu?il affiche depuis qu?il a hérité d?un maroquin ministériel. Attitude que lui pardonnent volontiers ses mandants au no 3. Chacun sait qu?au no 25 de la rue Velore où il habite ? à quelques centaines de mètres du concessionnaire Subaru appartenant aux Peermamode ? il a converti son garage en bureau pour recevoir les gens.

Ce « gentleman », comme certains se plaisent à le dire, se promène souvent dans l?endroit, où il a vu le jour, en short et en tongs, sans complexe et sans son garde du corps. Accessible, la proximité d?Asraf Dulull plaît.

À Plaine-Verte, les habitants lui sont reconnaissants pour avoir rendu opérationnelle la piscine construite par l?ancien gouvernement. Il est aussi considéré, avec Rashid Beebeejaun, comme la cheville ouvrière derrière l?ouverture prochaine de la foire de Cité-Martial, autre projet qui n?a pourtant pas été mis en chantier par l?Alliance sociale.

Certains le « louent » aussi pour avoir offert des terres de l?État situées à Belle-Mare, à une association socio-religieuse. Cette dernière est gérée par un notable qui avait pris position en faveur d?un autre ministre de la circonscription, lui aussi éclaboussé par des allégations de corruption.

Le fait qu?Asraf Dulull ait également identifié des lopins de terres dans la circonscription pour des projets de logement sociaux fait aussi augmenter sa cote de popularité. « Il personnifie la force tranquille. Et c?est vrai que depuis qu?il est ministre, il semble différent. Il donne l?impression d?être hautain. Peut-être est-ce parce qu?il vient d?un autre milieu et qu?il ne sait pas encore comment gérer cette fonction? », analyse un élu Rouge de Port-Louis.

À Port-Louis-Maritime-Port-Louis-Est, le ministre Dulull passe mieux avec son maillot de footballeur. Joueur d?un bon niveau, il a évolué au sein du Cadets Club, du Century Football Club, de l?Association sportive de Plaine-Verte et d?autres clubs affiliés à la Mauritius Football Association (MFA). C?est d?ailleurs la fusion de deux de ces clubs qui donnera naissance à l?ASPL 2000, dont il a été l?un des dirigeants avant d?en être le trésorier.

Mordu de ballon rond, c?est d?ailleurs sur un terrain de foot, à Réduit, qu?il a choisi de décompresser après son « long » interrogatoire au Central CID mercredi. Deux fois par semaine, il aime tâter du cuir avec ses amis, ou un de ses gardes du corps. D?aucuns estiment que cette image de décontraction n?est qu?une façade pour promouvoir son image « d?honnête citoyen » selon les phrases flatteuses de son service de communication qui donne plutôt l?impression qu?il a la grosse tête.

Au département des taxes où il a fait carrière ? et où il a aussi officié comme enquêteur des fraudes ? il passe pour un bosseur. Il était déjà politicien avant d?entrer dans la politique active, confie un de ses anciens collègues, qui affirme qu?« il a toujours eu le contact facile ».

Naïf ou intelligent ?

C?est sans doute cette familiarité qui lui a joué un mauvais tour, commente un de ses agents à Plaine-Verte. Naïf pour les uns, qui déclarent que n?importe qui aurait pu utiliser son nom pour avoir certaines facilités, il est difficilement manipulable pour d?autres, qui considèrent qu?il est un type « bien trop intelligent pour se faire piéger ».

Mais Asraf Dulull n?est pas tenu en odeur de sainteté par toute la communauté de Plaine-Verte et de Vallée-Pitot. Pour la frange conservatrice des musulmans, il a violé l?un des préceptes de l?islam. On lui reproche surtout le fait qu?il aurait accepté que sa campagne électorale soit financée par des bookmakers. Une source financière d?autant plus « inacceptable » que parier est interdit par sa religion. Des affiches dénonçant ce haram, geste proscrit, auraient été placardées au no 3 durant cette période.

Pourtant ça n?a pas empêché le groupe Zam Zam, considéré comme ultra conservateur à Plaine-Verte, de lancer un mot d?ordre à ses sympathisants, leur demandant de voter pour lui.

Et depuis le début de l?affaire BASE, le fait qu?il ait le soutien inattendu du Front solidarité mauricien (FSM) ne joue pas non plus en sa faveur. En effet, le parti de Cehl Meeah a placardé des affiches qui sous-entendent qu?il y aurait un complot au sein du gouvernement visant à le remplacer au ministère des Terres au profit du leader du PMSD Maurice Allet. Une théorie considérée pour beaucoup comme étant purement « communale ».

Cehl Meeah l?avoue lui-même : déjà la rumeur avait couru durant la dernière élection qu?il avait bénéficié de Rs 1,5 million de l?entourage d?Asraf Dulull pour mener campagne? D?autres s?intéressant maintenant aux dossiers sur lesquels a travaillé l?ancien fonctionnaire du fisc.

Pas de fumée sans feu

Même s?il projette une image trop lisse, l?envolée lyrique des communiqués du bureau de presse d?Asraf Dulull fait aussi sourciller plus d?un. « Profondément croyant, le ministre pardonne à tous ceux qui l?ont offensé? », signait son conseiller en communication, Yasine Mohabuth, jeudi. Ses autres communiqués ont également fait la part belle au culte de la personnalité, rivalisant presque avec les panégyriques de la station de radiotélévision nationale.

« Il personnifie la force tranquille. Mais depuis qu?il est ministre, il semble être hautain »

Dans son premier communiqué, alors qu?il était en mission à l?étranger, Asraf Dulull soutenait être victime de certains vested interests qui lui en veulent car ils le « trouvent sur leur chemin alors qu?ils veulent accaparer tous les biens de l?État sur lesquels ils peuvent mettre le grappin ».

Dulull joue la carte populaire, ressassant ainsi le thème de l?Alliance sociale de lutte contre le « grand capital ». Depuis mercredi, il reprend son bâton de pèlerin en faisant des apparitions dans des réunions publiques à Plaine-Verte pour parler du calvaire qu?il a vécu.

Aujourd?hui encore, vers midi, il prendra la parole aux côtés de celui qui est considéré comme son parrain en politique, Rashid Beebeejaun, lors de la fête Yaum-Un-Nabi au stade St-François Xavier. Mais pour Plaine-Verte en général, il ne peut pas y avoir de fumée sans feu?

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