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Navin le chef
Le Premier ministre donne l?impression de vouloir reprendre la main. A chacune de ses interventions publiques, il annonce, menace, tance? Et cela sur des sujets aussi divers que les droits humains ou encore l?évasion fiscale. Navin Ramgoolam ne fait-il que préparer le 1er Mai ? On n?en dira pas tant. Face à une opposition officielle en déconfiture et un gouvernement qui surfe sur la vague populiste, le Premier ministre sait que la conjoncture joue en sa faveur. Pourquoi alors ne pas en profiter ? Il aurait tort de faire le contraire, en laissant les événements se façonner sans lui.
Son activisme a tout le moins le mérite de révéler son état d?esprit. Après son entrée en fonction, il a pendant longtemps fait profil bas. Ce qui changeait de son prédécesseur. La première initiative a donc été de créer une rupture avec l?image qu?entretenait Paul Bérenger. On s?est ainsi retrouvé avec un Premier ministre qui, jusqu?ici, n?a pas démontré un appétit boulimique pour les conférences de presse. De la même manière, il a soigneusement travaillé l?image d?un chef de gouvernement qui laisse une liberté de man?uvre à ses ministres. Moins interventionniste publiquement, il dirige au sein du discret Conseil des ministres.
Cela profite à d?autres pour mener le rôle de pacificateur des tensions sociales. Ainsi à la mort du détenu Ramlogun, c?est Rama Valayden qui est sur toutes les ondes des radios. Les émeutes dans la prison ? Ramgoolam semble ne pas être celui en charge du dossier. Augmentations des prix ? Il clame qu?il faut le juger sur cinq ans. Oubliée la promesse de changer la vie des gens en 100 jours. Bref, en moins de quelques mois, Navin Ramgoolam s?est réinventé selon les mêmes principes qui l?ont guidé entre 1995 et 2000.
Que ce soit en situation de conflit ou lors des occasions plus réjouissantes, le Premier ministre nous laisse indifférent. Cela aurait pu continuer sur le même rythme n?était-ce l?affaire Dulull. Ce sont les démons du passé qui semblent le rattraper. Il se doit de réagir.
Une fois l?exercice de relations publiques policières engagé, Navin Ramgoolam multiplie les interventions. Il annonce une organisation indépendante pour enquêter sur les allégations faites contre la police. Son gouvernement évoque des amendements pour revoir certains aspects du fonctionnement de l?Icac.
Le Premier ministre monte personnellement en première ligne sur la question de la fraude fiscale. A ce chapitre, il déclare même qu?il «commence à avoir les moyens» de mener cette croisade. On n?épiloguera pas sur le fait que ce n?est que maintenant qu?il «commence à avoir les moyens», mais on se demandera davantage ce qu?il a fait jusqu?ici?
La réponse ne tarde pas à surgir : à cultiver son image. Soucieux de la perception générale, le Premier ministre est resté paralysé à son entrée en fonction devant le spectre du Navin Ramgoolam version 1995-2000. Voilà un homme qui était passé à côté de l?histoire. A côté de son histoire. Un deuxième ratage serait fatal pour lui. C?est ce qui explique l?ambivalence qui a marqué ses premiers mois au pouvoir. Mais cela ne peut s?éterniser. Ses conseillers doivent en être conscients. Autant donc qu?il sorte de ses gonds.
C?est autant un moyen de détourner l?attention de l?affaire Dulull que de mobiliser ses troupes pour le 1er Mai. C?est aussi une préparation psychologique des citoyens pour accepter un Premier ministre ferme et décidé à l?approche d?un budget qui devrait sonner l?alarme de l?austérité si Navin Ramgoolam veut rester en phase avec ses appels de rigueur. C?est surtout cette hypothèse qu?on retiendra. Lorsqu?on a des pilules amères à faire avaler autant se signaler par une démarche résolue. C?est le programme du jour. Le «build-up» d?un chef de l?Etat intransigeant.
Déprimantes perspectives pour un pays qui aspirait à un changement radical de destinée?
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