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Impotente opposition

9 avril 2006, 00:00

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C?était un mariage de convenance. De ces arrangements que l?on conclut par dépit parce qu?ils seyent aux intérêts de chacun et non à cause d?une quelconque affinité. C?était une union qui ne reposait pas sur des idées communes, un projet commun, ces choses qui cimentent les relations, mais sur une froide ambition personnelle, la même, de garder le pouvoir. Celui-ci parti, l?alliance de l?opposition s?est effritée, comme attendu. ça ne nous empêchera pas de dormir, mais c?est malheureux.

Malheureux parce que la rancune que laissent les circonstances de la rupture, risque de perturber la qualité de l?exercice d?opposition.

C?est un signe : en d?autres temps, les molletons de Vishnu Bundhun avaient été du pain bénit pour l?opposition. Il ne s?était pas passé 24 heures que l?on entendait réclamer la démission du ministre.

À son premier meeting après l?affaire Dulull, Paul Bérenger a jugé plus utile de déplorer la mollesse du nouveau leader de l?opposition et les mensonges de son ancien partenaire, qu?à rappeler le contrat éthique signé par les ministres de Navin Ramgoolam.

Si les députés de l?opposition consacrent autant d?énergie à s?affronter l?un l?autre qu?à affronter le gouvernement, si de vaines querelles de territoire occupent un temps censé être voué aux dysfonctionnements du gouvernement, ils affaibliront leur action. Face à une majorité imposante, une opposition parlementaire divisée ne représentera pas une très forte pression. Encore moins lorsqu?on sait qu?un parti seul sur l?échiquier est une alliance potentielle : pour éviter que se noue une complicité entre gouvernement et MMM, le MSM ne risque-t-il pas d?édulcorer son agressivité, et vice versa ? Qui assumera alors ce contrôle sévère qui convient aux mois d?austérité à venir ?

Malheureux aussi parce que l?opposition risque de ne remplir que très mal l?autre rôle qui lui est dévolu : se préparer à être une véritable alternance. Le temps de l?opposition est un temps où l?on reconstruit avec le citoyen une relation en phase avec ses inquiétudes et ses attentes, où l?on tente de regagner ses faveurs, de se recomposer, d?inspirer à l?esprit des électeurs, par sa tenue au parlement, la crédibilité, l?unité, la responsabilité, la maîtrise des stratégies politiques pour les problèmes du moment, toutes ces qualités qui en font une option au présent gouvernement. L?opposi-tion amaigrie n?a plus cette force, ni cette humilité.

Les partis de l?opposition ne se préoccupent guère de savoir s?ils remplissent ces qualités présentement. Excessivement sûrs d?eux, ils ne veulent pas reconquérir le pouvoir, s?en montrer digne : ils estiment qu?il leur est dû, et le prennent à l?occasion. Bérenger clame avec arrogance qu?il « doit » reprendre le pouvoir, comme si ce n?était pas nous qui le lui donnions, Allet passe par l?escalier de secours et se glisse dans les rangs de l?ennemi, Ashock Jugnauth s?est installé dans la peau d?un Premier ministre? sans parti. Surexcités par le remue-ménage politique, ils se positionnent. Alors que ce remue-ménage, ce n?est qu?eux-mêmes qui le provoquent.

Il n?y aura pas dans les rangs de l?opposition de « shadow cabinet » pour stimuler le gouvernement ; le leader de l?opposition ? le PM de l?alternance dans l?absolu ? risque de se faire charrier par ses anciens partenaires qui n?ont pas intérêt à ce qu?ils prennent trop de galon. Ce n?est pas rassurant. Sauf pour le gouvernement. Si l?opposition reste assez lucide pour s?en rendre compte, peut-être est-ce sur le terrain qu?elle devrait se déployer. Renouer avec les gens, ça lui ferait le plus grand bien.

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