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Nemchand maintient qu?il y a bien eu demande de pot-de-vin

6 avril 2006, 00:00

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L?homme d?affaires Rafiq Peermamode brandit sa défense. Pas question de pot-de-vin. Les discussions autour des Rs 60 millions ? selon ses avocats ? que le ministre Asraf Dulull aurait demandées pour accélérer le dossier du projet hôtelier et de tourisme intégré de Bel Air Sugar Estate concerneraient des projets sociaux. Un différend existe entre les avocats de Peermamode et Anil Nemchand sur la somme en cause. Elle serait de Rs 60 millions pour les premiers et de Rs 50 millions pour le second.

Pour rappel Anil Nemchand, employé de Bel Air Sugar estate, a porté plainte lundi au Central Criminal Investigation Department (CCID) à propos d?une demande alléguée de Rs 50 millions par le ministre du Logement et des Terres pour faire avancer le dossier du projet de la compagnie. Celui-ci bloquait sur une question de Pas géométriques. Ce serait Rafiq Peermamode qui aurait fait l?intermédiaire pour demander cette somme.

Interrogé par l?express, hier, Anil Nemchand, maintient que Rafiq Peermamode avait déclaré que les Rs 50 millions avaient été demandées par le ministre Dulull.

Or les avocats de Rafiq Peermamode évoquent l?existence d?un document signé par Anil Nemchand. Il y expliquerait que la somme était destinée à des projets sociaux. ?Mon client a fourni des documents à l?appui pour soutenir sa défense. Il est serein et n?a rien à se reprocher?, dit Me Ashley Hurhangee.

Les hommes de loi maintiennent que la somme que le promoteur avait évoquée allait être remise au gouvernement comme ?socio-economic benefits?. Les projets étaient : un parcours de santé, un espace de loisirs pour enfants, l?asphaltage des routes, l?aménagement de toilettes publiques, entre autres. C?était une des conditions pour l?obtention d?un permis pour un projet Integrated Resort Scheme (IRS).

Obstacles

Cependant, on comprend mal comment cela peut être Rafiq Peermamode, homme d?affaires et directeur de Subaru Motors, qui négocie au nom du ministère du Logement pour ce projet. En décembre 2005, c?est lui qui a arrangé un rendez-vous entre le ministre et les promoteurs. Les hommes de loi de Peermamode affirment que leur client a agi comme intermédiaire, car il était proche du ministre Dulull.

Dans une déposition au CCID, mardi, Rafiq Peermamode réfute les allégations portées contre lui par Anil Nemchand. Il nie avoir dit à Nemchand que le ministre Asraf Dulull lui a demandé Rs 50 millions pour faire avancer le dossier concernant le projet hôtelier et IRS de tourisme et de loisirs de la société Bel Air Sugar Estate à Rivière-des-Anguilles.

Ce projet date de 1998. Il ne concernait à cette époque que la construction d?hôtels. C?est parce qu?il a buté sur des obstacles depuis plusieurs années que la société a entrepris maintes démarches pour faire aboutir le projet. Dans sa plainte déposée lundi à la police contre cette présumée demande de pot-de-vin, Anil Nemchand décrit ces démarches. Il fait ressortir que cette propriété sucrière avait un bail pour 104 arpents de pas géométriques depuis 1898 utilisés comme pâturages. Le bail arrive à expiration en 1998. La société fait en vain des démarches pour le renouvellement du bail. Elle pense que ces terres peuvent être utilisées pour le développement d?un projet touristique, hôtelier en particulier.

<B>Rencontre</B>

Après maintes tentatives, la direction de Bel Air Sugar Estate a une réunion de travail avec le ministère du Logement d?alors pour discuter de ce projet. En 2001, la direction de Bel Air Sugar Estate fait venir les ministres Mukhesswur Choonee (Logement) et Pravind Jugnauth (Agriculture) pour visiter le site. Des correspondances s?ensuivent.

Peu après, le gouvernement accorde beaucoup plus d?attention aux projets IRS. En juin 2003, Bel Air Sugar Estate écrit de nouveau au gouvernement pour demander le renouvellement du bail pour la construction de deux hôtels, un parcours de golf et un projet IRS de construction de villas. Les réunions au ministère du Logement se succèdent. Des lettres sont écrites à différents ministères dans l?espoir de faire avancer le dossier. En mars 2005, le Premier ministre, Paul Bérenger, est invité à visiter le site, mais à cause du mauvais temps, la visite ne peut avoir lieu. Avec l?approche des élections générales, en juillet, le dossier est mis en veilleuse.

Après l?arrivée du nouveau gouvernement, le fast track committee présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, discute de nouveau du projet. Le ministre Asraf Dulull visite le site en novembre 2005, en compagnie de deux députés de Savanne-Rivière des Anguilles (voir ci-dessous).

Malgré une rencontre entre Peermamode, Dulull et la direction de Bel Air Sugar Estate, en décembre 2005, le dossier ne bouge toujours pas. Rafiq Peermamode propose son aide pour faire avancer les choses. Et lors d?une rencontre avec Anil Nemchand, il aurait dit que le ministre demande Rs 50 millions pour finaliser le dossier.

Le ministre lui nie en bloc ces allégations. Il estime que certaines personnes veulent le discréditer pour s?accaparer les biens de l?Etat.

PARCOURS D?ASRAF DULULL

De la fonction publique à la politique

■ Asraf Dulull s?est joint en 1983 au bureau de l??Income Tax? comme inspecteur. Il devient ?investigating officer? en 1995, ?acting chief investigating officer? en 1999, et est promu ?deputy commissioner of Large Tax Department?. Il détient des diplômes en finances et taxation. Asraf Dulull se jette dans l?arène politique début 2005. Il se fait élire sous la bannière de l?Alliance sociale dans la circonscription n° 3 (Port-Louis-Maritime-Port-Louis-Est) aux élections de juillet 2005.

Rafiq Peermamode inculpé provisoirement de trafic d?influence

Mohammad Rafiq Ahmed Fareed Esmaël Peermamode a été inculpé provisoirement hier de trafic d?influence. Il a été présenté devant la magistrate Sarita Bissoonauth, siégeant au tribunal de troisième instance de Port-Louis.

L?inspecteur Lalljee a informé la cour que la police n?a aucune objection que le suspect soit libéré sous caution. La cour a fixé le montant de la caution à Rs 300 000. Peermamode a également signé une reconnaissance de dette de Rs 2 millions. Il lui est interdit de quitter le pays.

?Ami du ministre Dulull?

Le suspect a déclaré à l?express : ?Je n?ai rien à me reprocher. J?ai donné toutes les explications qu?il faut à la police. Je suis serein. J?ai entièrement confiance en la justice?. Rafiq Peermamode est âgé de 49 ans. Il habite la rue Beljamine à Coromandel. Il est défendu par Mes Dick Ng Sui Wa et Ashley Hurhangee.

L?acte d?accusation dresse les faits suivants : en 2001, Bel Air Sugar Estate (BESE) fait une demande auprès du ministère du Logement et des Terres de location à bail de

Pas géométriques à Rivière-des-Anguilles. Ils permettront la réalisation de deux projets hôteliers et d?un parcours de golf de championnat de 18 trous. Au cours de 2005, de nombreuses réunions se tiennent entre la direction de BESE et le comité technique responsable du projet.

En novembre 2005, BESE est invité à faire une présentation Powerpoint de son projet au fast track committee. Le comité est présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam. Environ trois semaines plus tard, le ministre du Logement et des Terres, Asraf Dulull, accompagné des députés de la région, Pradeep Peetumbur et Shakeel Mohamed, procède à une visite des lieux.

Décembre 2005. Anil Rajkishore Nemchand de BESE reçoit un appel de Rafiq Peermamode, qui cherche à savoir si BESE avait des projets de développement hôtelier en vue. Anil Nemchand répond par l?affirmative. Rafiq Peermamode déclare alors qu?il est un ami du ministre Dulull et de bien d?autres politiciens du gouvernement. En vue d?accélérer les démarches, Rafiq Peermamode obtient un entretien avec le ministre pour Patrick Rountree, le directeur de BESE. L?homme d?affaires assiste également la réunion, qui se tient à Moorgate House à Port-Louis.

Le 24 mars 2006, Anil Nemchand se rend au bureau de Rafiq Peermamode à Port-Louis. Ce dernier lui déclare avoir rencontré Asraf Dulull qui l?aurait ?informé? que si BESE verse Rs 50 millions pour le projet, il (le ministre) finaliserait les papiers y relatifs dans un délai de dix jours.

COMMUNIQUÉ

<B>?Conspiration?</B>

Asraf Dulull, ministre du Logement et des Terres, a émis hier un communiqué après la parution de notre article sur des allégations de corruption. Voici le communiqué dans son intégralité.

?L?Honorable Asraf Dulull, ministre du Logement et des Terres, actuellement en mission officielle à Nairobi, vient de prendre connaissance d?un article qui a paru en Une et à la page 3 dans l?express de ce matin (mercredi 6 avril) ou des allégations ont été faites par une société à l?effet qu?il aurait, par l?intermédiaire d?une tierce personne, réclamé une somme de cinquante millions de roupies pour accéder à la requête de ladite société pour son projet.

Le ministre Dulull tient à démentir catégoriquement ces allégations dénuées de tout fondement, et souhaite que la police fasse une enquête approfondie non seulement pour faire éclater la vérité, mais aussi pour poursuivre les auteurs de ces allégations totalement fausses, malveillantes, et malicieuses.

Le ministre a remarqué que depuis quelque temps écho a été à plusieurs reprises fait dans la presse écrite et à la radio de son remplacement ?imminent? au ministère du Logement et des Terres, dans une conjoncture politique de mauvais goût et de bas niveau, doublée d?une conspiration. Il est conscient que l?énorme travail honnête, juste, objectif, équitable, et sans peur ni faveur qu?il abat depuis sa nomination ne plaît pas à certains ?vested interests? qui avaient le champ libre et les coudées franches ces dernières années avant l?avènement d?un Gouvernement de ?changement? motivé par la réelle démocratisation de l?économie, et le ?people empowerment?. Ces certains ?vested interests? qui pendant ladite période pouvaient facilement obtenir tout ce qu?ils voulaient, et quand ils le voulaient, et cela dans leur seul intérêt, essayent, et essayeront par tous les moyens machiavéliques de discréditer le ministre qu?ils trouvent sur leur chemin dans leur dessein d?accaparer tous les biens de l?Etat (terres de l?Etat et Pas géométriques) sur lesquels ils peuvent mettre leurs mains.

Le ministre continuera à faire son travail dans la transparence absolue, et se réserve le droit de prendre toute action qu?il jugera nécessaire, après consultations, contre toute personne qui a fait et qui pourrait faire des allégations fausses, malicieuses, et diffamatoires contre lui.

Le ministre rentre au pays dans l?après-midi de jeudi le 6 avril 2006. ?

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