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La grande traversée de l?écriture
<B>Françoise Chandernagor : ?Ouvrir le prix à d?autres pays des mers du Sud?</B>
Le Prix littéraire des mers du Sud pourrait s?ouvrir, dès sa troisième édition, en 2007, à d?autres pays des mers du Sud. C?est en tout cas l?idée émise par Françoise Chandernagor, la présidente du jury, également membre du jury pour le prix Goncourt. ?Cela dépendra des sponsors, mais en tout cas, ce qui est important, c?est de continuer à miser sur de bons lauréats?, insiste l?écrivain prolifique. Elle prépare deux nouveaux livres : un ouvrage historique et un roman.
Dans le cadre du Prix des mers du Sud, Françoise Chandernagor a eu des contacts avec des auteurs mauriciens. Mais elle avoue connaître peu de monde... à part Jean-Marie Le Clézio. Elle lit, en ce moment, des ouvrages de Philippe Forget.
Elle livre ses impressions sur le nouveau roman, très objectal où l?écriture est neutre, sans action et sans personnage. Il s?agit d?une écriture qui efface l?homme.?Le roman doit justemment parler des sociétés d?hommes?, insiste-t-elle. Ce n?est pas de la poésie où la forme domine. Le roman, lui, doit avoir un fond. Les écrivains français reviennent peu à peu vers ça, après avoir longtemps bercé sur les rivages du nouveau roman. Ils redeviennent des ?raconteurs d?histoire?.
La littérature contemporaine en général et le roman en particulier, sont submergés par les codes. Pour Françoise Chandernagor, ils sont le contraire du roman. Mais, ils n?ont et n?auront, selon elle, aucune incidence sur son avenir. ?Lorsqu?on a découvert le téléphone, la littérature n?a pas changé pour autant. Et puis, le cinéma n?a pas tué le théâtre. En fait, il y aura peut-être moins de bons lecteurs de romans, mais c?est tout??
Françoise Chandernagor découvre l?île Maurice. Elle aime ses petites montagnes, ses arbres? Descendante d?un esclave réunionnais affranchi, elle est particulièrement sensible au métissage et à la beauté du peuple mauricien. Son nom, elle l?a hérité de son ancêtre, probablement originaire de l?Inde et qui fut cuisinier en France. ?Je trouve le peuple superbe. Son amabilité a dépassé les frontières de l?île. Il provient peut-être de cette tradition indienne millénaire, même s?il y a peut-être aussi de grandes violences intérieures ?, dit l?écrivain.
<B>Gonzague Saint-Bris : Fan de Léonard de Vinci</B>
Gonzague Saint-Bris est un personnage autant qu?un écrivain. Ce passionné d?histoire est surtout un fan inconditionnel de Léonard de Vinci. Et il le fait savoir. ?J?ai dormi dans le même lit que Léonard.? C?est comme ça qu?il justifie, en partie, cette passion.
Gonzague Saint-Bris a en fait grandi au château du Clos Lucé, à Amboise, la dernière demeure du grand peintre et inventeur. ?Invité en France par François 1er, Léonard a traversé les Alpes à dos de mulet. Il décrit tout ce qu?il voit dans un carnet?, raconte Gonzague Saint-Bris.
L?écrivain va refaire le voyage du peintre mais par les airs, à bord d?un appareil moitié avion, moitié hélicoptère conçu par un inventeur français du nom de? Raphaël !
On ne refait pas l?histoire. Mais Gonzague Saint-Bris, en revanche est, lui, un formidable conteur et un écrivain avec une érudition extraordinaire sur un grand nombre de faits historiques. ?Je ne publie que lorsque j?ai tout confirmé?, insiste-t-il. Pour lui, la vérité est plus éloquente que le roman. ?La vérité est toujours plus forte et plus extravagante que le roman?, insiste le conteur.
Il se passionne pour les histoires de l?Histoire de France. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment sur Lafayette mais aussi sur les amours du compositeur Franz Liszt. Il se dit amoureux du romantisme. ?J?aime beaucoup Paul et Virginie. C?est désuet mais cela donne une image de la France d?outre-mer. Un peu comme au Canada?, confie-t-il. Gonzague Saint-Bris avoue aussi sa passion pour l?écrivain mauricien Malcolm de Chazal.
Aujourd?hui, il est toujours à la recherche d??uvres inédites de Léonard de Vinci. La Joconde nue? Ou encore les notes volumineuses du peintre dont l??uvre aura été dilapidée.
<B>Le grand lauréat 2006Charles Dantzig, l?égoïsme récompensé</B>
Dictionnaire provocant. En tout cas, le ?Dictionnaire égoïste de la littérature française? ne laisse pas indifférent. Du lauréat, Charles Dantzig, son auteur, récompensé jeudi du Prix littéraire des mers du Sud, voici un florilège de commentaires des membres du jury. Françoise Chandernagor, la présidente du jury, est très enthousiaste par rapport au livre de Charles Dantzig, ?stimulant intellectuellement?, même s?il est partial et subjectif. Le livre est aussi, pour elle, un juste reflet des querelles de clocher qui animent le monde littéraire français. Mieux, des ?uvres comme celles de Charles Dantzig réveillent. Pour Didier Van Cauwelaert, ce type d??uvres nous force à aller ré-interroger la littérature. Elles se démarquent, surtout, d?une certaine nouvelle littérature qui privilégie le sensationnalisme.
Gonzague Saint-Bris, lui, trouve le livre de Charles Dantzig ?merveilleux?. ?Il explore les oeuvres des grands écrivains mais aussi celles des petits maîtres qui sont moins connus mais dont l?existence est si singulière.? Du ?Dictionnaire égoïste de la littérature française?, François Busnel, directeur de la rédaction de ?Lire? affirme : ?C?est parfois brillant, parfois injuste, parfois stupide.? Citant l?exemple de la notice sur le ?polar? il est d?avis que ?ce qui est intéressant, c?est que Charles Dantzig a le courage de se faire polémique dans un monde consensuel. Je n?aime pas le consensuel. Par contre, j?aime bien l?idée de couronner quelqu?un qui nous force à dire : ?Je ne suis pas d?accord.? Je me suis même mis en colère en lisant ce dictionnaire. Mais ce qui est bien, c?est que justement, il suscite des réactions chez le lecteur.?
<B>Didier Van Cauwelaert : Le militant</B>
Didier Van Cauwelaert est un fidèle du Prix littéraire des mers du Sud. Il était là en 2005. Il semble qu?il développe une vraie passion pour l?événement. Il fait vivre la littérature française hors des frontières. ?Il y a une vraie demande pour le prix et le sponsor principal, le One&Only Le St-Géran, veut s?inscrire dans la durée. Nous en voyons l?importance rien qu?avec l?intérêt porté par les libraires mauriciens?, estime-t-il.
Et puis, il y a des rencontres, des échanges. Des auteurs locaux viennent présenter leurs livres. ?Par exemple, en 2005, j?ai rencontré Vinod Rughoonundun qui est quelqu?un de formidable?, poursuit Didier Van Cauwelaert. Il veut aussi prendre position. ?Après tout ce qui s?est raconté sur le chikungunya, on s?est dit qu?on n?allait pas annuler l?événement, même si le problème s?est posé. C?est un acte militant. Trop de précaution tue la vie.?
Didier Van Cauwelaert revient sur son travail d?écrivain dans les recherches autour du linceul de Turin, le Saint-Suaire. Un travail qui a abouti à deux ouvrages : un roman et un essai. Et qui a contribué à lever le voile, à ouvrir un dossier longtemps resté dans l?ombre. ?L?écrivain est une courroie de transmission. Il transmet une information.?
Il n?hésite pas à critiquer le nouveau roman. ?Le sensationnel est devenu l?élément primordial, au détriment du style?, regrette-t-il. Par soucis de marketing, probablement.
Or, selon lui, la sincérité doit primer chez un écrivain. ?Celui qui raconte des histoires passe après et c?est dommage.? Et pour illustrer la responsabilité sociale de l?écrivain, Didier Van Cauwelaert a une jolie définition. ?Il est bien plus un témoin de son époque qu?un témoin de son propre nombril.?
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