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Les Chagos des jours heureux

3 avril 2006, 00:00

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À l?époque, il n?avait que 13 ans. Mais Clément Siatous s?empresse de préciser : ?Pann vinn forse?. Son histoire d?exilé n?a rien à voir avec les images d?embarquement sous la contrainte, qui font désormais partie de la mémoire collective.

Lui, c?est plutôt une histoire de courses sans fin. Sans se méfier, sans même imaginer que l?aller puisse être sans retour, la famille Siatous traverse l?eau qui sépare Diego Garcia de Maurice. ?Pour acheter des denrées que l?on ne trouvait pas sur l?île, des petits meubles, de la mercerie?? Et, puis, pas de bateau retour. Tous les espoirs resteront à quai. Un jour, un mois, un an, tout le temps. Jusqu?à maintenant.

Il faudra se faire une raison. Se construire une nouvelle maison du côté de Cassis. C?est là que Clément commence ses ?griffonnades.? Là, dans un coin de son atelier, à côté de la porte : un sac de voyage où des tubes de couleur sont entassés pêle-mêle.

Justement, c?est à cause de ses engagements de peintre que Clément Siatous a pris la direction opposée du quai. Il ne tient pas particulièrement à revoir les Chagos. Sous sa casquette à l?emblème américain (comme quoi il n?y a pas d?antithèse), lui, reste très terre à terre. Sans se languir de sa terre.

Le peintre préfère se réfugier dans son Chagos imaginaire, celui de son enfance, celui des photos, plutôt que celui du présent et de son délabrement. Lui, se projette dans le futur, ?kan Amerikin pou donn kass pou refer partou?.

Ses souvenirs, alimentés par tous les clichés des années 40-50 qu?il a accumulés patiemment, le peintre les a immortalisés sur la toile. Des grands formats où il a capté Peros Bahnos, l?île où il est né.

<B> Des gens, encore des gens</B>

Dans sa mémoire, il a gardé intacte la grande case, la chapelle. La mémoire du peintre a aussi gardé des traces du ?volant?, ?kot met koko sek lor karo?, de même que l?embarcadère, où débarquera la centaine de voyageurs à bord du Mauritius Trochetia. En cette saison de départ, Clément Siatous n?a pas oublié de fixer sur la toile le Nordver, le bateau-légende qui a déchargé sa cargaison humaine en provenance des Chagos à Maurice, il y a 38 ans.

Diego ne manque pas à l?appel avec son armée de femmes qui y décortiquent le coco. Avec une précision mathématique, il se souvient que ?la tas? était de décortiquer 700 cocos par jour pour les femmes et 1 000 pour les hommes, de 7 heures à 10 heures.

La visite fait une halte par le moulin à huile, et les ânes qui le font tourner. Et partout des visages paisibles, des regards clairs et des femmes souriantes. Un véritable répertoire des gens qu?il a côtoyés. Des physionomies de gens simples, travaillant de leurs mains.

Là, sur une plage, immortalisé par le coup de pinceau de Clément Siatous : le Catalina. C?est l?un des avions américains, oiseau de mauvais augure qui annonce le grand départ.

Seule trace du temps qui passe dans l??uvre de Clément Siatous : la façade malmenée du bâtiment où se faisait l?appel des familles par le régisseur. ?Sa mem ki zot pou trouve la?, en parlant de ceux qui vont retrouver leur île natale. Lui n?entretient aucun fantasme sur ces îles. N?a aucune illusion sur l?état de délabrement des maisons des habitants, ?si elles existent encore?.

Pour l?heure, il existe une vingtaine d?images des Chagos. Des tableaux aux couleurs des souvenirs heureux de ce décoré de la République. Clément Siatous a été élevé au rang de Member of the Star and Key en 1998. D?ici août, il compte augmenter le nombre de ses ?uvres à 50 pour les exposer à travers l?île. Et qui sait, ?même en Angleterre et aux Etats-Unis?.

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