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Le show des politiciens
Au hit-parade de l?absurdité, l?opposition devance la prison centrale. Même s?ils entretiennent la galerie depuis plusieurs semaines déjà, ses politiciens, à défaut d?être comiques, sont risibles. Le contexte actuel ne se prête guère à leurs gesticulations.
On aura tout entendu : « serpents », « crapo », « bef ». Hier encore, Paul Bérenger, Pravind Jugnauth, Rajesh Bhagwan s?échangeaient des compliments, aujourd?hui ils se regardent en chiens de faïence, pour rester fidèle à leur vocabulaire animalier.
Au Parlement ce mardi, face à la majorité, le MMM et le MSM, après leur « musical chair », auront chacun leur « front bench ». Un rapport de forces triangulaires, comme dans les années 70 avec le PTr de sir Seewoosagur Ramgoolam, l?IFB de Sookdeo Bissoondoyal et le PMSD de sir Gaëtan Duval.
A priori, cela peut paraître sain pour la démocratie que d?avoir une diversité de voix, mais l?expérience a prouvé que les alliances sont incontournables dans notre paysage politique.
Ces mêmes politiciens qui aujourd?hui crachent tout leur venin sur leurs adversaires du jour seront ceux-là mêmes qui ravaleront leur salive avant d?embrasser fougueusement leurs ennemis pour sceller une énième union. L?électorat a fini par accepter ces liaisons aussi conjoncturelles que loufoques.
Mais jusqu?où peut-on pousser l?absurde ? Comment garder une certaine décence quand Maurice Allet et Eric Guimbeau, élus après avoir condamné le programme et les membres de l?Alliance sociale, font des contorsions pour intégrer cette alliance.
Et le MMM, jadis adversaire juré du PMSD, qui finit par s?unir avec ce parti. Quelque temps après, les Mauves s?avouent dégoûtés par les courbettes de Maurice Allet devant Ramgoolam.
Mais aujourd?hui encore, les Mauves ont besoin (à défaut d?envie) des Bleus pour rivaliser avec leur ancien partenaire, le MSM. Les deux coqs ne sont pas contre. Notons en passant que l?un de ces deux députés PMSD a été élu sous la bannière mauve avant de découcher. A ne plus rien comprendre, sauf peut-être que tout finit par se mélanger, au nom des considérations autres que celles exprimées par l?électorat, en toute indécence.
Dans un formidable élan d?orgueil, surprenant tout le monde, Paul Bérenger avait proposé de céder sa place puisqu?il ne commande pas la majorité au sein de l?opposition.
Or quelques jours plus tard, il reste impassible alors que son ex-partenaire lui débite son dernier sou de confiance. Pourquoi alors avoir proposé de libérer un fauteuil auquel on est manifestement collé ?
La réponse réside dans l?aspiration, légitime certes, de tout politicien : atteindre le pouvoir. Au mieux, il se retrouve au gouvernement, au pire dans l?opposition (où malgré tout on conserve un certain pouvoir).
Dans l?interview accordée au Matinal, Navin Ramgoolam déclare: « en 2000, à la veille des élections, le MMM avait souhaité une alliance politique avec le PTr. J?avais cette option et il ne fallait pas être un expert politique pour prédire qu?avec cette alliance je remporterais une victoire facile ». La suite on connaît, le MMM et le MSM se sont unis à la dernière minute, au terme d?un accord à l?israélienne.
Mais avant même l?expiration de ce contrat, Pravind Jugnauth, dans l?interview qu?il nous accorde cette semaine, révèle que le PTr l?a approché pour une alliance l?an dernier avant les élections.
Comme Navin Ramgoolam plus haut, lui aussi affirme qu?il aurait gagné facilement s?il avait dit oui, mais qu?il est resté fidèle à ses principes et au MMM. Ces détails sont des histoires d?alcove, révélées bien après, par les principaux protagonistes eux-mêmes, pour se flatter.
Le comble dans le jeu politique, c?est que tous les partis politiques affirment qu?ils ont des principes qu?ils respectent. Mais c?est clair qu?ils ne se respectent pas, encore moins leur électorat, vu qu?ils ont tous, à différents moments, vécu en concubinage avec les uns et les autres.
Si les jeunes disent se désintéresser de la chose politique, on ne peut pas les blâmer finalement. A chacun son show?
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