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Le programme de Paris
Le Premier ministre a été excellent en France. Des discours de bonne tenue qui ont su dire l?essentiel de nos relations et la gravité de notre situation. Sans grandiloquence diplomatique ni excessive effusion, Navin Ramgoolam a évoqué avec dignité et mesure les problèmes affectant le pays et sollicité le soutien de la France dont il a salué « une écoute jamais démentie ». Les propos du Premier ministre ont retenu l?attention par la pertinence de l?analyse, la hauteur de vues, la vision qui les soutient. Il faut juste que les actes s?accordent au discours. À ce sujet, le pays a encore beaucoup de chemin à faire.
Plaidant devant le ministre français des Affaires étrangères la cause de Maurice et le besoin d?une « coopération réinventée », Navin Ramgoolam estime que les trois atouts majeurs du pays sont « la stabilité politique, la maturité de notre démocratie, l?assiduité au travail et le sens de discipline » des Mauriciens. On peut dire cela mais on peut aussi dire son contraire.
S?il est vrai que le pays est stable sur le plan politique en ce sens que ce sont les urnes qui font et défont les majorités, il est évident que les gouvernements ont de plus en plus de mal à assumer sereinement leurs responsabilités dans un climat politique de démagogie permanente. L?ancien Premier ministre, Paul Bérenger, n?a rien de mieux à faire ces jours-ci qu?à ameuter ses troupes en réclamant? de nouvelles élections. Il compare Maurice à la Thaïlande ! Il a beau jeu de démontrer que Navin Ramgoolam au pouvoir fait parfois le contraire de ce qu?il avait promis. Il y aurait plutôt lieu de s?en réjouir?
C?est le crétinisme politique ambiant qui oblige le leader de l?opposition à contester systématiquement toutes les décisions du gouvernement, y compris celles que Bérenger sait pertinemment être inévitables et judicieuses. Comment le blâmer tout à fait quand on sait que Navin Ramgoolam ne se comportait pas mieux dans l?opposition ? En quoi ce jeu malsain qui exploite l?inculture politique des électeurs est-il une expression de la « maturité de notre démocratie » ?
Si l?on parle de la manière dont le système électoral permet l?alternance politique depuis pratiquement un demi-siècle, il n?est pas prétentieux d?affirmer en effet qu?il est mature. Mais les électeurs ne le sont pas forcément. Ils sont en réalité handicapés par la pauvreté de l?argumentaire des acteurs politiques eux-mêmes, par les discours abêtissants des meetings publics, par la propagande insane de la télévision d?État, par le processus d?infantilisation électorale, mensonge qui fait croire aux électeurs que l?État est une mère nourricière capable de satisfaire tous leurs désirs. Cette peur incapacitante des dirigeants politiques à dire et à expliquer la vérité des choses aux citoyens est la preuve la plus concrète de notre immaturité politique.
La vérité est que ce pays est au bord de la banqueroute. Sans une aide massive des organisations internationales de financement sollicitées et de quelques rares pays amis dont la France justement et l?Inde, le pire est à craindre. Le pire, c?est la récession, le chômage, la misère. La descente peut être rapide. En espérant que le gouvernement parvienne à les obtenir, les éventuelles aides destinées à financer le coût de la restructuration économique, estimées à Rs 150 milliards, ne régleront qu?une partie du problème. Il faudra encore et surtout une vigoureuse remise en ordre des finances publiques qui passe par une politique d?austérité de plusieurs années. Elle exige surtout que l?État reconnaisse qu?il n?a plus les moyens de financer tous les services sociaux dont ont bénéficié gracieusement les Mauriciens au temps de la croissance forte, du protectionnisme généreux et des vaches grasses. Tôt ou tard, il faut passer à la caisse.
À Paris, devant un parterre d?hommes d?affaires dont certains sont parfaitement informés des réalités économiques mauriciennes, le Premier ministre a évoqué les difficultés actuelles. Il a parlé pour la première fois publiquement d?un « programme de restructuration économique préparé en liaison avec les institutions internationales », qui comprend comme premier volet « la consolidation des finances publiques ».
Les Mauriciens doivent vraiment être trop imbéciles si le Premier ministre choisit, pour annoncer l?initiative la plus substantielle de son gouvernement à ce jour, un auditoire étranger. « Consolidation des finances publiques », en l?occurrence, c?est l?autre nom de l?austérité. Il est vraiment temps que le Premier ministre et son vice-Premier ministre et ministre des Finances prennent leur courage à deux mains pour dire enfin aux Mauriciens ce qu?ils chuchotent aux étrangers. Ils peuvent tout mettre aujourd?hui sur le compte du « triple choc » international du sucre, du textile et du pétrole. Dans un an, ce sera l?absence ou la timidité des mesures de redressement qui pourrait être reprochée au gouvernement.
Si la restructuration de l?économie et la consolidation des finances publiques sont des conditions nécessaires, elles ne sont pas suffisantes. Un autre « volet » tout aussi indispensable évoqué avec insistance par le Premier ministre avec les participants aux travaux organisés au siège du Mouvement des entreprises de France (Medef), est la recherche d?investisseurs étrangers. Beau discours soulignant les vrais attraits de Maurice. Mais là encore, il n?est pas sûr que les actes respectent la promesse du discours. Les investisseurs locaux et étrangers n?arrêtent pas de se heurter au mur arrogant et repoussant d?une bureaucratie imperméable à toutes les urgences nationales. Et tout aussi grave, je ne crois pas que le Premier ministre a raison de vanter « l?assiduité au travail et le sens de la discipline » des Mauriciens. Ces qualités se perdent. Nos travailleurs ont été gâtés trop longtemps par le confort de la sécurité et les avancements non justifiés par l?effort et les obligations de résultats. Et personne, aucun leader pour dire leur fait à ces obèses d?un temps révolu.
Le Premier ministre dit que la nation a « l?énergie et la volonté de relever les nouveaux défis ». Je le crois aussi. Le temps de l?action c?est maintenant.
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