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La folie des blogs
Ils ont entre 27 et 30 ans. Ils se surnomment Licoutouni, Coq 2 Rasse, Strepto Coq, Coq Liko? Ils sévissent sur le web dans un blog mauricien des plus décapants. Leur credo, c?est la dérision. Tout comme ces ?coqs déchaînés? ? c?est leur dénomination ? l?engouement des blogs commence à gagner les internautes mauriciens.
Un nouveau média est né sur Internet. Chaque jour, sur la grande ?toile?, des milliers de nouveaux blogs viennent s?ajouter à une kyrielle d?autres.
?Un blog est sans aucun doute un site facile à faire, une sorte de journal qu?on tient et qu?on publie. Il peut être actualisé à tout moment par le propriétaire. Pas étonnant qu?avec l?aide de l?ADSL, la possibilité d?Internet à haute dose, beaucoup de Mauriciens y trouvent leur exutoire?, explique Stéphane Lee, informaticien dont le premier blog est paru en 2003.
Ce nouveau type de site personnel complètement interactif explose en ce moment dans tous les domaines tant au niveau de la culture, du sport que du jardinage. On y découvre les sujets les plus personnels comme montrer son chien ou l?anniversaire du petit dernier aux sujets professionnellement pointus. Le blog reste un outil permettant de publier sans connaissance technique tout type de contenu sur Internet.
Un succès phénoménal
Ainsi Kayaman 95 déplore l?utilisation intempestive de cet outil, prônant l?aspect instructif de son blog sur l?histoire du ?marronnage? à l?île Maurice. ?J?invite les gens à connaître leur histoire. Je veux faire quelque chose de différent qui revalorise un peu l?image des Mauriciens contrairement à ceux qui affichent, dans leur blog, leur star indienne, leur nouvelle coupe de cheveux ou leur dernière voiture.? Avinash ne jure, lui, que par son équipe de football préférée tandis qu?Aadil, 23 ans, étudiant en informatique, privilégie la musique.
De cette simplicité d?usage découle un succès phénoménal, comme l?atteste le blog déjanté des ?coqs déchaînés?. Une génération qui s?est appropriée les nouveaux outils de dialogue et d?échange et qui s?adresse à elle-même sans intermédiaire.
Cette interactivité permet, en temps réel, de rebondir sur l?actualité et de proposer une information complémentaire, voire alternative aux médias traditionnels. Par exemple, dans un style très pince-sans-rire, ils nous relatent l?arrivée d?Abdul Kalam, le président indien ou les péripéties de nos ministres...
Ils affirment ne pas avoir de message particulier à faire passer. ?A priori nos très intelligents dirigeants, à l?ouverture d?esprit inimaginable, sont tellement bornés qu?ils n?écoutent personne. Nous ne souhaitons pas faire bouger les choses mais seulement nous défouler dans ce pays qui ressemble de plus en plus à rien. C?est sans ambition aucune qu?on a créé ce blog où on balance nos vannes.?
Stéphane Lee, entraîné dans le bain par Eddy Young, un des premiers à avoir créé un blog mauricien, avoue : ?Je préfère parler de technologie et de divertissement. Le blog permet de figer dans le temps mon état d?esprit. Mon but avec blog.mu est de permettre aux Mauriciens de franchir le pas dans la blogosphère. Il suffit de demander pour être hébergés gratuitement.?
Le phénomène est tel qu?un blog a été créé pour discourir sur son propre emballement. Véritable mise en abyme. Pointblog.com a pour but d?éclairer sur l?importance de ce type de média, ses spécificités et son fonctionnement.
Cet espace de libre expression est tout le contraire d?une mode passagère. Des millions de gens qui ne s?exprimaient pas auparavant, faute de moyens, ont décidé de prendre la parole et les internautes mauriciens ne sont pas exempts de cette mode.
L?essor des blogs a bénéficié aussi de la levée des obstacles techniques à l?expression sur le Net. ?On n?a plus besoin de connaissances approfondies sur les sites web, souligne Stéphane Lee. En quelques clics, on peut publier son texte alors qu?auparavant, il fallait coder en HTML, le langage pour les pages web. Mais ce n?est pas une carte blanche pour faire n?importe quoi.
Il existe toujours des recours sur Internet. S?il y a diffamation, il faut suivre le cas par les canaux traditionnels, c?est-à-dire avertir l?hébergeur.?
Sans humour s?abstenir
Certes, l?expression libre peut amener son lot de dérapages en tout genre. ?Les coqs déchaînés? ont pensé à cette possibilité de dérive. ?Tout ce qu?on peut envisager, c?est de faire confiance à ceux qui visitent notre basse-cour (plate-forme) en espérant qu?ils ont de l?humour et qu?ils sont libres d?esprit. D?ailleurs, il est précisé que ceux qui n?ont pas d?humour et qui cultivent la susceptibilité n?ont qu?à quitter la basse-cour.?
Pas étonnant que les annonceurs publicitaires s?intéressent de très près à ce nouveau mode de média qui secoue les codes traditionnels de la communication. Stéphane Lee abonde en ce sens : ?C?est certain qu?ils lorgnent les blogs locaux, comme cela se fait pour les sites traditionnels. Ile-Maurice.com aura dix ans en 2007. Je l?ai commencé quand j?étais encore étudiant. Il est maintenu uniquement par les revenus de publicité.?
Il ne suffit pas de créer son blog pour être lu. Sur les millions de blogs existant sur la blogosphère mondiale, on dénombre des blogs vides, abandonnés, mort-nés ou avortés. Ce n?est pas le cas à Maurice où le craze prend de l?ampleur, c?est clair et? Net !
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