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Ces hommes sont dangereux
Le pouvoir a-t-il l?intention de brimer la liberté d?expression et le droit de savoir du citoyen ? Non seulement, les dirigeants multiplient les déclarations de guerre contre la presse, mais la loi qui est en gestation sur les médias fait planer des menaces sérieuses.
Les premiers renseignements indiquent que cette loi prévoit des mesures qui, au mieux, freineront le développement d'une presse dynamique, et au pire, étoufferont l'activité journalistique et la liberté d?expression. Un document officiel évoque, outre la création d?un Conseil de presse, la limitation des moyens dont dispose la presse pour faire son travail. La publicité sur l?alcool et les cigarettes sera totalement interdite (c?est déjà le cas pour le tabac). Une nouvelle politique sera adoptée pour les avis gouvernementaux. Il sera conseillé aux institutions de l?Etat de ?use alternatives to inform general public?.
Cette volonté de priver les journaux indépendants de la publicité gouvernementale va très loin. Il est question de demander aux ministères d?envoyer des lettres ou des SMS à chaque citoyen plutôt que de faire publier des avis dans la presse. Seuls les organes officiels du gouvernement auront accès à l?information.
La loi pourrait contraindre les journaux à ne pas allouer plus de 30 % de leur surface à la publicité commerciale. Cette mesure rend financièrement difficile l?existence des journaux indépendants. Elle les oblige à augmenter considérablement leur prix de vente pour survivre, ce qui réduira leur lectorat. En général, les revenus d?une entreprise de presse proviennent à plus de 60 % de recettes de la publicité.
La publicité gouvernementale sera repensée. D?ailleurs, sa répartition suscite déjà une polémique. Le journal ?Sunday Vani? s?élève contre le fait qu?il est totalement exclu de la liste des bénéficiaires. Mais cette absence découle de l?obligation légale qui est faite à des institutions publiques de faire publier leurs communiqués dans des journaux ?with a wide circulation?. Ce critère désavantage, naturellement, les journaux à faible diffusion. Toutefois, ?Sunday Vani? a raison de dénoncer l?attribution injuste de publicité à certains titres pro-gouvernementaux ayant un tirage aussi faible que le sien. En fait, s?il voulait promouvoir le pluralisme de l?information, le gouvernement devrait songer à un soutien direct aux journaux à faible tirage sans passer par le biais de la publicité.
Quant au Conseil de presse qui est proposé, il sera doté de vastes pouvoirs de sanction contre les journalistes. Ceux qui déplaisent à cet organisme d?Etat paieront le prix de leur insolence. Le Conseil pourra réglementer tout ce qui touche à la vie d?un journal, y compris la composition de son actionnariat ?in order not to allow big capital to control the press?. Curieusement, il n?est pas envisagé d?interdire aux étrangers le droit de posséder des journaux à Maurice, même s?ils font partie du gros capital de leur pays.
La volonté de l?Etat de créer une instance spécifique pour surveiller la presse est suspecte car il existe déjà un arsenal juridique contre la diffamation, la sédition et la publication de fausses nouvelles. Ceux qui enfreignent ces lois sont déjà lourdement sanctionnés. Les lois existantes protègent de la même façon les citoyens et les hommes publics. L?intention du gouvernement serait-elle de surprotéger ces derniers ?
On peut se demander si le dessein du gouvernement n?est pas d?imposer un contrôle étatique sur la presse. C?est une grave menace. Il faut organiser la résistance. Ceci n?est pas que l?affaire des journalistes. C?est le droit de savoir du citoyen qui est en jeu.
Le gouvernement croit s?attaquer à une poignée de journalistes mais, en vérité, il heurte la conviction des 93 % des Mauriciens qui estiment que le rôle de la presse est positif.
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