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L?arrogance des ignorants

26 mars 2006, 00:00

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Rien ne pourrait mieux convenir au gouvernement qu?une expression qui a fait mouche l?an dernier.

Elle avait été accrochée par Sithanen au dos de Bérenger. L?arrogance de l?ignorant? Une pathologie redoutée. « Ceux qui en souffrent, explique Sithanen, croient savoir de quoi ils parlent, ne savent absolument rien et refusent d?écouter les experts. » La claque de l?expert en systèmes électoraux à celui qui avait choisi de dénaturer le projet de réforme, était méritée. Elle ne serait pas perdue si M. Sithanen avait le courage de l?administrer cette fois à d?autres.

Dharam Gokhool n?a besoin, semble-t-il, d?aucun conseil. Après avoir ignoré celui des pédagogues, il n?a manifesté, jusqu?à hier du moins, aucun intérêt à l?offre des psychologues de participer à la réflexion. Apportant un gage d?authenticité aux analyses des enseignants, ceux-là sont venus démolir encore le projet de réforme. Dégager une élite à 10-11 ans est un contresens, vouloir motiver l?enfant par la compétition est un leurre, croire que les parents sont meilleurs juges des capacités intellectuelles de leurs enfants, une erreur, écrit Gianella Cathan. Observatrice privilégiée des traumatismes subis par l?enfant, elle met en garde : l?État allume un foyer en créant une situation où l?enfant peut se sentir dévalorisé. Mais Dharam Gokhool n?est pas inquiet. Il sait où il va.

Son babillage au Parlement indique pourtant le contraire. Il s?est enfermé dans des slogans rabâchés depuis l?introduction du projet et n?a pas tenté de faire évoluer ses idées. Derrière un discours décousu où s?agencent des banalités du même acabit que le communiqué qu?il avait fait paraître pour « éclairer » l?opinion, se devine une maîtrise moyenne des enjeux de cette réforme. Une performance d?autant plus médiocre que ses adversaires n?ont soulevé aucun argument de fond, réservant leurs cartouches pour une autre bataille. Face à un Bérenger désorienté par la pirouette de Ramgoolam, un Cuttaree réclamant un rapport déjà public, un Gunness s?accrochant aux statistiques contestées de la GTU, Gokhool aurait pu réaliser cette « excellente performance » que lui a attribuée Navin Ramgoolam.

La même arrogance a émané du Premier ministre à Triolet. Navin Ramgoolam estime savoir comment « la presse », dans son ensemble, devrait faire son travail, comment elle devrait se comporter. Celle à qui il a affaire est tellement pitoyable qu?il se refuse désormais de la lire. La presse pourrait certes assumer ces menaces de contrôle et reconnaître avec humilité qu?elle les a méritées à force d?avoir retardé la réflexion sur une autorégulation. Les lignes de cette régulation qu?a dégagée le comité mis en place par le gouvernement ne sont d?ailleurs essentiellement rien d?autre que le code le plus communément cité et qui fait déjà office de guide pour les principaux journalistes du pays, celui de l?Angleterre. Elle n?avait pas besoin d?eux. Mais la violence des propo du Premier ministre, les exemples d?écarts de conduite qu?il cite cachent une ignorance et un mépris du rôle de la presse qui rend suspectes ses intentions.

Elles ne sont pas de professionnaliser le secteur pour protéger le citoyen. Elles sont très personnelles. Les blessures remontent au précédent mandat du Parti travailliste, marqué par la révélation de scandales et d?affaires peu flatteuses pour son image. Il y a chez Navin Ramgoolam comme une plaie ouverte dont la moindre agressivité de la presse contre le pouvoir, la moindre dénonciation, la moindre information même ravivent la douleur. L?absence de Press Council devient un prétexte pour évoquer l?impunité de la presse. Or, un code de conduite ou une loi sur la diffamation n?épargneront pas à Navin Ramgoolam ce qui le fâche, la position éditoriale adoptée sur la réforme Gokhool ou la publication des chiffres du chikungunya. L?intention du Premier ministre, comme celle du précédent gouvernement, c?est de se protéger lui-même. Ce n?est pas le propre d?un Press Council.

Le débat sur la régulation de la presse, il est aussi important de le mener que celui sur la réforme de l?éducation. Mais si le gouvernement pense qu?il détient les solutions sans impliquer les partenaires, sans reconnaître le rôle qu?ils doivent y jouer, ils avorteront. Les pédagogues et les psychologues ont défendu leur chapelle, les journalistes pas suffisamment. Il reste un mois avant la Journée mondiale de la liberté de la presse. Ce serait peut-être l?occasion d?un consensus sur un code de conduite commun. Au nom de l?information et du citoyen. Et pour ne pas répondre à l?arrogance des ignorants par la même arrogance.

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