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L’odyssée interdite de l’« Olympe »
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L’odyssée interdite de l’« Olympe »
«La mer ne pardonne pas. Elle vous fait payer très cher la moindre incartade. » Paroles d’Hervé de Baize, un loup de mer mille fois rompu aux caprices de la grande bleue. Cette dernière l’a souvent rappelé à l’ordre dans le passé. « J’en ai tiré des leçons.
On ne sort pas en mer sans être bien équipé et sans en connaître le code. »
Propriétaire de plusieurs bateaux de pêche au gros, il constate, depuis plusieurs années, que la méconnaissance de la mer, l’imprudence et l’inconscience sont, la plupart du temps, à l’origine des accidents.
L’Olympe, un bateau de pêche au gros, porté disparu depuis dimanche dernier avec ses quatre occupants, s’est-il évanoui à cause d’un manque de vigilance ?
Ce drame aurait-il pu être évité ? Selon différentes sources, plusieurs éléments, liés à la négligence, tendent à expliquer la dérive de l’Olympe.
Le plus grave étant qu’aucun des passagers de ce bateau ne possède un permis de skipper, confirme le capitaine Mahendra Babooa, formateur à la Tourism Authority. On peut alors parier qu’aucun d’eux n’est au courant des signaux de détresse internationaux, poursuit-il.
Sur les 4 800 bateaux de plaisance répertoriés, seuls 749 possèdent un permis de skipper en bonne et due forme. « Les autres ont un permis provisoire, qu’on ne délivre plus depuis 2003. Ce sont des personnes qui connaissent bien la mer mais qui n’ont pas encore passé leur examen. À partir de septembre 2006, tout le monde devra avoir son permis », affirme Mahendra Babooa.
<B>Une fumée noire se dégageait d’un des moteurs </B>
Ce dimanche-là, tous les ingrédients étaient réunis pour une tragédie. Les disparus sont non seulement des « amateurs », mais ils ont aussi pris d’énormes risques en prenant la mer avec un moteur défaillant. Fait confirmé par un officier de la National Coast Guard (NCG) : « Selon nos renseignements, une fumée noire se dégageait d’un des moteurs Mercury 60 chevaux. » L’embarcation a donc pu connaître une avarie au large de Trou-aux-Biches. Et dériver au gré des courants.
Encore plus surprenant, constate notre interlocuteur, le bateau n’était pas équipé des moyens de communication réglementaires. Les équipements comme le GPS et la radio VHF avaient été volés au début de l’année et n’ont jamais été remplacés.
Des équipements dont dépend la vie des passagers, mais dont certains inconscients font peu de cas comme le constate le capitaine Mahendra Babooa. « Avant le renouvellement annuel du permis, un inspecteur agréé par la Tourism Authority vérifie que le navire possède les équipements de sécurité nécessaires. Est-ce que ce matériel est toujours présent dans l’embarcation lorsqu’elle prend la mer, ça c’est une autre question… »
Hervé de Baize et Dédé Royapen, co-propriétaire d’un bateau de pêche, dressent un tableau assez sombre de la situation. « Certains sont si passionnés par la pêche qu’ils perdent la notion du temps. Lorsqu’il est temps de rentrer, c’est la panne d’essence », confie le premier. Il est assez courant de voir un propriétaire transférer les équipements de sécurité d’un bateau à l’autre, juste pour obtenir le permis d’opérer.
Pour éviter d’autres dérives, plusieurs mesures doivent être prises, comme la vulgarisation de l’information aux skippers grâce à la télévision. « Les autorités doivent se montrer plus sévères en exerçant des contrôles réguliers », suggère Dédé Royapen. Il propose l’acquisition de balise pour chaque embarcation, qui signalerait sa position exacte en cas de détresse. Hervé de Baize conseille aussi que les embarcations soient peintes de bandes jaunes et réfléchissantes, visibles de loin.
Pour éviter d’autres disparitions, on propose un système de reporting, c’est-à-dire signaler son départ aux gardes-côtes et l’heure d’arrivée prévue. En tout cas,
les autorités ne prennent plus avec des pincettes ceux qui enfreignent la loi. Depuis début janvier, trois permis de bateaux de plaisance ont été révoqués. Le public est d’ailleurs invité à signaler toutes irrégularités notées au 213.17.90.
<B>Les quatre disparus</B>
■ Bernard Gorecky, 41 ans, du Morcellement Kengally, Trou-aux-Biches, est le propriétaire du bateau. Marié à Kristel, une Mauricienne, ce ressortissant français est le seul à être muni d’un téléphone portable. Kristel a eu de ses nouvelles pour la dernière fois à 14 heures, le 19 mars. Ce dernier avait laissé entendre qu’ils étaient à Port-Louis et qu’ils avaient eu du poisson.
■ Marc Mingolo, 51 ans, ressortissant français et ami de Bernard, est en vacances à Maurice depuis le 5 mars. Pendant son séjour, ce célibataire logeait chez les Gorecky.
■ Ramanand Ramkaun, âgé de 42 ans, habite Triolet. Entrepreneur de profession, il est père d’une fille et deux garçons.
■ Rajesh Jaypaul, 34 ans, est de Triolet. Maçon, ce père de deux enfants, a laissé son portable à la maison car la batterie était à plat.
<B>Les conditions nécessairespour leur survie</B>
De l’eau, du poisson et un moral de fer. Ce sont les conditions sine qua non pour que l’équipage de l’Olympe puisse tenir plusieurs semaines en mer. Pour lutter contre la déshydratation et le froid, les passagers peuvent s’abriter dans la cabine. Insubmersible, le bateau en fibre de verre, peut toutefois prendre l’eau si les vagues s’acharnent contre l’arrière de l’embarcation qui est plus basse. En raison des courants et des vents généraux soufflant vers le sud-est, l’Olympe risque de dériver vers la Réunion ou Madagascar.
<B>Les équipements de sécurité</B>
Les équipements de sécurité requis à bord d’un bateau dépendent de la taille de l’embarcation et de la distance qu’il peut parcourir. Le matériel de base consiste en une lampe-torche, des gilets de sauvetage, une trousse de secours. Les bateaux catégorisés sous « AY » (faisant entre 6-12 mètres), « AZ » (plus de 12 mètres) doivent en plus être munis de radio VHF, de fusées de détresse, d’un système GPS, d’une ancre et des amarres, d’une boussole, d’un extincteur, de bouées de sauvetage, d’au moins cinq litres d’eau par personne et d’une réserve d’essence.
<B>Le drame de quatre familles</B>
Le temps s’est arrêté pour Dannie Jaypaul depuis dimanche dernier. À chaque jour qui passe elle invoque le ciel pour que son époux Rajesh ainsi que les trois amis de ce dernier soient retrouvés sains et saufs.
Les quatre hommes sont partis pour une partie de pêche et ne sont pas rentrés comme prévu à Trou-aux-Biches.
Assise sur un banc au seuil de sa porte à la cité Mère Teresa, Triolet, Dannie n’a plus de larmes pour soulager sa douleur. « Mo reste lor chemin tous les zours ziska une heure di matin dans l’espoir mo trouve Rajesh pe retourne. »
Rajesh ainsi que ses trois amis, Bernard Gorecky, Ramanand Ramkaun et Marc Mingolo sont tous des amoureux de la mer et de la pêche. Cela fait trois mois que Rajesh a fait la connaissance de Bernard, le propriétaire du bateau, et des deux autres hommes. Depuis le mois de février, les quatre hommes se réunissent chaque dimanche pour aller pêcher.
Ce dimanche fatidique, Rajesh, avant de quitter la maison, embrasse ses deux enfants Cédric et Hillary, âgés de cinq ans et un an et demi. Dannie n’imaginait pas que cet au revoir était en fait un adieu.
À 14 h 30, elle constate que Rajesh a laissé son téléphone à la maison.
Elle décide donc d’appeler sur celui de Bernard.
Sans succès.
À 18 heures, le téléphone sonne chez les Jaypaul. C’est Kristel, l’épouse de Bernard, qui est au bout du fil. Celle-ci, angoissée, informe Dannie qu’elle n’a plus de nouvelles des quatre hommes. La dernière fois où elle lui a parlé remonte à 14 heures. Les heures passent et l’inquiétude laissera la place à l’angoisse. Dannie fait les cent pas dans la maison. Elle espère que son époux retourne sain et sauf pendant la nuit. Elle ne se doute pas que cette attente sera de longue durée. « Papi pas pou vine ditout ? », lui demande le petit Cédric chaque jour. Dannie cache son chagrin et répond à chaque fois : « Pas cone mais li pou retourne. »
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