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Compétition, rivalité, choucroute
par Nazim ESOOF
Les courants souterrains de la société mauricienne sont dans un état de trépidation. Une nouvelle fois, la nébuleuse s?est installée. La vision est devenue confuse. La gestion semblant, elle, aléatoire. L?idéologie dominante désormais consacre la sacralisation de l?Etat. A ce titre, toute critique est devenue blasphème. Toute parole non complaisante, une apostasie. Le nouveau Weltanschauung de la nation mauricienne se résume à une adoration béate devant le pouvoir politique qui a investi l?Etat. Un pouvoir politique qui considère d?ailleurs l?Etat comme sa propriété. Et une majorité de la population qui se représente la relation entre l?Etat et la politique selon les mêmes canons. Nous en sommes réduits à cela. A une infantilisation croissante de la population. A une héroïsation de nos gouvernants. Le pouvoir est redevenu symbolique. Cela n?augure rien de réjouissant.
Passons sur la promesse que nos vies allaient être changées en 100 jours. Revenons à l?essentiel. Après des décennies de sacrifices et d?efforts, les Mauriciens ont mis en berne leur sens du travail depuis plus d?une dizaine d?années. En cours de route, ils ont perdu ce sentiment d?urgence qui était la motivation première de leurs actions. Après l?Indépendance, il a fallu prouver l?intelligence d?une nation. Rapidement, gouvernants et gouvernés se sont jetés dans la bataille de la survie. L?orgueil d?une nation était suffisante pour franchir ce premier pas post-indépendance.
Les années 80 se signalaient par la concordance entre la volonté d?un individu et les ambitions d?une nation. Le pays empruntait alors la voie de la modernisation. Durant près de 13 ans, les contraintes économiques étaient étonnamment devenues une opportunité à exploiter. C?est en prenant des risques que la nation s?est découvert un potentiel.
D?un contexte historique exceptionnel à la détermination conjuguée d?une population lassée de pauvreté et d?une classe politique obsédée du besoin de prouver sa valeur, le pays est passé, vers le milieu des années 90, dans un état d?endormissement et de mollasserie. Peut-être pensait-on que le plus dur était derrière nous ? On a eu tort et on continue à avoir tort. Un nouveau monde nous guettait. Il nous guette toujours. Auparavant, des hommes politiques habiles nous guidaient. Entre-temps, il n?y a pas eu de transition. Nous n?avons pas su passer d?un monde à un autre. Nous n?avons pas su passer d?une classe politique à une autre. En un mot, nous n?avons pas su nous réinventer. Nous nous retrouvons, aujourd?hui, avec des gouvernants qui n?ont que le souci de leur image. Il y a des héros que nous nous donnons. Il y a des héros qui estiment que leurs titres commandent courbettes et révérences sans qu?ils aient à prouver un quelconque fait d?armes.
Si la divinisation du pouvoir a entraîné un abêtissement général de l?opinion, la foirade de l?opposition, ces jours-ci, contribue également au bovarysme ambiant. A nos dirigeants de se ressaisir. A la population de retrouver sa lucidité. On pourrait croire que l?accent mis sur la création de nouveaux secteurs économiques serait suffisant pour répondre aux défis actuels. Mais il faut aussi se demander si les conditions objectives sont prises en compte. S?il y a une vision derrière.
Or, en terme de vision, c?est le vide absolu. Les secteurs naissants n?aboutiront que s?ils font partie d?un concept global, d?une stratégie intégrée. Toutefois, la question se pose aujourd?hui de savoir comment on peut réussir lorsque le développement n?est pas industriel, lorsque les décideurs sont plus préoccupés par leur image que par leur efficacité, lorsque l?éducation est réduite à un symbole, lorsque le gouffre générationnel s?élargit, lorsque la révérence et la soumission au pouvoir s?expriment dans une telle courtisanerie sacramentaire?
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