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Dire son île à la face du monde
Écrire : acte solitaire, acte insulaire. Tremper sa plume dans l?océan de préoccupations îliennes pour les porter au reste du monde. Vaste démarche que celle d? ?Écrire dans l?océan Indien à l?heure de la mondialisation.?
Pour la décrypter, le Centre culturel Charles-Baudelaire a invité quatre auteurs autour de Robert Furlong, le modérateur, pour une table ronde dans le sillage de la Journée de la francophonie observée lundi. Ils sont Alain Gordon Gentil, Sedley Assonne, Carl de Souza et le Réunionnais Axel Gauvin.
Pendant plus d?une heure, ces représentants de la littérature de l?océan Indien ont partagé passions et dissensions. Disant leur attachement viscéral à leur langue d?expression, qu?elle soit française ou créole. ?On écrit dans la langue qui nous parle.? Conviction d?Axel Gauvin, pour qui ?écrire en français n?est pas écrire dans la langue du colonisateur?. Des propos repris par Sedley Assonne, pour qui ?c?est dépassé de vouloir polémiquer sur les questions de langue du colonisé et langue du colonisateur?. Tout aussi marqué, le ?il est impudique de demander des comptes à l?auteur sur le choix de sa langue d?expression?, d?Alain Gordon-Gentil. Scientifique, Carl de Souza devait, en référence à un récent colloque de psychanalyse tenu à Maurice, revendiquer la ?langue qui est Moi, celle des mots d?amour de ma mère, du creuset dans lequel je suis?.
Les positions ont divergé au moment de mesurer l?impact de la mondialisation. Fait-elle peur ou est-ce une chance, demandait?on aux auteurs. Alain Gordon-Gentil a fait le distinguo entre son opinion de citoyen et celle d?écrivain. À contre-pied, Sedley Assonne a refusé de dissocier fonctions et sensibilités. L?enchaînement viendra de Carl de Souza, pour qui ?nous avons besoin de sortir de notre silence, de faire entendre notre voix dans le concert mondial?.
Ce qui a naturellement invité la question de traduction des ?uvres. ?Vous l?espérerez pour agrandir votre lectorat ?? articule Robert Furlong. En guise de réponse, Alain Gordon-Gentil a rappelé que Le voyage de Delcourt a été traduit en hébreu. Carl de Souza de dire que son conte pour enfant, La tififi citronelle a été traduit en anglais, alors qu?Axel Gauvin a été traduit en allemand et en hollandais. C?est vers l?anglais et ses perspectives commerciales indéniables que les auteurs ont alors orienté le débat.
Échange de points de vue au milieu desquels une voix tonitruante s?élève. ?Pas d?accord.? C?est l?aïeul qui tonne. Edouard Maunick ne cache pas son désaccord avec ?les financements de la francophonie pour les Atlas et des choses en créole?, comme le dit Robert Furlong. Là n?est pas l?essentiel pour le poète. Le plus important, c?est la jouissance qu?il éprouve de la lecture des auteurs de son pays. Dont Shenaz Patel.
Le nom de la journaliste ? écrivain reviendra à plusieurs reprises lors des débats. Son dernier roman, Le silence des Chagos sera cité nombre de fois. Il aurait été juste que sa voix résonne autour de la table, ne serait-ce que pour rétablir l?équilibre des genres.
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