Publicité
Nazma Farjun devra revenir en cour pour raconter son calvaire conjugal
Par
Partager cet article
Nazma Farjun devra revenir en cour pour raconter son calvaire conjugal
Hier matin, Nazma Issah, née Farjun, croyait qu?elle pourrait enfin se libérer. Dire à la cour ce qu?elle a sur le c?ur et raconter ses 25 ans de vie commune avec son mari Mahmode Issah, qu?elle a involontairement poignardé à mort dans la soirée du 3 octobre 2001.
Mais Nazma Farjun, accusée de coups et blessures sans intention de tuer sur son époux, devra comparaître en cour une nouvelle fois le 3 avril. Car Prithiviraj Feckna, le magistrat qui s?occupe de l?affaire, est en congé pour une semaine. Après avoir été encouragée par son avocate, Me Pramilla Patten, qui la soutient depuis le début de l?affaire, Nazma s?est fait une raison. ?Pa fer narien. Mo pa pou sove moi. Mo pou revini et mo pou dir la verite?.
Injures, humiliations et coups
Ce quart de siècle passé avec son mari, selon ce qu?elle a relaté dans sa déposition formelle à la police, n?aura été qu?une succession d?injures, d?humiliations constantes et de coups répétés pour lesquels elle a pourtant fait des dépositions antérieures au poste de police de Pointe-aux-Sables.
Ceux qui ont connu Nazma, il y a quatre ans et demi, sont surpris par sa métamorphose. A l?époque, elle avait le visage émacié, était maigre, voire squelettique. Aujourd?hui, elle a pris de l?embonpoint et ses joues sont pleines. ?Monn pran inpe poi?, reconnaît-elle. Elle est même devenue un brin coquette, arborant un salwar kamiz bleu nuit avec un horni noir, soulignant ses yeux au khôl noir et teignant en noir ses cheveux autrefois châtains.
Choses qu?elle ne se serait jamais permises du temps où Mahmode vivait encore, de peur d?attiser sa jalousie. Car d?après ce qu?elle a raconté à la police et à la presse à l?issue du drame, il épiait ses faits et gestes. Il l?empêchait d?accepter les invitations familiales et même de prendre une douche à son retour d?usine, sous prétexte qu?elle s?était souillée au contact d?un amant en réalité imaginaire. Ce faisant, Mahmode avait réussi à faire le vide autour d?elle et de leur fils Yashine, aujourd?hui âgé de 27 ans.
Ce qui demeure inchangé en revanche chez Nazma, c?est cette peur qui hante toujours son regard et qui est visible dans son comportement général. Assise, elle conserve les yeux baissés pour ne pas attirer l?attention sur sa personne. Elle ne veut pas rester dans le couloir devant la porte de la cour numéro 9 qu?elle vient pourtant de quitter, de peur de déranger, alors que la magistrate Renuka Devi Dabee s?est déjà retirée dans son bureau.
Le crépitement du flash de notre photographe la fait sursauter, comme si elle avait été mitraillée pour de vrai. ?Ou pou met sa dan lagazet ? Mo per dimounn rye moi, tret moi de kriminel.? Réflexe de repli résultant sans doute des longues années de brimades endurées.
La gentillesse des policiers
C?est en cour que Nazma apprend que le sergent Cyril René, autrefois à la Major Crime Investigation Team et qui a instruit son dossier, est mort récemment. ?Mo sagrin misie René inn mor. Linn bien okip moi. Se li kinn vinn tir moi depi lopital pou amenn moi lakour cink minit avan biro ferme pou pay mo kosyon e pou ki mo kapav retruv mo liberte provizoir. Ti enn bon dimounn.? Elle ajoute que les policiers qu?elle a côtoyés lui ont témoigné de la gentillesse. ?Troi foi la semenn, mo al signe dan stasyon e bann polisie la bien korek. Zot bien pran moi kont?.
Aujourd?hui, Nazma semble déterminée à tourner les pages sombres de sa vie. Si elle occupe toujours la modeste dépendance de Terrasson, à Pointe-aux-Sables, où le drame s?est joué, elle a retrouvé une certaine sérénité. ?Nou (NdlR : Yashine et elle) tre bien. Nounn gaign trankilite lespri?.
Elle ne veut plus travailler par crainte que les cambrioleurs ne reviennent la dépouiller de ses modestes biens, comme ils l?ont fait en 2001. Yashine, qui la suit comme son ombre, a fait de même.
Ils vivent de la générosité des six s?urs et du frère de Nazma. ?Ena donn moi enn ti kas, mo pay mo dilo ek lalimier. Bann ser donn en ti komisyon pou manze. Troi kar letan mo res lakaz. Mo fer louvraz et mo get inpe televisyon. Parfoi mo al mars marse et get mo ser ki rest dans flat Pointe-aux-Sables. Sa fer moi enn ti distraksyon. Apre mo res lakaz mem.?
S?il y a bien une appréhension qu?elle n?a pas, c?est celle de témoigner en cour. ?Mo pa gaign per. Mo pa enn kriminel. Mo finn nek defann mo lavi ek lavi mo garson??
Publicité
Publicité
Les plus récents