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La colère du prince
Le Premier ministre a affirmé hier à Triolet qu?il ne lit plus les journaux. Peut-on en déduire que sa seule source d?information neutre et non partisane sera dorénavant la MBC ? A moins que sa sortie contre la presse ne soit qu?une man?uvre pour préparer l?opinion publique à l?avènement d?une société de l?information sous contrôle.
Relevons d?abord une ineptie dans les propos tenus par Navin Ramgoolam devant le ?Gahlot Suryavanshi Rajput Sabha?. Il s?en prend à la presse dans son ensemble en alléguant que ?zournal fos news?. Il cherche à créer l?impression qu?il existe une sorte de concertation entre les journaux pour harmoniser leurs lignes éditoriales. Faisant un amalgame simpliste, il dira que la presse est ?de l?autre côté?. Non seulement cela relève de l?hallucination mais, en outre, la posture du Premier ministre est dangereuse car il parle de son camp et de ?l?autre côté?. Les médias sont, bien entendu, loin de constituer un bloc monolithique.
Navin Ramgoolam s?énerve parce qu?il n?apprécie pas, dit-il, la manière dont la réforme de l?éducation est traitée par la presse. Il est vrai que les principaux journaux ont tous dénoncé les dangers d?un système précocement élitiste. Mais il n?y a pas que les journalistes qui critiquent les plaies du système Gokhool. La majorité des pédagogues, des universitaires et des psychologues qui se sont exprimés sur la question manifestent les mêmes appréhensions. Personne ne peut croire que tous ces professionnels appartiennent ?à l?autre côté? et contestent la réforme parce qu?ils ne veulent pas voir les travaillistes ?gouverner?.
D?ailleurs, il existe un courant mondial en faveur de la démocratisation de l?accès à l?enseignement secondaire et la fin des examens destinés à sélectionner l?élite à un jeune âge. Cette semaine encore un chercheur français expliquait qu?un des handicaps de l?Inde face à la Chine tient à l?élitisme du système éducatif indien.
Ce chercheur, Jean-François Huchet, fait l?analyse suivante dans l?édition du 18 mars du journal ?Le Monde? : ?L?Inde a clairement un avantage démographique. Sa population, très jeune, va continuer à augmenter. Par contre, son système éducatif, très élitiste, pose problème : seuls 53 % des enfants dépassent cinq ans d'études alors qu'en Chine 98 % des enfants ont une scolarisation ?normale?. Les illettrés, environ 35 % de la population indienne, peuvent difficilement travailler en usine. La Chine, elle, a moins d?élites, mais sa population est bien formée pour répondre aux impératifs de production de l'industrie. Même si on peut mettre en doute les chiffres officiels, le taux d'illettrisme en Chine n'est que de 6 % à 7 %?. Navin Ramgoolam arrêtera-t-il de lire ?Le Monde? ?
Ensuite, il y a l?allégation selon laquelle la presse a sciemment refusé de faire état des ?4 000 cas de chikungunya? enregistrés l?été dernier. On pourrait demander à Navin Ramgoolam s?il avait, lui, interpellé le gouvernement d?alors sur l?existence de ces cas. Et s?il avait connaissance de l?étendue du mal, pourquoi a-t-il attendu si longtemps après son arrivée au pouvoir pour commander des fumigateurs ? Le chiffre cité par le Premier ministre ne concerne, en vérité, que les cas suspects et pas avérés. De toute façon, les tests sur les échantillons de sang n?ont été réalisés qu?à partir du mois d?avril en 2005, soit un mois avant la fin de la saison des moustiques, et les statistiques n?étaient pas communiquées au public.
Ceux qui n?aiment pas la diversité d?opinions et la parole contradictoire vont menacer les porteurs de vérité. Si on laisse faire, un jour viendra où ce sera trop tard.
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