Publicité

Moi, Gaëlle, 21 ans, « hardeuse »

19 mars 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

On tourne des films pornos à Maurice. Et des compatriotes y participent, comme en témoignage Gaëlle, qui se définit comme une hardeuse à temps partiel.

Le lieu, un superbe bungalow sur le littoral est. La plage est d?un blanc de carte postale et la cour, immense, est plantée de nombreux arbres fruitiers. Quelques voitures de location sont garées sous un immense badamier. On entend, au loin, venant du bungalow, un disque du groupe The Police, Roxanne. Aucun écriteau n?indique que nous sommes dans un « studio » de films pornos.

Ils sont une équipe de douze ressortissants européens à venir trois ou quatre semaines, chaque année depuis quatre ans, tourner des films pornos. Ces techniciens sont accompagnés d?une dizaine d?acteurs. Et l?on tourne alors des séquences pour deux ou trois films de 80 minutes. Le marché étant surtout les pays d?Europe de l?Est. Et les réalisateurs de ces films font, depuis deux ans, appel à des « figurantes » mauriciennes.

Quand on la regarde, on lui donnerait 16 ou 17 ans. Gaëlle a pourtant 21 ans et elle est « tombée dedans tout à fait par hasard ». Cela fait deux ans qu?elle « exerce comme hardeuse » et, en lui parlant, on a du mal à l?imaginer « dévergondée », tant tout trahit une certaine discrétion chez elle : simple t-shirt griffé sur un jean délavé, pieds nus, petit sourire quand elle nous parle? Tout respire la jeune fille rangée.

« Je n?ai pas honte de le dire : je le fais pour de l?argent. J?ai rencontré Piotr, le réalisateur des films, en boîte, et il m?a proposé de me faire un peu d?argent de poche. J?ai accepté plus par jeu. Le cachet est très intéressant et les films ne sont pas destinés aux pays que nous connaissons. »

Le cachet ? Elle éclate de rire et se met à parler en euros : comme figurante, elle touche 2 000 euros (Rs 75 000) pour une semaine de tournage de 15 heures.

« C?est pas mal, n?est-ce pas ? » Et Gaëlle d?ajouter rapidement, comme pour se justifier : « Nous sommes cinq figurantes mauriciennes à participer à cette aventure depuis trois ans. Nous sommes toutes des filles bien comme il faut, issues de la classe moyenne et de toutes les communautés. » Et de citer ses « copines hardeuses » : Sheila, Meera, Anne et Shameema.

La femme des films pornos, selon elle, répond à un profil spécifique : c?est une machine qui jouit sur commande et qui porte des dessous coquins. Elle est d?une soumission totale à l?homme, possède des ongles rouges, porte des talons aiguilles et a des seins siliconés? « Nous, les Mauriciennes, nous sommes l?exotisme et nous représentons l?étrangère que le mâle va dominer. »

« Ces rapports sans préservatif »

Sa vision du cinéma pour adultes ? « Tout est professionnel. L?on ne fait que prêter son corps. On ne prend jamais de plaisir. Nous sommes en plein capitalisme.

Ce qui compte, c?est l?argent. Plus tu accep-tes de faire des choses, plus tu te fais du fric. La prestation de base comprend la sodomie et des scènes de lesbianisme. Tous les autres extras sont tarifés plus cher. » Mais, insiste Gaëlle, « je ne fais que le premier palier », car elle n?a pas envie « de [se] sentir humiliée ».

Rencontre-t-elle ses « cons?urs » mauriciennes ? « Jamais. L?on ne se voit que sur le plateau, trois semaines par an. J?ai déjà croisé l?une ou l?autre par hasard, mais, à part un petit sourire de complicité en coin, nous faisons comme si l?on ne se connaît pas. Par pudeur, peut-être. »

Sa crainte : le sida. Même si l?on doit présenter un certificat de non contamination avant de tourner, Gaëlle dit craindre « ces rapports sans préservatif ». Mais, ajoute-t-elle, sur le plateau, nul ne porte des préservatifs.

Et sa vie privée ? Elle a réussi son HSC dans un des futurs National Colleges et travaille dans un call centre. Son père et sa mère sont cadres dans le secteur bancaire. Elle a un petit ami. Mais, on n?en saura pas plus, sauf que nul autre n?est au courant de sa double vie.

Ce que dit la loi

Tandis que les films érotiques se contentent de montrer des actes sexuels simulés, les films pornographiques les représentent de manière explicite. Sont ainsi rangés dans cette catégorie les films montrant explicitement des actes sexuels, avec ou sans pénétration, et qui peuvent être jugés dégradants pour l?homme et la femme. La loi à Maurice interdit toute importation, diffusion, commerce ou échange de matériel pornographique. Mais la détention de films ou revues pornographiques pour un visionnage dans le cadre privé n?est passible d?aucune peine.

Publicité