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Notre chance d?être vraiment égaux
Les vacances parlementaires et leur lot de divertissements (flirt, rupture, liaison cachée entre partis politiques) sont finies, l?heure est au sérieux. Bien au-delà des agitations intestines de l?opposition, l?attention devra se focaliser sur un projet de loi primordial, longtemps attendu : l?« Equal Opportunities Bill », qui normalement sera présenté en première lecture le 28 mars. C?est une occasion pour le pays de faire son autocritique sur les préjugés que nous cultivons dans notre vie de tous les jours. Ce débat ne peut être l?apanage des politiques seulement.
À bien voir, c?est le système de représentation parlementaire lui-même qu'il convient de questionner, avant que nos députés, dans toute leur candeur, n?ouvrent les débats.
Selon notre Constitution, la discrimination, dans ses diverses formes, est officiellement bannie, mais, plus loin, cette même Constitution confère une paradoxale légitimité au désuet « Best Loser System ». Cette représentation basée sur la religion, l?appartenance communautaire, ou encore le pays d?origine des ancêtres, loin de corriger un déséquilibre quelconque, s?est révélée une caricature de notre métissage arc-en-ciel. Au lieu de nous réunir, notre Constitution nous divise en quatre catégories. Et malgré des appels de la Cour suprême pour amender le « Best Loser System », récemment suite à une louable action de « Rezistans ek Alternativ », nos législateurs restent sourds. Indépendamment de leur bord politique, ils s?y complaisent.
Il n?y a pas que cette institutionnalisation du communalisme qui cloche au Parlement. L?égalité des sexes y demeure un slogan creux, une insulte aux femmes, pourtant majoritaires à Maurice. Avec 12 députées sur 62, nous sommes bien loin de l?égalité, si tant est qu?on souhaite réformer pour atteindre une parité homme-femme.
Dans la politique, force est de constater que les chances sont inégales. Les principaux partis ont leur propre grille de sélection de candidats, basée sur des critères et des quotas : sexe, religion, communauté, caste, sous-caste et « cash ».
En Europe et aux États-Unis, malgré l?existence de textes contraignants, les pratiques discriminatoires sont loin d?avoir disparu du paysage quotidien. L?outil juridique, seul, a prouvé ses limites. L?effectivité d?une législation, aussi complète soit-elle, dépend du comportement de nombreux acteurs dont la victime, les policiers, les hommes de loi, de la société en général. Aucune loi ne peut se substituer à un travail de terrain visant à prévenir les discriminations et à sensibiliser l?opinion publique à ces questions.
Et à Maurice, notre société noue avec le spectre de la discrimination, consciemment et inconsciemment. Le récent débat sur l?éducation est le dernier exemple sur la difficulté de débattre d?un sujet d?intérêt national sans qu?on y injecte une dose de communalisme. Cette manière de voir l?enfant mauricien comme le représentant de telle ou telle communauté sème les germes de la division.
L?expérience ? de l?institutrice Jane Elliott en 1968 aux États-Unis ? a prouvé qu?une salle de classe divisée en deux clans (sur la base de la couleur des yeux, par exemple), réinvente les rapports de force entre les enfants. Des conflits se déclenchent immanquablement. Ceux valorisés par un système voient leurs résultats scolaires s?améliorer tandis que les « défavorisés » ne brillent plus, que ce soit dans les études ou dans la vie.
Aujourd?hui, alors que se profile le texte de loi sur l?égalité des chances, nous avons l?opportunité d?écrire une nouvelle page dans l?histoire de la lutte contre les discriminations. Le gouvernement a suffisamment glosé sur ses intentions, il ne lui reste plus qu?à passer à l?action.
L?éducation pourrait être le point de départ. Chaque enfant mauricien doit pouvoir façonner son destin dès la maternelle. Les inégalités criantes entre le niveau des « pre-primary schools » doivent disparaître. Sinon comment répondre au questionnement lancinant - où envoyer ses enfants à l?école - si on instaure un système compétitif alors que tous ne sont pas sur la même ligne de départ ?
Le projet de loi sur l?égalité des chances préconiserait la mise sur pied d?un tribunal pour sanctionner tout délit discriminatoire. Mais avant de sanctionner, il s?agit de corriger les injustices à leur racine, de se donner les moyens d?identifier nos discriminations quotidiennes et d?encourager ceux qui pratiquent une réelle politique citoyenne.
Il faudrait qu?on ait, comme d?autres pays, notre propre Observatoire des discriminations : une instance citoyenne regroupant divers acteurs de la vie active. Cet Observatoire pourrait être un outil de détection pour mesurer les stéréotypes qui sont véhiculés à tort et à travers, mais aussi un outil de conscientisation pour réfléchir sur nos idées préconçues, pour expliquer nos différences, qu?elles soient physiques, morales, sexuelles ou autres et aussi pour traiter pareillement les garçons et les filles qui seraient coupables ou victimes de délit sexuel.
Toutes les démocraties doivent se remettre en cause à un moment ou à un autre. Au fur et à mesure que les nations comprennent de manière plus précise et plus profonde ce qui est arrivé, elles cherchent les moyens de corriger les erreurs du passé et de s?adapter à de nouveaux phénomènes de société. Jane Elliott a démontré, même si sa méthode de division demeure contestable, que le racisme, ça se construit.
Et puisque ça se construit, ça peut aussi se déconstruire, à condition que tout le monde joue et accepte le jeu de la diversité. Ce n?est qu?alors que les couleurs de l?arc-en-ciel mauricien vont se mélanger, comme c?est souvent le cas sous d?autres cieux, mais pas vraiment chez nous.
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