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Perspectives Politiques
Avec la reprise parlementaire, les affrontements politiques s?intensifieront certainement dans les prochaines semaines. Elle entraînera par la même occasion une nécessaire clarification après les indécentes gesticulations de certains dirigeants politiques. Les rêveurs impénitents reviendront sur terre, et la configuration parlementaire ne changera pas. Je ne vois pas pourquoi elle devrait.
Au fond, la présente situation politique sert l?intérêt à long terme des principaux acteurs, même si Navin Ramgoolam peut croire que le PMSD de Maurice Allet est un symbole qui manque à sa gloire politique. Il est tenté par la perspective d?enrichir son jeu électoral, mais le gain réel, à long terme, est assez insignifiant.
Le leader de l?Alliance sociale, fortement majoritaire au Parlement, n?a besoin a priori d?aucune roue de secours. Tous ceux qui se sont imaginé que le Premier ministre est à la recherche d?une majorité de trois-quarts dans l?idée de faire partir le président de la République se trompent. Rien ne permet aujourd?hui de lui attribuer cette ambition, malgré les escarmouches du début de règne.
Quelles que soient ses intentions, même s?il détenait une telle majorité, le Premier ministre serait incapable de faire tomber le président. En tout état de cause, la procédure de destitution d?un président n?est pas qu?une affaire de vote au Parlement.
Sauf à établir que le président a violé la Constitution ou s?est rendu coupable d?un « serious act of misconduct » ou encore qu?il est incapable d?exercer physiquement ou intellectuellement ses fonctions, une majorité de deux tiers est nécessaire pour déclencher une procédure de destitution. Mais cette majorité ne sert qu?à faire voter une motion instituant un tribunal constitutionnel chargé de juger les causes de la révocation demandée. Je n?en vois aucune qui pourrait justifier l?institution d?un tribunal. Et moins encore d?une destitution. C?est le tribunal qui recommande éventuellement cette destitution. Anerood Jugnauth n?a donc rien à craindre.
Si le Premier ministre est vraiment à la recherche d?une majorité lui permettant de modifier la Constitution, c?est sans doute pour d?autres raisons. Et c?est plus inquiétant.
À moins qu?il n?ait un agenda caché, le leader de l?Alliance sociale a tout intérêt à s?assurer que ses adversaires du MMM et du MSM demeurent dans leur rôle d?opposants. Il n?a besoin pour le moment ni de l?un ni de l?autre au gouvernement. La situation pourrait être autre quand viendra l?échéance électorale. C?est alors que Navin Ramgoolam, recensant ses forces, fera son choix : soit son Alliance sociale lui suffit pour briguer un nouveau mandat, soit il doit s?appuyer sur de nouvelles béquilles.
Si Navin Ramgoolam considère alors que la déperdition électorale a été ample au point de nécessiter une transfusion avant de repartir à la bataille, il sera bien aise de trouver ce sang électoral dans l?opposition. L?un ou l?autre parti, dépendant de la nature de l?hémorragie, pourrait bien devenir le donneur bienveillant. En clair, Ramgoolam n?a pas vraiment à s?inquiéter que Pravind Jugnauth et Paul Bérenger s?occupent entre-temps d?accueillir les déçus du ramgoolamisme puisqu?il conserve la possibilité de les retrouver. Il n?y a de risque que s?ils deviennent très nombreux.
Paul Bérenger de même a intérêt à consolider sa position dans l?opposition. Quatre ans, c?est un peu long, il est vrai, quand on a son âge. Mais au lieu de chercher bêtement noise à Pravind Jugnauth, il aurait dû suivre son conseil. Le meilleur moyen pour que l?un et l?autre progressent au plan électoral, c?est bien que chacun retourne sur ses terres et consolide sa base. Bérenger a beau vouloir faire du MMM un parti national ? et c?est tout à son honneur ?, les électeurs, chaque fois, en décident autrement. Les choses étant ce qu?elles sont, les leaders politiques ne peuvent se trouver que là où se trouvent leurs électeurs. Bérenger a passé toute sa vie à faire l?inverse : ignorer ceux qui votent pour lui, cajoler ceux qui le rejettent, et finir par s?attirer les foudres de tous, ses votants lui reprochant son infidélité électorale, ses opposants critiquant son soi-disant parti pris. Il y a de quoi devenir schizophrène. En tout cas, les effets de cette inadéquation électorale provoquent une marginalisation croissante d?une partie de la population. Gare aux conséquences.
Quoi qu?il en soit, le repli électoral paraît inévitable pour Paul Bérenger. C?est même, à bien voir, sa seule carte. Un MMM requinqué par une cure d?opposition peut permettre à son leader, en s?appuyant sur son électorat spécifique, de retrouver, en 2010, son rôle historique de « king-maker ». Maintenant que Paul Bérenger n?aspire plus qu?à trouver un fauteuil de « senior minister », et Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth pourraient satisfaire ces modestes ambitions et conserver au MMM sa fonction de parti d?appoint. Et si d?ici là, comme cela est probable, Ramgoolam perdait de sa superbe électorale, c?est Bérenger qui pourrait bien consacrer le prochain Premier ministre.
Ce scénario ne se déroulera que si Pravind Jugnauth est en mesure de faire plus au moins jeu égal avec Navin Ramgoolam d?ici les prochaines législatives. Ce ne sera pas facile mais ce n?est pas impossible. En se libérant du joug politique de Bérenger, Jugnauth gagne en autorité et en crédibilité. Mais cette indépendance a ses limites ; sans le MMM, le MSM ne peut pas se présenter en challenger sérieux de l?Alliance sociale. Il ne sera pas simple aux deux partis de gérer, quatre années durant, cette contradiction : pour progresser, il faut se séparer, pour gagner, il faudra s?unir.
Ces considérations plutôt légères devront rapidement céder la place aux vraies questions de fond d?ici trois mois, quand Rama Sithanen présentera son premier budget. On verra alors. Vouloir faire du Lee Kwan Yew, ce n?est pas occuper un poste de Premier ministre ni obtenir un siège au cabinet, c?est le courage de réformer et de transformer un État décadent. Y a-t-il quelqu?un ?
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