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Raj Naëck, à l?assaut des moustiques

19 mars 2006, 00:00

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Ça sent la citronnelle, habilement mariée aux extraits délicatement boisés, frais et sauvages de l?eucalyptus. Et lorsque ces deux huiles essentielles, rencontrent une crème hydratante, cela donne une crème anti-moustique locale ! Voilà qui tombe à pic pour continuer la guerre aux moustiques vecteurs du chikungunya.

L?homme derrière le petit pot n?est autre que le pharmacien de l?hôpital de Victoria, à Candos. Grand, vêtu d?une chemise bleue, d?une cravate marine imprimée de petits cercles rouges et de petits losanges multicolores et d?un pantalon gris, Raj Naëck, le pharmacien en chef, parle d?un timbre enjoué, dynamique, enthousiaste.

Assis dans un fauteuil au milieu de son bureau jouxtant le comptoir où les patients récupèrent les médicaments aux urgences, il discute avec Avinash Chutoorgoon, pharmacien, et Chutoorgoon Esram, Principal Dispenser, également les chevilles ouvrières de cet ambitieux projet qu?est la confection de cette crème répulsive faite maison. Et depuis, c?est la queue devant le bureau pour avoir le petit pot.

« Nous avons confectionné cette crème pour la mettre à la portée de tous et aider les gens à se protéger contre les moustiques », confie Raj Naëck. D?ailleurs, s?il a épousé la profession de pharmacien, c?était pour se mettre justement au service d?autrui et de la médecine. Âgé de 43 ans et originaire de Rivière-des-Anguilles, Raj Naëck passe son enfance à Triolet.

Son père, Parushram, est ex-inspecteur de police tandis que Dayantee, sa mère, s?occupe de lui et de ses deux s?urs. Il effectue sa scolarité à l?école primaire de la localité et fréquente ensuite le collège Eden de Port-Louis. C?est là qu?il développe une passion pour les sciences.

« D?abord, je pensais faire de la biologie marine mais faute de moyens financiers, j?ai dû me raviser. Finalement, j?ai décidé de participer à une sélection pour étudier la pharmacie en Inde », ajoute-t-il. Et il est chanceux ! Il est selectionné et se rend à l?Indoor University au Maha Pradesh où il effectue un degré en pharmacie pendant cinq ans. À la fin de ses études supérieures, il rentre au pays. Nous sommes alors dans les années 90.

« Permettre à chaque citoyen de se protéger »

Raj Naëck fait son internat à l?hôpital Jeetoo, puis travaille dans le privé pendant sept ans. Ensuite, il se destine au service public : « Je me suis dit que le lieu idéal pour exercer, c?est à l?hôpital, afin de conseiller les patients sur la prise de médicaments et aussi pour les mettre en garde concernant les effets secondaires si tel médicament est pris en même temps qu?un autre. L?hôpital était aussi l?endroit idéal pour exercer l?art de la formulation des médicaments. »

C?est ainsi qu?il poursuit sa carrière à l?hôpital de Candos en 1999. En 2000, il bouge au ministère de la Santé et revient ensuite à l?hôpital où il devient pharmacien en chef. Il devient aussi membre du Trade and Therapeutics Committee et il est l?actuel président de la Government Pharmacist Association. Il travaille avec une trentaine de personnes et chapeaute la fabrication de solutions pour le gargarisme.

Comment lui est venue cette idée de crème anti-moustique ? « Un jour, un patient est venu me voir. C?était à la mi-février. Il me disait qu?une crème répulsive coûtait environ Rs 300 et qu?il n?avait pas les moyens d?en acheter pour se protéger lui et ses enfants. Cela est resté dans mon esprit. J?en ai parlé à mes collègues et nous avons décidé de faire des recherches pour voir comment nous pourrions créer un produit pour venir en aide à la population », relate-t-il.

Le 20 février, l?équipe se met au travail pour trouver des plantes aux propriétés répulsives. Eurêka ! Leur choix s?arrête sur la citronnelle et l?eucalyptus. Maintenant, il faut savoir diluer les huiles dérivées pour les ajouter à une crème hydratante déjà existante. Après la dilution, ils effectuent encore d?autres tests pour vérifier la qualité de la crème et parviennent à la finaliser au bout de quelques jours.

Le 27 février, la crème anti-moustique mauricienne est peaufinée et enfin disponible. Après l?aval du Chief Medical Officer, la fabrication est lancée. Dans un premier temps, elle est distribuée au personnel hospitalier puis graduellement aux patients.

Celle-ci peut être utilisée sur le corps à l?exception des zones sensibles du visage, autour des yeux, sur les lèvres et les blessures. Sa durée de répulsion est de deux à trois heures. La crème requiert environ quatre heures de préparation et est mise dans des pots de 40 grammes. La production est de 400 à 600 unités par jour. Et désormais la distribution s?étend aux dispensaires et autres centres de soins.

Depuis peu, les pharmaciens de l?hôpital de Candos produisent aussi de la crème anti-moustique pour les autres hôpitaux de l?île. « L?essentiel c?est de pouvoir permettre à chaque citoyen de se protéger. Nous voulions faire notre devoir patriotique. Mais bien sûr, il n?y a pas que cette crème qui peut repousser les moustiques mais c?est un ensemble de précautions à prendre pour y arriver », déclare Raj Naëck.

Et pour continuer sur leur lancée et toujours pour se dévouer aux autres, l?équipe de la pharmacie de Candos planche sur un nouveau projet ? la création d?un bureau de counselling. Celui-ci aura pour but de donner des informations au public sur la composition et les effets des médicaments prescrits. Le projet est actuellement élaboré. Ainsi Raj Naëck et son équipe pourront mieux favoriser la proximité avec les patients et montrer, encore une fois, leur fibre patriotique.

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