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Manoeuvres politiques
par Nazim ESOOF
Là où certains verraient une dégénérescence des forces de l?opposition, il faudrait y lire une certaine impatience et un besoin de positionnement. Les partis de l?opposition se croient déjà à la croisée des chemins alors que nous ne sommes qu?en début de course. A ce rythme, ils risquent de brûler rapidement leurs batteries. Mais il est aussi vrai que le contexte socio-politique commande une redéfinition de l?échiquier avec de nouveaux agendas, autant personnels que programmatiques.
Le point d?orgue à la cacophonie actuelle repose principalement sur la note que jouera Paul Bérenger dans les années à venir. C?est aujourd?hui la parure dont il veut se revêtir qui déterminera le costume que les autres porteront. A ce titre, Pravind Jugnauth a déjà commandé à son couturier la parure de Premier ministre. C?est certes prématuré en ce début de législature rouge mais, sur le moyen terme, le leader du MSM a toutes les chances d?occuper le poste suprême. Il se prépare en conséquence. D?abord en se lançant dans une rase campagne. Ensuite, en délimitant son territoire par rapport à Paul Bérenger.
Ce sont des hypothèses de lecture desquelles on ne sortira pas lorsqu?on sait comment se met en scène la politique mauricienne. Il y a néanmoins une autre hypothèse qu?on n?écartera pas. Tout ce délire vaudevillesque, s?il était calculé, serait un coup de maître des deux principaux partis de l?opposition. Relégués dans l?arrière-cuisine alors que le Parti travailliste et ses alliés se pavanent dans les grands salons de l?hôtel du gouvernement, le MMM et le MSM sont bien en manque de publicité.
Une petite guéguerre de cuisiniers où les casseroles ne volent pas aussi haut jusqu?au point de remettre en question le dispositif décidé au Parlement, cela finalement ne fait de mal à personne. Au contraire, les uns et les autres en profitent pour mobiliser leurs troupes au grand salon culinaire du 1er Mai où seront distribués boissons gazeuses et «briani» après les harangues de circonstance.
Navin Ramgoolam n?est pas en reste dans le méli-mélo politique actuel. Intronisé grand seigneur du bestiaire politique et auréolé de ses succès électoraux, il ratisse large. En faisant au préalable les yeux doux au PMSD. En laissant, parallèlement, une fenêtre ouverte par laquelle le leader du parti mauve peut éventuellement se glisser jusqu?au pouvoir. Dans un monde idéal, Navin Ramgoolam aimerait bien avoir tout le monde «on board» pour affronter l?adversaire qu?est Pravind Jugnauth en 2010.
Cependant, en l?état actuel des choses, le leader rouge doit ménager les susceptibilités de ses partenaires de l?Alliance sociale. Ce qu?il fera en bon stratège aussi longtemps qu?il se sentira pouvoir tenir les rênes solidement. Une fois sa configuration 2005 dépassée, il tentera d?autres expériences. Dans tous les cas de figure, il sait qu?on devra compter avec lui en 2010. En ce sens, il a tout le temps de tenter des expérimentations, même celles qui peuvent paraître précoces. Et déjà, il ne s?en prive pas.
Pour l?observateur désintéressé de la scène politique, il ressort surtout de l?actuel remue-ménage que les man?uvriers sont à nouveau à l?oeuvre. Ils n?auront pas tort. Car malheureusement, malgré les défis et les enjeux, ni le gouvernement ni l?opposition ne propose des concepts et des principes généraux susceptibles de préparer Maurice à affronter l?avenir. Pourtant, le drame rôde. Autour des jeunes, dans nos prisons, nos écoles, nos services publics? Bref, vous l?aurez compris : lorsque l?accessoire domine autant, il n?y que la dérision pour ne pas se laisser gagner par la corrosion cérébrale.
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