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Micaëlla raconte Victor Castelain
A la mi-mars 1981, Micaëlla de Souza, une des plus élégantes plumes de la littérature mauricienne de l?après-Indépendance, hélas ! prématurément partie vers de nouveaux aréopages, décrit aux lecteurs de l?express le fabuleux personnage tout en couleurs, les unes plus amusantes que les autres, qu?est M. Victor Castelain.
Son t-shirt retient d?emblée l?attention de son portraitiste. Il arbore cette maxime, pouvant inspirer de la part du lecteur des réflexions approfondies : ?I may not be totally perfect but parts of me are excellent.? C?est tout un programme. C?est tout l?homme. Rien n?est pris au sérieux car, dans toute plaisanterie, il y a une part indélébile de Vérité et de Sagesse. Le tout est d?être assez talentueux pour être perméable à la sagesse de l?humour et se méfier comme de la peste, de toute sagesse qui n?est pas irrésistiblement humoristique. A la bonne humeur, comme dit Victor Castelain.
Pierre Renaud disait de lui qu?il est humour et poésie. Le photographe globe-trotter, Mamade Kadreebux vénère en lui ?un philosophe de quartier?. Victor Castelain se veut surtout fin gourmet et fin cuisinier, sachant concocter des plats typiquement et amoureusement mauriciens. Nous le suivrons mais sur d?autres nourritures terrestres, plus spirituelles.
Il se souvient volontiers du prêtre italien de son enfance. L?abbé Luigi Fresia, qui devait mourir tragiquement, dans les années 1960, d?un accident de la circulation, dû à une chute de bicyclette, sur la route Royale à Belle Rose. Ce padre aimait bien emmener sur les plages publiques les enfants de ch?ur de sa paroisse beaubassinoise du Sacré-C?ur. L?enfant Victor Castelain se souvient aussi des expéditions paroissiales à la cascade du Réduit pour ramener des fougères en quantité suffisante pour orner les salles vertes, requises par diverses activités pastorales. Il lui en est resté le goût d?assembler des bouquets mélangeant harmonieusement les plus belles fleurs avec d?autres plantes moins appréciées des bouquetières, comme la framboise marronne, la délicieuse vieille fille, l?herbe pistache.
Victor Castelain se souvient comme d?hier des débuts radiophoniques, grâce à l?initiative de Charles Jolivet, le promoteur, dans les années 1930, de notre première station de radio privée, Radio Maurice. Victor Castelain fait partie de cette équipe de pionniers. Il se rappelle surtout qu?il doit être à la fois technicien et annonceur, ce qui lui demande quasi simultanément de placer le disque sur le gramophone pour ensuite courir derrière le micro inamovible ou presque, sans s?essouffler, pour présenter le prochain disque. Radio Maurice connaîtra ses heures de gloire avec la Seconde Guerre mondiale car elle deviendra un des piliers de la propagande anti-hitlérienne, anti-nippone et surtout anti-pétainiste à Maurice. Elle ne tarde pas à s?installer sous les combles de l?hôtel de ville de Curepipe. Là, sous d?immenses parapluies, pour protéger le matériel et le personnel des nombreuses gouttières, s?activent d?autres pionniers de la radio à Maurice et qui ont pour noms Marcel Cabon, Marguerite Labat, Max Moutia, Jacques Cantin.
Victor Castelain demeure un littéraire dans l?âme. Tout ce qui fait partie des Belles lettres est bon à lire car nourriture pour l?esprit. Il dérange davantage les bien pensants quand il leur avoue ses plongées de lecture dans la Bhagavad Gita ou les Upanishads. Sa prédilection pour le poète anticonformiste Jean Erenne (Jean René Noyau) effarouche tout autant les bonnes âmes des villes soeurs.
Victor Castelain n?est jamais à un joke près. Sa mémoire est un vaste entrepôt d?histoires amusantes où il est toujours malaisé de distinguer la part de vérité et le grain de sel particulier à l?auteur. Il raconte ainsi qu?un jour, au Paradis, au moment de s?attabler, on annonce à saint Pierre, le gardien des clés du Royaume, l?arrivée d?une nouvelle horde de maris. Poursuivant son repas, il leur lance : ?Les maris pas commandés par leur femme dans la salle No 1, les autres ne portant pas la culotte dans la salle No 2??. A la fin du repas, il se lève et aperçoit une cohue monstre dans la salle No 2 où l?on s?écrase littéralement, tandis qu?un seul mari occupe la salle n° 1. Saint Pierre l?interroge : ?Pourquoi n?es-tu pas avec les autres ?? Et il reçoit pour toute réponse : ?Je ne sais pas. Ma femme m?a ordonné, avant le grand départ, de prendre place dans la salle n° 1?.
Victor Castelain raconte aussi les effets d?éloquence d?une de nos premières femmes politiciennes et à être montée sur la redoutable caisse à savon. Elle s?écrie à l?intention de son auditoire : ?Messieurs faites-moi confiance. Je suis prête à vous aider. A toute heure du jour et de la nuit je serai à votre entière disposition? ? Une voix alors dans la foule : ?Garde ène ti l?hère pour Ton Gabriel !?
Il y a encore ce vendeur de pistache qui refuse de prêter quelques roupies à un ami ?dans pince?. Ce dernier s?étonne de ce manque public de charité. Le vendeur de pistache évoque alors un mystérieux contrat avec la banque. Le quémandeur comprend de moins en moins. Explication finale : ?To bizoin comprend. Mo fine passe ène contrat ek la banque. Li pas vende pistasse. Mo pas prête l?arzent.?
Faisons-nous encore des Mauriciens de cet acabit ?
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