Publicité
Instaurer le bon climat
Il y a des décisions évidentes que le gouvernement doit prendre s?il veut créer un climat favorable aux investissements. Parmi celles-ci, figure un dépoussiérage de nos lois du travail. Les dirigeants politiques, la classe patronale et les analystes indépendants sont tous d?accord pour dire que la réglementation du marché du travail est trop contraignante. Mais la situation perdure.
Pour l?heure, le pouvoir se contente de paroles, sans oser passer à l?acte. Il préconise publiquement la modernisation des lois du travail. Dans un supplément sur la situation économique du pays, publié hier, le ?Financial Times? rapporte que le Premier ministre ?says he is prepared to legislate to give employers more flexibility to hire and fire as Mauritius?s business lobby is urging?. De même, lors de l?assemblée générale de la Mauritius Employers? Federation (MEF), le ministre du Travail et des Relations industrielles, Vasant Bunwaree, a invité les partenaires sociaux à se pencher sur le remplacement des réunions tripartites sur la compensation salariale par des négociations sectorielles.
Dans la pratique, rien ne change. Les lois du travail restent défavorables aux entrepreneurs. Les raisons de cet immobilisme ne sont pas difficiles à comprendre. Dans une déclaration faite à ?l?express-dimanche? le 12 mars, l?ancienne directrice adjointe de la MEF, Vedna Essoo, blâme tous les partenaires sociaux : ?Les gouvernements successifs n?ont pas voulu perdre leur capital politique en touchant aux lois du travail. Les syndicats se sont contentés du statu quo. Alors que beaucoup de patrons ne se sont vraiment pas intéressés à la question.?
Les règlements régissant les licenciements nuisent à la croissance économique et à la création d?emplois. Face à une législation ayant un tel préjugé favorable envers les syndicats, les entrepreneurs jouent la prudence et refusent de prendre des risques. S?ils n?ont pas la garantie de pouvoir, à leur gré, ?hire and fire? selon la situation de leurs entreprises, ils hésiteront à embaucher quand les affaires vont bien.
Le mécanisme d?ajustement salarial qui est mis en branle à partir du mois d?avril chaque année pour aboutir à la farce des ?négociations? tripartites est également un facteur susceptible de repousser l?investisseur. Ce rituel aboutit, en vérité, à une augmentation décidée unilatéralement et accordée à tous les salariés quelle que soit la santé financière de leurs entreprises ou leur propre productivité. Il faut corriger cet anachronisme. Dans un monde où les capitaux sont mobiles, il n?est pas possible de les attirer si le climat d?investissement est aussi rebutant.
La fin du mécanisme de compensation automatique de la perte de pouvoir d?achat entraînera des conséquences fâcheuses pour les familles de condition modeste. Mais, à terme, elle permet d?éviter des pertes d?emploi encore plus douloureuses. C?est d?ailleurs la prévoyance des ?business and government leaders? qui, selon le ?Financial Times?, a amené le sucre et le textile à se restructurer au moment opportun. Tout retard aurait été catastrophique pour notre économie.
Les journalistes de la prestigieuse publication britannique jugent assez sévèrement notre incapacité à moderniser nos lois du travail. Certains commentaires sont incisifs : ?Unlike Asia?s tigers, Mauritius has a rigid labour regime, including a one-size-fits-all central wage determination mechanism.?
Certes les syndicalistes de tous acabits vont monter au créneau pour combattre le remplacement des tripartites. Déjà, Reaz Chuttoo annonce qu?il lancera le 1er avril un front syndical contre la flexibilité dans les lois du travail. Les syndicats diront que c?est pour plaire aux classes possédantes que le gouvernement veut supprimer les réunions tripartites. Mais, il faut bien qu?un jour cette comédie s?arrête. Et, il vaut mieux que cela arrive avant qu?elle ne tourne au drame.
Publicité
Publicité
Les plus récents