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Bas les masques

27 février 2006, 00:00

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par Aline GROËME

Pauvres diables. Mettez-vous à leur place. Des années à louer des copies de films piratés sans être inquiétés. Des décennies à ?gagn enn bouse manze? en monnayant des ?uvres sur lesquelles ils n?ont aucun droit. à faire marcher leur business sur le dos de la créativité des autres.

Et d?un seul coup, demander à plus de 400 vidéoclubs de sortir de l?illégalité. De ne plus louer des films fraîchement sortis aux états-Unis à des clients qui en redemandent. Cela à un prix tellement alléchant qu?il est presque humainement impossible d?y résister.

Pensez donc. Dans un pays miné par un cruel manque de loisirs et le sentiment d?une insécurité grandissante, les nouveautés cinématographiques sont disponibles dans le confort de son salon, pour un prix de location tournant entre Rs 25 et Rs 50.

Avec en prime la possibilité de programmer votre séance à l?heure qui vous convient, d?appuyer sur ?Pause?, pour aller au petit coin ou remplir son verre. Et de visionner le film autant de fois que vous le voulez au cours des cinq jours que dure en moyenne la location.

Alors que si l?on se fie au circuit des salles, il faut attendre plusieurs mois avant que les films n?arrivent sur les écrans, s?ils arrivent. Et en plus payer un ticket à Rs 150. Et subir les spectateurs qui ?oublient? toujours d?éteindre leur portables.

C?est demander l?impossible en poudre à des nombreuses familles. Faites le compte : Rs 150 x 5, pour une famille avec trois enfants. Si en plus, on y ajoute le manze boir, le bus ou l?essence pour la voiture?

Mais quelle mouche a bien pu piquer l?Anti-Drug & Smuggling Unit (ADSU) menée par l?inspecteur Hector Tuyau pour empêcher le petit monde des vidéoclubs de tourner en rond ? Non, mais?

Si cela continue, c?est 1 200 personnes qui risquent de se retrouver sur le carreau. Toute une industrie parallèle, qui avait l?avantage de ne pas être déclarée au fisc, qui va s?écrouler.

Quel besoin avait la police de dissoudre l?Anti-Piracy Unit ? C?était pas mignon cette équipe de sept policiers ( qui était passée à treize ) chargée de quadriller non pas un secteur, mais le pays en entier ? C?était pas drôle, de voir que les dimanches et les jours fériés, ces hommes en uniforme n?étaient pas de service ? Enfin une police avec un peu d?humour.

Qu?est-ce qui leur a pris aux Casernes de chambouler tout cela ? De former en deux jours, grâce à un séminaire organisé à la mi-février, une trentaine de policiers sur la question des droits d?auteurs ?

Quel besoin y avait-il de faire autant de saisies ? l?équivalent de 10 000 pièces par coup de filet, au point de forcer ces vidéoclubs qui croyaient l?impunité durablement acquise, à baisser les volets ?

À brandir la menace d?une grève de la faim, recours désormais incontournable dès que l?on réclame justice dans ce pays.

Et même quand le gouvernement, par la voix de ses ministres de la Justice, et des Arts et de la Culture, fait savoir qu?il n?y aura pas de moratoire de deux ans pour continuer à écouler des produits contrefaits, avec la bénédiction des autorités, l?Audio Video Licensees Association (AVLA) persiste à jouer les victimes éplorées.

Ne nous leurrons pas. Si aujourd?hui des milliers de personnes voient se profiler le spectre du chômage, c?est bien parce que le piratage s?est institutionnalisé à Maurice. Au point de devenir un gagne-pain, un métier, un réseau. C?est grave.

Certes, ne soyons pas insensibles à la dimension humaine du phénomène. Mais bas les masques. ?Jusqu?à l?heure, nous avons transféré ce genre de films sur VCD sans que personne ne nous inquiète. Nous n?avions pas le choix car la plupart des Mauriciens ont un appareil VDC alors que les films européens et américains sont en DVD?, affirme Preet Ramsurn, porte-parole de AVLA. Quand cesseront-ils de prendre les enfants du bon Dieu pour des sauvages ?

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