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?Maraina?, ma reine d?opéra

27 février 2006, 00:00

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Si l?histoire nous était contée? Celles des premiers Réunionnais. Pari fou concrétisé en novembre dernier au théâtre de Champ-Fleuri à La Réunion. Têtes pensantes du projet : Emmanuel Genvrin, le librettiste et fondateur du théâtre Vollard. Son complice : Jean Luc Trulès, compositeur et chef d?orchestre.

Le tandem a bien l?intention de rééditer la performance au théâtre de Port-Louis les 24 et 25 novembre prochains. Neuf mois avant l?événement ? temps d?une gestation ? les deux hommes sont venus présenter leur projet. Ils sont en cela appuyés par le Centre culturel Charles Baudelaire et Otayo.

Valeur ajoutée de la pièce, l?éventualité qu?une voix mauricienne intègre l?équipe déjà rôdée de Maraina. Interrogé, Emmanuel Genvrin se montre réaliste. ?Nous n?avons pas trouvé des solistes sur place. Quand il y a des voix de cette envergure qui émergent dans nos îles, je pense entre autres à Natacha Constantin Finette, elles vont à Londres ou à Paris. Et puis il faut être honnête, nous ne travaillons pas avec une distribution d?envergure internationale. D?ailleurs, nous avons la chance d?avoir une équipe où règne une bonne entente, nous ne voulons pas prendre le risque d?en changer.?

À la recherche de la perle rare

Pourtant, d?autres places sont à prendre. Notamment dans la fosse d?orchestre et les ch?urs. Demande spécifique : ?Nous souhaitons recruter un baryton mauricien.? Critères de recrutement pour les musiciens souhaitant faire partie de l?aventure : lire la musique et faire de preuve de feeling, de sensibilité au swing. Celui imaginé par le chef d?orchestre Jean Luc Trulès.

La gageure : interpréter un mélange de polyphonies malgaches, des rythmes traditionnels, pas livrés à l?état brut, mais travaillés à la sauce lyrique. ?Il ne s?agit en aucun cas du collage d?un moment classique et d?un moment traditionnel?, précise Jean Luc Trulès.

L?action de Maraina se situe au 17ème siècle. ?Nous avons voulu éviter le côté pirate et robes à fleurs.? Pour une atmosphère plus contemporaine, les concepteurs de cet opéra de l?océan Indien ont confié la réalisation des costumes à la maison Pardon, ?pour du sportswear d?aujourd?hui.?

Dans l??uvre, se pose aussi la question de l?île déserte. Des fantasmes qui y sont attachés : terre lointaine, terre de rêve, terre où tout est permis. Transposée dans notre réalité, l?île déserte a, pour Emmanuel Genvrin, des allures de ?terrain de jeu de la télé réalité, là où l?homme occidental fatigué vient se ressourcer.? Image toujours d?actualité. ?Nous avons traité du mythe sans complaisance?, affirme-t-il.

Plus qu?un opéra de l?océan Indien, Emmanuel Genvrin considère que Maraina est une ??uvre d?outre mer.? Pour s?en convaincre, petit coup d??il à la distribution. Les solistes principaux sont d?origine guadeloupéenne, malgache, tahitienne et algérienne. Panorama tout aussi varié pour les seconds solistes, qui viennent de la Martinique, de l?île s?ur et de la Grande Ile.

Solliciter la coopération régionale

L?action, basée sur des faits historiques, retrace l?histoire des pionniers Réunionnais. En 1674, la France abandonne Fort Dauphin et se replie sur Madagascar. Un groupe de 10 volontaires, composé de deux Français et 10 Malgaches ? dont trois jeunes filles ? s?établissent donc à La Réunion, considérée comme ?l?Eden.?

?Le petit groupe pense qu?ils vivront en bonne intelligence avec les autres habitants.? Que nenni ! Des rivalités éclatent bientôt, ?à cause des femmes?. Si le statut de Marie, Marguerite et Anne est incertain., ? S?agit-il de concubines, de servantes ou de parentèles ? Etaient-elles s?urs ?? Cela n?empêche qu?elles ne manquent pas d?attirer les regards à la fois des Malgaches et des Français.

Conséquence, les 10 Malgaches iront s?établir plus loin, alors que le chef de l?expédition, amoureux de l?une des filles, repartira pour Madagascar, voudra rentrer en France, mais son bateau sera coulé par les Anglais. L?histoire considère ces premiers arrivants comme les aïeux des Réunionnais.

À terme, le tandem Genvrin-Trulès ambitionne de monter deux autres pièces, de quoi créer un répertoire. ?On caresse aussi l?idée d?un orchestre de l?océan Indien, car il existe de fortes potentialités dans chacune des îles. Seules, elles ne pourront pas y arriver.?

Un projet qui se donne l?envergure de la coopération régionale, tout en négociant pour être financé par ?l?argent de l?Europe.? Emmanuel Genvrin a décidément les pieds sur terre. Tant mieux. ?On a pris trois ans pour faire Maraina. C?est un voyage au long cours. Si on veut le monter en Europe, il ne faut pas compter avant 2008-2009.?

  • Les intéressés peuvent se mettre en contact avec Otayo au 466 99 99. Les auditions sont programmées pour le mois d?avril.

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