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Agressions en public : Faut-il intervenir ?

19 février 2006, 00:00

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Oui Raj Moothoosamy Président de Victim Support

On reproche aux Mauriciens leur passivité devant les agressions en public. Doivent-ils intervenir ?

Bien sûr, car c?est la responsabilité de tout citoyen de le faire. Trop souvent nous assistons à des agressions sans lever le petit doigt. Il existe le concept de responsabilité citoyenne, mais on entend trop souvent cette expression : « Pa mo zafer sa. » Or, comment rester insensible quand quelqu?un est agressé sous nos yeux ? Dans certains cas, on pourrait parler de non assistance à personne en danger. Il faut intervenir en utilisant la persuasion et, dans certains cas extrêmes, la manière forte. Toutefois, il faut s?assurer que la police soit prévenue immédiatement pour qu?elle puisse prendre les choses en main. Il nous faut développer une culture d?intervention et ce, dans le cadre de la loi.

Mais le citoyen ne veut pas se substituer à la police. Que faire pour sécuriser celui qui respecte les lois ?

Le citoyen responsable peut dénoncer des agresseurs sous le couvert de l?anonymat. Vous pouvez le faire à travers Victim Support qui soumettra vos observations aux institutions concernées en toute confidentialité. Nous ne pouvons laisser des malfrats prendre notre quartier, notre ville ou notre pays en otage. Le citoyen doit assumer ses responsabilités et les institutions sont là pour garantir sa sécurité. Toute personne peut téléphoner à la police en donnant des indications précises.

Mais les gens ont souvent peur d?être appelés à témoigner en cour pour des actes criminels ?

Nous avons soumis des recommandations au ministère de la Justice sur les moyens à employer pour garantir la sécurité des citoyens qui dénoncent des actes criminels. Nous voulons faire comprendre aux gens qu?ils devraient intervenir et dénoncer toute infraction, sinon, nous laissons des malfrats en liberté.

Comme j?ai l?habitude de le dire au cours de mes causeries, n?importe qui peut être victime d?une agression. C?est dans cette perspective de sensibilisation que nous organisons des causeries pour que le citoyen puisse réagir en cas d?agression. Nous formons actuellement une équipe de 300 volontaires qui vont sillonner l?île pour des campagnes d?information et d?action.

Non Raffick Bahadoor Président de la Taxi Proprietor?s Union

Le public semble insensible aux agressions qui ont lieu sous ses yeux ? Pourquoi ?

Intervenir aujourd?hui, c?est se mettre en danger. Les temps ont changé et de l?agression verbale, les gens passent souvent à l?agression physique. De plus, les agresseurs sont souvent en possession d?armes dangereuses, que ce soit un cutter, qui est à la mode, ou une arme tranchante. Comment un simple passant peut-il intervenir dans une telle situation ? Et ce qui est plus grave encore, c?est que la loi ne prévoit rien pour celui qui intervient. Celui qui veut agir en citoyen responsable risque toutes sortes d?ennuis. Puis, il y a le manque de soutien du public. Intervenir aujourd?hui est dangereux, car vous risquez d?être seul face à la furie de l?agresseur.

Le citoyen peut aider en dénonçant les agresseurs ou en prévenant les autorités. Mais a-t-il toutefois peur de témoigner ?

Rien n?est prévu dans la loi pour celui qui intervient dans les cas d?agressions et le citoyen a donc peur de témoigner. Il craint pour sa sécurité et celle de sa famille. Il faut d?abord qu?il se sente protégé pour pouvoir intervenir. S?il n?a aucune protection de l?État, pourquoi devrait-il s?exposer ?

Il faut être inconscient ou avoir beaucoup de sang froid pour tenter d?arrêter des individus qui n?ont aucun respect de la personne humaine. Ce n?est pas de la lâcheté, mais c?est faire preuve de réalisme. Nous sommes déjà intervenus dans certains cas, mais les ennuis que nous avons connus nous ont découragés à nous engager dans cette voie.

En tant que président de l?association des taxis, que préconisez-vous pour faire face à une telle situation ?

Il faut laisser cette responsabilité à la police. Nous ne pouvons pas intervenir dans tous les cas d?agression. D?autant plus que nous sommes facilement identifiables en tant que chauffeurs. Nous sommes vulnérables et si on témoigne en cour, rien ne garantit notre sécurité.

Notre seul recours, c?est la police. Nous avons, d?autre part, des clients de tous bords et de toutes les communautés. Il faut que le gouvernement entreprenne une campagne de sensibilisation sur ce thème à travers la radio et la télévision. C?est d?une importance capitale.

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