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Brutalité policière : la fin d?une époque ?

19 février 2006, 00:00

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C?est la fin d?un règne. D?une époque où on avait l?impression que la brutalité policière demeurait impunie. Un mois et un jour après la mort en détention de Rajesh Ramlogun, la Commission des droits de l?homme conclut qu?il y a eu violation des droits de la personne dans cette affaire.

Elle a remis ses conclusions à l?Attorney General Rama Valayden ainsi qu?au Directeur des poursuites publiques afin qu?il prenne les mesures appropriées contre les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) impliqués dans la mort de Rajesh Ramlogun.

Même si la Commission ne dit pas de manière explicite qui sont les responsables de la bavure, les soupçons convergent vers les officiers qui ont eu affaire à Rajesh Ramlogun entre le moment où il a été arrêté chez lui, à Lallmatie, et le moment où il a été placé en détention à Alcatraz, le 12 janvier.

« Le résultat d?une dérive, d?un dérapage »

« Pour la première fois, ces conclusions pointent vers la brutalité policière », fait ressortir une source proche du dossier. Il est clair pour la Commission que cet homme est mort à la suite des violences qu?il a subies.

Outre les témoignages d?un codétenu, les constats des médecins légistes Sudesh Kumar Gungadin et Amah Charrya Gujjalu l?attestent et les deux ont donné des détails sur les violences et sur ce qui a pu provoquer son décès.

C?est sans doute une accusation de torture, qui sera déclinée par la suite en celle d?homicide involontaire, qui sera retenue contre les policiers fautifs.

« Mone perdi mo mari betman. Zamey mo ti penser li pou mor de sa fason la. Pu mwa la polis ine touye li. Mo satisfai. Comisyon fine donn ene rapor ki la veritey. Aster mo pe atann troisiem rapor Central CID. Mo esperey sann cou la ossi pu ena la veritey », fait déjà ressortir la veuve du défunt, Bindu. Après l?enquête judiciaire du magistrat Raj Seebaluck qui a conclu à un « foul play », elle espère connaître au plus vite les conclusions de l?enquête du Central Criminal Investigation Department.

Son avocat, Me Viren Ramchurn, abonde dans le même sens et estime que les conclusions de la Commission « sont une suite logique des observations du magistrat Seebaluck ». Mais vu la lenteur du Central CID à compléter son dossier, il s?interroge et appréhende une éventuelle « intervention politique » de haut niveau dans l?enquête policière.

L?avocat invite le commissaire de police Ramanooj Gopalsingh à « éclairer » le public sur cette enquête, surtout qu?il est demeuré étonnamment muet depuis le début de l?affaire Ramlogun. « Dan tou gran democrassi, ene sef la polis bizin vine de lavan pu explik li. Eski nu ene democrassi en moins nou ? »

Il est aussi temps, lance Me Ram-churn, de mettre de côté les personnes qui jettent le discrédit sur la police et nuisent à la réputation du pays, car tout acte de brutalité est vite répercuté sur la scène internationale.

Son confrère Jean-Claude Bibi, militant des droits de l?homme ?uvrant au sein de l?ONG Justice, « apprécie » que le rapport de la Commission ait été rédigé dans un délai « raisonnable ».

Il estime également que si les recommandations qu?elle a faites sont adoptées, elles seront inévitablement un « frein » à la brutalité.

Connu pour ses dénonciations de toute forme de brutalité, Me Bibi confie que Maurice n?aurait pas eu la mort de Rajesh Ramlogun sur les bras si les autorités compétentes avaient pris ce problème à bras le corps.

« C?est malheureux de le dire mais si des actions avaient été prises dès le départ, on aurait pu éviter le décès de Rajesh Ramlogun. Sa mort n?est pas un incident isolé mais bien le résultat d?une dérive, d?un dérapage », déplore-t-il.

Dire non aux méthodes peu conventionnelles

« Sa mort fait partie d?un schéma qui dure depuis des années. Il faut dire non aux méthodes peu conventionnelles et il faut les dénoncer. Derrière, il y a des officiers de police criminels. Et là, je trouve dommage que la Commission n?a pas suffisamment pris en considération le fait que la disparition de Ramlogun soit le fruit d?un système perverti. »

Me Bibi trouve quand même navrant que la Commission n?ait pas enquêté sur les « précédents » de l?équipe de l?officier Hurrydeo Raddhoa. « Li domaz dan so rapor li traite la mor Ramlogun de fason isoley sans fer referens au passé de Raddhoa », souligne-t-il.

De son côté, le président de la Commission, Dhiraj Seetulsingh, s?est abstenu de tout commentaire. Sa secrétaire explique qu?il attend la fin du procès, qui sera instruit en cour, avant de commenter cette affaire.

Au niveau de l?hôtel du gouvernement, le sentiment est partagé quant aux travaux de la Commission. Alors que certains considèrent qu?elle aurait pu être plus « rigoureuse », d?autres sont d?avis qu?elle a bien fait de s?occuper de l?essentiel.

Maintenant la balle est dans le camp du DPP. Et aussi dans celle de l?hôtel du gouvernement qui devra décider de l?avenir de la MCIT?

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