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Bouleversante Ananda Devi

19 février 2006, 00:00

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Elle, c?est Ève. Son corps est une escale. « Des pans entiers sont navigués. Avec le temps, ils fleurissent de brûlures, de gerçures. Chacun y laisse sa marque, délimite son territoire. » Lui c?est Sadiq. « Entre tristesse et cruauté, la ligne est mince. » Pour lui, réussir cela veut dire que les portes fermées s?entrebâillent pour qu?il puisse se glisser entre elles en rentrant bien le ventre.

Il y a Clélio aussi qui est en guerre, qui se bat contre tous et contre personne, qui n?arrive pas à s?extraire de sa rage. « Et quand je vois des clous, j?ai envie de les avaler ou de les faire avaler à quelqu?un d?autre. » Finalement il y a Savita, l?amie d?Ève, avec qui elle s?imagine d?autres elles-mêmes « nées au bon endroit, dans les familles où la défaite n?est pas inscrite dans les lignes des mains ».

Ils habitent tous les quatre dans un endroit où l?on recase les réfugiés des cyclones, qui s?appelle Troumaron et que Sad (Sadiq) décrit comme une sorte d?entonnoir, « le dernier goulet où viennent se déverser les eaux usées de tout un pays ».

Comment vous faire le résumé du dernier roman d?Ananda Devi, Ève de ses décombres, sorti en janvier aux éditions Gallimard ? Vous connaissez son syndrome : la plume âpre et coléreuse, un monde désenchanté hanté par la difficulté d?être, une histoire qui se fait entre voix entrecroisées et des personnages qui ne sont pas des héros mais des êtres humains. Nous suivons des trajectoires de vie marquées par des affrontements, nous plongeons dans un véritable champ de bataille. Quatre jeunes se sont construits une identité par défaut. Ils finissent par sombrer dans une sale histoire dont ils ne sont pas responsables, à moins d?estimer que la fragilité de leur point de départ relève de leur responsabilité.

En tout cas, ce livre, aiguisé comme un scalpel, nous renvoie à des interrogations sur la société qui dessine dès le départ pour certains des « destins cabossés ».

Au fil des pages, on s?attriste, on s?indigne, on se sent oppressé, on a le c?ur serré. On se réjouit qu?il y ait une Ananda Devi, une compatriote, un écrivain aussi talentueux. Son livre est disponible chez Bookcourt, au Caudan et à Trianon.

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