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En toute innocence?
On craignait l?émotion. Elle est en passe de s?imposer. Le débat sur la réforme de notre système d?éducation au primaire est de plus en plus faussé. Le concert des réactions à la formule gouvernementale soulève la braise des passions, réveille de vieux démons et transcende souvent la raison - qui aurait dû se focaliser sur les 40 % d?échec scolaire à la fin du cycle primaire au lieu des 4 % qui seront casés dans les collèges nationaux.
L?avertissement a souvent été lancé cette semaine et il fait frémir : attention à la fracture sociale. Les organisations, les unes se clamant plus citoyennes que les autres, se mobilisent. Il y a en effet une fracture puisqu?elles sont elles-mêmes divisées sur la question pour raisons et agendas divers. Une synthèse de tout ce qui se dit, tout haut ou tout bas, comporte, outre des avis éclairés et éclairants, une bonne dose de dérapages, de prises de position purement politiciennes quand elles ne sont pas carrément communales. Comme si la réforme qui affectera indistinctement tous les enfants de la République était la propriété d?un parti politique, d?un groupe social, d?une classe particulière de Mauriciens.
« L?express dimanche se gardera d?alimenter les débats visant à dresser les camps des pros contre ceux des anti-ranking (?) Mais le danger, encore une fois, risque de venir de groupements de toutes sortes. Nous attendons des politiques qu?ils calment le jeu », écrivions-nous, en substance, le dimanche 8 janvier, soit deux jours après la décision gouvernementale d?aller de l?avant avec son projet des collèges nationaux.
Depuis nombre d?opinions ont été émises. À l?origine, c?est sain pour une démocratie de débattre, d?argumenter. Argumenter se présente d?une manière générale, comme une alternative à l?usage de la violence physique.
La presse et la rue incarnent de nos jours, à des degrés divers certes, ce que l?agora représentait jadis dans la cité grecque. C?est-à-dire un espace public et commun, où la parole devient l?outil politique par excellence.
Aristote a jeté les bases pour les premières théories de l?argumentation. Sa rhétorique du raisonnement a mis à nu les travers de la rhétorique des passions. Dans tout débat public, il y a souvent une large part réservée aux aspects extérieurs au sujet qui sont mis en avant pour susciter la suspicion, la colère et autres passions de l?âme. S?il fallait appliquer la règle d?interdiction de plaider en dehors de la cause, beaucoup chez nous n?auraient plus rien à dire, plus d?affiches à coller, plus de slogans stupides à scander. En revanche, beaucoup d?autres interlocuteurs auraient exprimé le fond de leurs pensées sans craindre d?être associé à un brassard ou tout autre étendard.
On aura tout entendu comme arguments de choc. Outre les immanquables références communautaires qu?on distille, certains plaident que grâce à la compétition, on pourra exporter notre intelligence à travers le monde et les enseignants se feront plus d?argent avec les leçons particulières (Tax Free) !
Et dire que ce sont des paroles de parents d?enfants qui réfléchissent davantage comme des enseignants défendant leurs fonds de commerce.
Et quid des enfants, les principaux concernés, ceux-là mêmes à qui on imposera des leçons particulières ? Absents du débat, ils ont pourtant leurs opinions. Ils ne comprennent pas toujours le pourquoi du A +. Leurs propos, frais et spontanés, laissent entrevoir une vision moins exclusive de l?éducation. Derrière leurs sourires timides, ils confient qu?ils auraient aimé jouer davantage avec leurs copains de classe. Avec leurs mots à eux, on comprend qu?ils souhaitent moins d?école à l?école, moins de pression sur leurs frêles épaules. Faute d?une plate-forme et d?un lobby puissants, leurs revendications risquent d?être vite ensevelies sous d?autres considérations, bien moins inoccentes?
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