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La victoire des faucons
Navin Ramgoolam a déterré la hache de guerre et a imposé à son gouvernement, lors de la réunion du cabinet de vendredi dernier, l?introduction des collèges « nationaux » et « régionaux ». « Le Conseil des ministres a pris la décision, le 6 janvier, d?appliquer un projet pour lequel nous avons obtenu un mandat lors des dernières élections générales » : le Premier ministre a été des plus clairs vendredi.
Ce qu?omet, toutefois, de préciser le chef du gouvernement, c?est que c?est une décision prise aux forceps : le Conseil des ministres est profondément divisé sur cet enjeu. À mesure que gronde le mécontentement populaire, les langues se délient et la solidarité gouvernementale en sort égratignée.
Ainsi, le Conseil des ministres serait, selon des sources concordantes, divisé en trois « camps » : les « faucons », les « modérés » et les « ni oui, ni non ». Ceux qui sont pour les mesures proposées par le ministre de l?Éducation sont facilement identifiables, même s?ils ont laissé, jusqu?ici, le soldat Gokhool se défendre seul.
Le seul à s?être « engagé » publiquement en faveur d?un retour à l?élitisme est, jusqu?ici, le vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun. Intervenant lors de la cérémonie de remise des MSC Sports Awards, le 3 février, Rashid Beebeejaun avait exprimé, lors d?un discours impromptu, sa conviction que, dans « l?éducation, l?élitisme sera toujours présent ». Ce qui avait choqué plus d?un, qui avait trouvé le forum pour une telle déclaration inappropriée.
Le camp des pro-Gokhool est, selon nos sources, composé, outre de Rashid Beebeejaun, de Madan Dulloo, Satish Faugoo, Étienne Sinatambou, Asraf Dulull, Anil Bachoo, Mahen Gowreesoo et ? Navin Ramgoolam.
Risque de réveiller la guerre des langues orientales
Nos sources avancent que Dulloo, Faugoo, Beebeejaun, Gowreesoo et Bachoo sont en faveur des mesures Gokhool par pur clientélisme électoral. Étienne Sinatambou serait pour un retour à l?élitisme du fait qu?il a été lui-même lauréat, alors qu?Asraf Dulull est présenté comme le plus convaincu de la justesse de la création des collèges « nationaux » et « régionaux ». Les détracteurs de Mahen Gowreesoo avancent qu?il a simplement opté pour le camp de la majorité sur cette question.
Du côté des opposants aux propositions de Dharam Gokhool, l?on retrouve les deux Rama : Sithanen et Valayden.
Le ministre des Finances, qui a fréquenté un collège privé de la capitale, défend le principe qu?il est impossible d?identifier une élite à 10-11 ans. Fidèle à ses années d?animateur de la réflexion sur l?éducation au sein du MSM-MMM du début des années 90, Sithanen milite pour plus de « démocratisation » du système éducatif mauricien.
Le ministre de la Justice a, quant à lui, toujours été très sensible à la réalité éducative de sa circonscription. Il est de notoriété que Valayden possède une parfaite maîtrise des dossiers Zones d?éducation prioritaire (Zep) et prévocationnel (Pré-voc) et qu?il accompagne et encourage ces projets dans sa circonscription. D?où son opposition aux mesures Gokhool. Soli-darité gouvernementale et le fait qu?ils viennent de minorités ethniques obligent, les deux Rama ne voice out pas leurs sentiments en public.
On a dit Xavier-Luc Duval très « frileux » sur ces réformes, appuyant au départ les propositions Gokhool du bout des lèvres. Dès que « son » électorat s?est mobilisé contre la réforme et fort de la prise de position de l?Église, Xavier-Luc Duval a alors affiché, au sein du cabinet, son opposition aux mesures Gokhool, tentant d?obtenir un report de leur application. Il a mis en avant le risque de réveiller la guerre des langues orientales et de retrouver un pays divisé.
Les fortes réserves de deux pédagogues
La position réaffirmée de Mgr Piat contre les mesures Gokhool ainsi que sa « déception » de la volte-face du ministre de l?Éducation, qui, selon lui, revient sur ses engagements pris lors de leur rencontre jeudi, place Xavier-Luc Duval dans une position inconfortable. Ses détracteurs avancent qu?il va « sentir la direction du vent » avant de s?impliquer publiquement.
Deux pédagogues ont émis de fortes réserves au cours des différentes délibérations du Conseil des ministres sur la question : James Burty David et Rajesh Jeetah. Le premier, ancien ministre de l?Éducation et recteur de collège, a tenté de défendre le principe d?accès au savoir à tous. Le second, dont la famille a été étroitement associée au collège Basdeo Bissoondoyal de Centre-de-Flacq, a défendu l?accès des ti-dimunn à l?éducation. Autre ministre opposé à la réforme Gokhool : Arvin Boolell, qui tente, timidement, de mettre en avant les risques d?un pays divisé. Il a vainement tenté de jouer le modérateur auprès de Ramgoolam et de Gokhool.
Le camp des « ni oui, ni non » se compose d?Abu Kasenally, Sheila Bappoo, Indranee Seebun, Sylvio Tang et Vasant Bunwaree. Ce dernier, suivant les sources, est classé soit dans le camp des pro-Gokhool, soit dans celui des indécis. Mais il est clair que ces « indécis » se rallient toujours au Premier ministre, d?où la décision de ce dernier de soutenir les mesures proposées par Dharam Gokhool.
Mais un groupe agit « dans l?ombre » et bénéficie de la confiance du Premier ministre. Mené par un ancien Senior Minister travailliste et le syndicaliste Suttyhudeo Tengur, il représente, selon ses détracteurs, « la bourgeoisie d?État ayant été marginalisée sous Obeegadoo ». Et qui tient aujourd?hui sa revanche.
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