Publicité

?L?homme ne peut pas vivre sans identité?

8 février 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Dans le dédale d?interprétations autour de l?épineux sujet de l?interculturalité, Dominique Wolton (photo) prône une voie simple : celle de la communication. Non pas celle qu?on assimile au marketing commercial ou aux paillettes des relations publiques mais celle qui nous ramène fondamentalement au concept de négociation.

Invité de l?ambassade de France dans le cadre des conférences intitulées ?Trait d?union?, Dominique Wolton, empruntant tour à tour aux techniques d?analyses propres à la science politique, à la sociologie mais surtout à l?anthropologie, décline une lecture critique de l?interculturalité qu?il veut dépouillée des définitions classiques. Son analyse, qui tantôt s?appuie sur les bienfaits du multiculturalisme et tantôt sur le refus des irrédentismes religieux, s?articule autour de l?information et de la communication comme ?valeurs centrales d?un monde ouvert?. Car il est bien question des angoisses et des craintes devant la mondialisation, auxquelles ne répondent pas toujours les concepts économiques. Devant l?inconnu, il rappelle que ?si on négocie, on construit la cohabitation?. Plus loin, il ajoute que communication et démocratie vont de pair. ?Communication dans le sens de la cohabitation des gens qui ne pensent pas de la même manière?, précise-t-il. C?est cette communication, ?enjeu mondial? qui permet à l?altérité de se débarrasser de ses oripeaux dichotomiques.

Car il s?agit aujourd?hui d?éviter à la fois les pièges du multiculturalisme que les dérives du nationalisme. Comment alors sans renoncer à son identité être ouvert au monde ? Le réponse de Dominique Wolton est simple : ?Il faut éviter que le village global ne devienne la Tour de Babel?. Il importe ainsi, à son avis, de conjuguer ouverture et respect des identités. ?C?est un renversement intellectuel à effectuer?, préconise-t-il. Et cela prend tout son sens lorsqu?on sait que les identités deviennent de plus en plus meurtrières.

Mais il n?y a pas contradiction, ?la reconnaissance des communautés ne conduit pas au communautarisme?. ?S?appuyer sur ses racines, c?est ce qui permet de s?ouvrir au monde?. Rappelant que le multiculturalisme n?est possible qu?au sein d?un Etat-nation, le conférencier plaide en faveur d?un travail pour un nouveau concept de laïcité. Privilégiant la piste anthropologique, qui permet de voir, au-delà des phénomènes ponctuels, les mécanismes qui accompagnent l?aventure des cultures, Dominique Wolton précise qu?on a à la fois besoin des identités et des principes qui les transcendent. Il faut ainsi comprendre les phénomènes de résistance à l?ouverture sans condamner les identités. Les peuples peuvent intégrer la nation mais ?l?homme ne peut pas vivre sans identité?. C?est ainsi que le conférencier pense qu?aux deux déterminants que sont l?économie et la politique, il faut ajouter la culture.

C?est une vision optimiste du monde que propose Dominique Wolton. Elle a le mérite de la sagesse intellectuelle et de la rationalité anthropologique. Bref un empirisme et une distance qui conduisent directement à une vision idyllique de la société mauricienne. Celle où règne, comme l?affirment certains dans l?assistance, l?unité dans la diversité, pour bien cacher le capharnaüm culturel au-delà de l?insidieuse vitrine du prêt-à-porter inculturel mauricien.

Publicité