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Nerfs d?acier

5 février 2006, 20:00

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Zico, Platini, Baggio, Waddle, Beckham? La règle selon laquelle les plus grands footballeurs de leur génération doivent rater un tir au but à un instant fatidique s?est enrichie d?un nouvel épisode, samedi.

C?est l?homme fort de la CAN 2006, Samuel Eto?o en personne, meilleur buteur du premier tour avec 5 buts, qui avait rendez-vous avec la malédiction des stars aux penalties, samedi soir. Qui l?eut crû ?

Durant toute la séance concluant le choc Cameroun-Côte d?Ivoire, c?était lui le leader. Qui donnait l?exemple en ouvrant le score, qui rameutait les troupes en tapant dans les mains, qui félicitait chaque tireur après son but - puisque tous ont marqué ce soir-là jusqu?au 25e tir d?une séance époustouflante?

Toute la dramaturgie des tirs au but réside dans ce côté cruel et aléatoire de l?épreuve, le piment qui donne toute sa saveur au football. Au moment où le tireur va s?élancer, il est incroyablement seul au monde?

Au point de penalty, il tente d?évacuer le caractère dramatique de cet instant de la partie, d?oublier le brouhaha du public, de se rappeler des conseils de ses coéquipiers et des tirs qu?il a réalisés à l?entraînement. Il place le ballon.

Il est, bigrement, stressé le pauvre gars ! Mais il tente de se concentrer sur les points faibles du gardien adverse tout en évitant de regarder celui qui tente de le déconcentrer? A ce titre, le match de samedi fut édifiant en intensité et en maîtrise technique vu la qualité des buts.

Puis, vint le moment du tir. Le moment où il faut ralentir son souffle, relâcher ses muscles, choisir l?angle et la trajectoire de la frappe et? surtout? maîtriser ses nerfs. Et pan ! C?est parti?

Samuel Eto?o a pris beaucoup d?élan et vient de frapper en force. C?est raté, la balle passe au-dessus. Comme quoi les meilleurs peuvent louper ce genre d?exercice élémentaire. Se prendre la tête à deux mains, s?en vouloir à mort.

Ironie du sort, l?attaquant du FC Barcelone, avait blamé le pauvre Pierre Womé pour avoir raté le penalty de la qualification au Mondial 2006, il y a six mois de cela, et avait indirectement provoqué la colère des supporters camerounais qui avaient saccagé la maison du joueur et le salon de coiffure de sa petite amie?

Depuis samedi, l?arrogant Eto?o sait, combien, ça fait mal de manquer un penalty qui plonge tout un pays dans la tristesse, surtout pour un monument comme le Cameroun et son peuple de passionnés du ballon rond.

Savoir rester maître de ses nerfs, c?est ce qu?a parfaitement réussi l?Ivoirien Didier Drogba, exemplaire sur toute la ligne, qui propulse son pays en demi-finale dans la foulée de l?échec d?Eto?o. Joli symbole qui met un terme, momentanément, au duel entre les deux hommes.

En tout cas, l?histoire retiendra que ce score de 12-11 (24 tirs au total) en faveur de la Côte d?Ivoire constitue le deuxième record de la CAN, après celui des Eléphants d?Alain Bouaméné et de Joel Tiehi (11-10), qui avaient battu un Ghana hyper- favori (mais privé de son joyau Abedi Pelé), aux tirs au but de la finale 1994?

Curieux balbutiement de l?histoire pour ces Ivoiriens aux nerfs d?acier? Prochain rendez-vous : les solides Nigérians de Jay-Jay Okocha, demain en demi-finale. On a hâte de voir ça.

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