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Servir au mieux l?État et la communauté
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Servir au mieux l?État et la communauté
par Marie-Annick SAVRIPÈNE
Lorsque Suresh Seeballuck nous reçoit, il s?apprête à déménager du bureau qu?il a occupé pendant près de cinq ans. Bureau qui n?est guère différent de celui d?un commis d?état avec des piles de dossiers sur la table de travail dans un coin de la pièce et un ameublement de salon en similicuir couleur beurre frais dans l?autre.
Un élément de la décoration cependant attire notre attention. Sur le rebord de la fenêtre repose un poisson un peu poussiéreux, sculpté dans le bois, attestant de son long passage au ministère de la Pêche et d?un attachement certain pour ce secteur. L?homme qui a l?élocution facile le reconnaît. «Ce poisson est en quelque sorte ma mascotte et ne me quitte jamais. à la Pêche, j?ai côtoyé des connaisseurs, dont David Ardill, qui m?ont fait découvrir ce qu?était le fisheries management and policy. Sujet qui est fascinant».
L?autre particularité de Suresh Seeballuck est qu?il aime agrémenter ses propos d?exemples terre à terre. Ainsi, quand il parle des ministres avec lesquels il a pris du plaisir à travailler en raison du fait qu?ils ne prenaient jamais ses recommandations pour argent comptant, à savoir Kishore Deerpalsing, Madun Dulloo, Arvin Boolell et Anil Baichoo, il ne peut s?empêcher de faire l?analogie avec les rapports de couple.
«Si tous les jours, le mari mange le repas préparé par sa femme sans donner son avis, la femme n?aura pas d?incitations et de motivations à se dépasser.»
«J?ai postulé pour la forme»
Ainsi à propos de la conférence des small islands developing states qu?il a organisée l?an dernier, il explique qu?il était en permanence sur le qui-vive. «C?était comme convier des gens à dîner sans savoir combien d?entre eux viendront effectivement.» Son sens de l?administration lui a permis de gérer cette manifestation avec succès.
Ce natif de Poudre d?Or, qui n?a jamais voulu quitter son village, tient son sens de la discipline et de l?organisation de son père Narain, maître d?école, et des trois frères de celui-ci. Ainsi pour qu?il ait une écriture soignée, le jeune Suresh doit pratiquer tous les matins avant de se rendre à l?école. Et dès qu?il commet une incartade, il se fait sermonner non seulement par son père mais aussi par ses oncles.
Aujourd?hui, il est conscient des bienfaits de ces remontrances. «Si aujourd?hui, j?ai une belle écriture dont je suis fier, c?est grâce à mon père. Je lui dois aussi mon sens de l?organisation, de la discipline et celui de l?honnêteté».
A l?issue de sa scolarité primaire à l?école connue aujourd?hui comme Raoul Rivet, Suresh Seeballuck entre au collège Royal de Port-Louis où il étudie le latin, le grec et l?anglais. Là, sa route croise celle d?un autre homme, son aîné de quelques mois, et qui aura pratiquement la même destinée que lui, à savoir Harry Ganoo. À la fin de son Higher School Certificate, le pays est sur le point d?accéder à l?Indépendance.
Son père et lui décident d?un commun accord qu?il ira étudier l?économie à l?université de Delhi. C?est ce qu?il fait. Et pour se conformer au v?u paternel, à la fin de ses études universitaires, il s?initie au métier de banquier, prenant part à quelques examens de l?Institute of Bankers et faisant un stage pratique non-rémunéré au sein d?une branche de la banque Baroda.
C?est donc tout naturellement qu?à son retour, il intègre la Banque de Maurice comme clerc au département de la comptabilité. Il aspire à gravir les échelons au sein de l?institution. Son père l?incite à postuler en tant que administrative assistant au sein de la fonction publique. Suresh Seeballuck est peu chaud, d?autant plus qu?il vient d?être promu à la banque. «J?ai postulé pour la forme, pour faire plaisir à mon père», confie-t-il.
Son ami, Harry Ganoo, qui est employé à l?ambassade américaine, fait de même. Les deux prennent part à l?examen y relatif «pour le fun» et sont agréablement surpris de le réussir, de même que l?examen oral. C?est ainsi qu?il entre dans le service civil et suit des cours d?introduction. Il demande à être envoyé au ministère des Finances.
Là-bas toutefois, hormis Régis Yat Sin, l?actuel président de la Public Service Commission, qui est à l?époque assistant secrétaire et qui le prend sous son aile protectrice, on le fait sentir qu?il n?est pas bienvenu. Commence ensuite une série de mutations qui fait partie intégrante du travail de tout fonctionnaire. C?est ainsi qu?il est envoyé au Logement et aux Administrations régionales.
En parallèle, il étudie et réussit son diplôme en gestion et administration publique. Ce qu?il aime dans la fonction publique, c?est qu?il n?y est pas qu?un exécutant comme c?était le cas à la banque. Là, il est l?un des acteurs et prend des décisions. Il vit sa plus mauvaise affectation aux Coopératives sous le ministre Gian Daby qui fait de lui sa bête noire car Suresh Seeballuck se tient à l?écart de décisions qu?il juge «irrégulières». «J?étais dégoûté et j?ai demandé mon transfert. Toute cette histoire s?est terminée par une commission d?enquête».
Une gestion qui se démarque
Il est envoyé au ministère de la Pêche où il reste 12 ans. Il est entre-temps nommé assistant secrétaire permanent puis secrétaire permanent. Ses satisfactions à ce ministère sont nombreuses. Il est à la base de l?interdiction de l?utilisation du fusil sous-marin, de même que de la promulgation de législations et de règlements destinés à protéger l?écosystème marin et les zones maritimes.
Il agit ensuite comme secrétaire permanent au ministère du Commerce et pressent dès ce moment-là que les préférences dont jouit le pays finiront par s?éroder. Il va ensuite au Travaux où il s?ennuie, même si certains dossiers, comme la gestion du trafic, lui plaisent bien.
Il est d?ailleurs le premier à recommander l?introduction des caméras de surveillance comme contrôle à l?excès de vitesse. Mais sa recommandation n?est jamais appliquée. «Placer des caméras dans des endroits inconnus de tous et qui flashent les voitures, reste selon moi le meilleur moyen de contrôler l?excès de vitesse. Mesure qui aurait été profitable à la communauté. Il faut toujours penser à la société car c?est elle qui doit bénéficier du travail du gouvernement», précise-t-il.
Il trouve tout de même le temps d?épouser Anuradha qu?il avait rencontrée à la Banque de Maurice et ensemble, ils élèvent Dharmesh, le neveu de Suresh.
Là où ce dernier passe, sa gestion se démarque des autres dans la mesure où il n?est pas exigeant tant sur les moyens que sur les résultats. «Qu?un fonctionnaire soit en retard, ce n?est pas important. Ce qui l?est, ce sont les résultats qu?il apporte».
Muté à l?Agriculture sous le ministre Boolell, il planche sur le dossier de la centralisation de l?industrie sucrière. Quand le gouvernement MSM-MMM remporte les élections en 2000, Suresh Seeballuck est transféré au Prime minister?s Office (PMO) et traite davantage avec le Premier ministre. Il en connaîtra trois, sir Anerood Jugnauth, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam. Chacun d?eux, dit-il, a son style de travail et il n?a pas de préférence pour l?un ou l?autre. «Le fonctionnaire ne doit avoir qu?une conviction politique, c?est servir le Premier ministre en place et appliquer le programme de celui-ci.»
C?est au PMO qu?il retrouve son ami Harry Ganoo qui est, lui, nommé secrétaire aux Affaires intérieures. En septembre 2001, quand celui-ci est désigné chef du service civil et secrétaire au cabinet, Suresh Seeballuck est appelé à le remplacer. S?il consulte le Premier ministre pour bon nombre de décisions, il en prend aussi beaucoup avant d?avertir ce dernier. «Je n?ai jamais hésité à prendre des décisions. Tant que je peux les justifier, je ne crains rien.»
À un an de la retraite, il occupe les plus hautes fonctions pour un commis d?état. «C?est la culmination d?une carrière de fonctionnaire et peu ont cette chance. Je suis satisfait de ce que j?ai accompli et je vais continuer à servir avec le même esprit qui m?a habité jusqu?ici.» Bel exemple pour les autres fonctionnaires?
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