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Tentation égoïste
Les maîtres d?école recevront à partir d?aujourd?hui une copie des nouveaux règlements concernant le CPE. Même si c?est dans la confusion que progresse la mise en application de la réforme Gokhool, il semble qu?une chose au moins est claire : le ministre n?est pas arrivé à entrevoir les conséquences désastreuses du changement qu?il préconise.
Les propos apaisants tenus par le Premier ministre la semaine dernière ont envoyé de mauvais signaux. On pouvait en déduire que la réforme serait mise en veilleuse en attendant des consultations assez larges. Dans la réalité, le processus s?emballe. Le MES met les bouchées doubles pour pouvoir appliquer les nouveaux règlements dès la rentrée 2007. Désormais, plus rien ne peut sauver les enfants mauriciens sauf une mobilisation de rue.
Les dirigeants maintiennent leur réforme, encouragés par la passivité apparente des parents. Beaucoup de ceux qui avaient l?habitude d?orchestrer des agitations de rue se sont rapprochés des partis au pouvoir et défendent la nouvelle formule. Même parmi ceux qui ont célébré hier l?Abolition de l?esclavage, il y a certains qui refusent de voir les chaînes qui seront bientôt attachées aux mains et aux pieds des petits Mauriciens. Pourtant le CPE avec ?ranking? est bien un système qui asservit et déshumanise.
Des pédagogues, des universitaires et des citoyens avertis ont alerté l?opinion sur les dangers d?un retour à la ?rat race? mais, manifestement, sans grand succès. Quant aux partis d?opposition, assommés par des défaites électorales successives, ils n?ont pas les moyens pour transformer l?ébullition de ces derniers jours en une contestation capable de faire reculer le gouvernement. Leur voix est trop faible pour inciter les citoyens à descendre dans la rue.
A l?instant d?un choix aussi décisif pour l?avenir de nos enfants, aucun parent ne devrait rester neutre. Soit l?on se range du côté de ceux qui veulent à nouveau instaurer le ?ranking? au CPE parce qu?ils croient que c?est ainsi qu?une nation fabrique son élite. Soit l?on s?élève contre un système qui glorifie 1 260 enfants, colle une étiquette de loser sur 20 000 autres, et laisse des séquelles négatives pour tous. Quel que soit notre sentiment sur la question, nous devons l?exprimer. Les générations futures ne comprendront pas que leurs aînés n?aient pas pris position sur un changement de cette nature.
Le ministre Dharam Gokhool s?est, lui, retranché dans un silence intrigant depuis qu?il a enclenché sa réforme. Sa boîte de cartouches est-elle vide? Il n?a réfuté aucun des arguments des opposants à la réforme. Ceux-ci ont dénoncé notamment la sélection précoce à l?âge de 11 ans, le fait que l?intelligence a des multiples facettes qu?un simple examen ne saurait mesurer, le stigmate que portera l?enfant non classé, le système à deux vitesses créé par les collèges nationaux et les collèges régionaux, les implications pour le développement de l?enfant d?une compétition impitoyable, etc. Seul le syndicat des instituteurs a trouvé des raisons pour appuyer la réforme Gokhool. On le comprend. Son fonds de commerce, c?est le CPE avec ?ranking?.
Le ministre de l?Éducation n?a pas trouvé de soutien auprès de son Premier ministre. Ce dernier aurait été bien embarrassé de défendre une réforme qui vise à promouvoir l?émergence d?une élite à la veille de son départ pour la conférence de l?Internationale socialiste. L?esprit de justice, d?égalité et de fraternité qui anime les socialistes n?est pas compatible avec la tentation égoïste d?être du côté des élites.
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