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Leur Morne à eux
Au nom de Jah, qu?ont-ils à dire ? Sous les dreadlocks, il ne faut pas croire que c?est le vide. Ne pas entendre les rastas souvent, n?équivaut pas à une absence de réflexion. De l?esclavage, du Morne et de son actualité, n?allez pas croire que le rasta est blasé. Jaugeant les gens et les choses avec sa propre échelle de valeur, son point de vue vaut son pesant de spiritualité, en ce 171e anniversaire de l?abolition de l?esclavage.
De la façade rocheuse dressée contre le temps et les intempéries, Christian Louis dit : ?C?est une pierre tombale, un lieu sacré, une source historique. Une trace profonde dans notre sang.?
La voix posée, les lunettes sur le nez, le président de l?Association socioculturelle rastafari (ASCR) nous reçoit chez lui. Une longère difficile d?accès à Cité-La-Cure. Les étapes pour arriver à ce bout de terre qu?il persiste à appeler ?crown land? : laisser son véhicule en bordure de route. Emprunter un sentier rendu boueux par les eaux de cuisine qui s?y déversent. Et s?enfoncer dans l?herbe haute des deux côtés.
Christian Louis plonge directement dans le sujet. ?Mo pa konpran kouma kapav fer IRS lor tom, kouma dimoun mont zot plezir lor tom. Kouma l?Unesco kapav aksepte sa ?? Pourtant, l?avis de l?ASCR n?est pas resté isolé. L?un de ses représentants, en l?occurrence son ancien président, José Rose, siégeait au sein du conseil d?administration du Morne Heritage Trust Fund.
Une manière de se libérer
Le pinceau s?arrête. Le bonhomme ? Christian Louis n?a que 50 ans ? sourit dans sa barbe blanche. Tout dans son expression trahit l?homme qui se moque de notre naïveté. ?Tout avait déjà été décidé. Il y avait un cadre auquel nous devions nous adapter. Ce n?est pas comme cela que nous voyions les choses. Notre présence n?a servi à rien.?
Pressé de questions, notre interlocuteur reste évasif. Se réfugie dans le fait que tout cela s?est passé sous l?ancien président.
Il a été élu, en décembre, à la tête de cette association qui compte une centaine de membres. ?Me nou ena enn bann siporter. Kan nou fer konser, nou gagn gran sikse.? Aujourd?hui, un défilé de ses membres quitte Cassis pour un pèlerinage à Trou-Chenille.
Son projet ? celui que l?ASCR caresse depuis 2002 ? c?est la construction du centre spirituel Barbe Blanche au Morne. ?C?était l?un des esclaves qui vivait au Morne. Il faisait partie de ceux qui se sont jetés dans le vide.?
Une légende transmise par les gran fami. Ces parents qui vivaient à Trou-Chenille, ancien village d?esclaves, situé au pied du Morne. De cette parenté, Christian Louis garde un lien inébranlable avec le Morne, ?ce lieu auquel personne ne s?intéressait auparavant.?
D?autant plus inusable que les demandes de l?ASCR sont restées lettre morte depuis 2002. Ses demandes de subvention au ministère des Arts et de la Culture ont obtenu un ?vu le nombre d?associations qui nous adressent des demandes, nous ne pouvons les aider toutes?.
Ce qui n?entame en rien la volonté de ce sujet de l?empereur Hailé Selassié. Le président des rastas se revendique aussi de Ratsitatane. ?C?était un prince. Qui sait ? Nous, les rastas, avons peut-être aussi du sang princier. Celui de notre peuple d?origine.? Désormais, c?est sur le soutien ?moral des autres communautés? que compte l?ASCR. Elle attend de l?aide pour construire ce centre qui offrira des cours de musique, d?initiation à l?art africain et de peinture. Un espace qui abritera également les sessions de méditation.
C?est là l?une des manières rastafari de se libérer de l?esclavage de la consommation. Celle qui empoissonne l?esprit et éloigne l?homme de la nature.
Dans cette longère où les poutres sont peintes en rouge et la tôle en blanc ? Christian Louis est peintre décorateur et confectionne aussi des bijoux avec du corail, des os et des lanières de cuir ? des guêpes bourdonnent autour de lui. Aucun signe d?agacement. Pas le moindre mouvement de la main pour repousser ses ?copains.? ?Kan ou pe viv bien ou pena narien pou per.?
Il se l?est juré. Son Morne a lui ne sera pas une pierre philosophale, un but impossible à atteindre.
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