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Quand développement et patrimoine font bon ménage

19 janvier 2006, 20:00

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La Société Morne Brabant (SMB), qui compte développer un projet d?Integrated Resort Scheme (IRS) au Morne, assure qu?elle fera tout pour faire avancer le classement du site du Morne comme patrimoine national et mondial.

?Notre projet a été approuvé par l?Unesco, explique Bertrand Giraud, directeur de SMB, et selon ses experts, c?est une chance supplémentaire pour la classification du dossier. Il sera réalisé uniquement sur des terres privées, à l?opposé des caves et dans un environnement totalement réhabilité. Nous n?avons rien demandé au gouvernement : ni concession, ni échange de terres.?

Pour être classé patrimoine mondial, dit-il, il faut que le site soit avant tout répertorié comme patrimoine national. D?autant plus que ce sont des terres privées et qu?une des conditions, c?est que les problèmes de la propriété des terres soient réglés.

?Le dossier de classification peut aboutir grâce au reboisement, à nos frais, de toute la péninsule du Morne, entourée de terres privées.? Selon lui, cela aurait coûté une fortune si le gouvernement avait eu à acheter ces terres.

?Nous n?avons aucune objection à ce que le site soit classifié patrimoine national et nous acceptons de travailler sous les directives et les recommandations de l?Unesco et du ministère des Arts et de la Culture. Notre projet respecte toutes les règles de construction, d?urbanisme et de la protection de l?environnement.?

L?Unesco a aussi demandé à la SMB de ne faire aucune construction sur un terrain d?une superficie de 125 arpents appartenant à cette société avec l?objectif de s?assurer que la zone tampon soit efficace.

?Nous avons accepté cette condition et aussi de réduire le nombre de villas de 110 à 65 et de chambres d?hôtels de 100 à 35. Camper sur notre position aurait été un obstacle au dépôt du dossier de classification. Or là, tout le monde est dans une win-win situation.?

L?autre élément important du dossier de classification, c?est la nécessité d?un plan de gestion à long terme du site. La SMB a accepté cette condition malgré les coûts que cela comporte. ?Il faut préserver, respecter et développer le devoir de mémoire mais il ne faut pas faire d?amalgame avec un développement sur des terres privées. Nos terres ont été acquises en 1877, soit bien après l?Abolition de l?esclavage. Ces terres avaient été mises en vente publiquement et n?importe qui pouvait se porter acquéreur mais nous n?avons fait aucun développement sauvage comme cela a été le cas dans certains coins du pays?, souligne Bertrand Giraud.

Selon le rapport de l?Unesco, le projet peut aussi inclure un restaurant. La construction d?un musée d?héritage est acceptée aussi longtemps que le projet est discuté avec le Morne Trust Fund et le ministère des Arts et de la Culture. L?Unesco a aussi donné son aval pour l?aménagement d?un parcours de golf mais il est fort probable que la SMB opte plutôt pour un parcours de moindre envergure que celui d?un championnat.

LA MISSION DE L?UNESCO

Des critères à respecter

Dans le cas du dossier du Morne, des divergences sont vite apparues entre les ?conservateurs?, soit ceux qui veulent préserver le site, et les promoteurs hôteliers. Les premiers craignaient que les projets de villas ne dénaturent ou même ne détruisent la valeur patrimoniale et culturelle du site.

Pour y voir plus clair, l?État mauricien, à travers le ministère des Arts et de la Culture, a sollicité l?avis d?un expert de l?Unesco. Il est évident que pour espérer figurer sur la liste du Patrimoine mondial de l?Unesco, il faut respecter les critères de cette liste. Ainsi, le site du Morne a reçu deux fois la visite du Dr George Abunju. L?une en mars et l?autre en juillet 2005. L?expert a rencontré les parties prenantes à l?affaire, c?est-à-dire le ministre des Arts et de la Culture, les représentants du ?Le Morne Heritage Trust Fund? et les divers promoteurs hôteliers, dont la SMB. Il en a profité pour établir les conditions dans lesquelles le développement foncier et la préservation du patrimoine peuvent cohabiter. C?est à partir de ces recommandations, soumises vers octobre 2005 au ministère des Arts et de la Culture, que l?État a donné le feu vert au projet IRS de SMB. Maurice a ratifié la Convention du patrimoine mondial en 1995. Selon ses termes, les signataires peuvent réclamer l?assistance du Fonds du patrimoine mondial. L?aide varie entre 20 000 dollars et 75 000 dollars.

RÉACTIONS

Sylvio Michel critique son partenaire

Le développement touristique au Morne n?est qu?un des dossiers sur lesquels les Verts Fraternels désapprouve le gouvernement. Mais c?est là-dessus que son leader, Sylvio Michel, est le plus intransigeant. Le parti est même prêt à entamer une bataille légale contre le projet. ?Nous irons jusqu?au Privy council, a-t-il prévenu lors d?une conférence de presse hier. Le Morne est un est le symbole et le refuge des esclaves marrons. S?il n?est pas décrété patrimoine mondial, qu?il devienne, au moins, patrimoine national.?

En rappellant que l?Alliance sociale était farouchement opposée à toute idée de développement touristique intégré au Morne, il déplore la ?volte-face? du gouvernement et le feu vert ?anba-latab?. Il estime que le danger qui plane sur le site est ?encore plus grand? aujourd?hui. Il se dit également déçu du ?double langage? de George Abungu, l?expert de l?Unesco, chargé de préparer le dossier pour la classification du site.

Le 1er février, Fête de l?abolition de l?esclavage qu?ils comptent commémorer à la plage du Morne, les Verts Fraternels vont dévoileront leur ?plan d?action? et les détails de leur ?mobilisation?.

Sylvio Michel déplore aussi son isolement. En sept mois, dit-il, il n?a eu qu?une rencontre avec Navin Ramgoolam, et un seul nominé de son parti, en la personne d?Alain Laridon, est pressenti pour être ambassadeur. ?Il y a trop d?arrogance et pas assez de consultations.? Les Verts Fraternels sont contre les transferts à la MBC et la réforme Gokhool dont les mesures ?scindent le pays en deux?.

Sylvio Michel dénonce la mort ?dramatique? du détenu Ramlogun. ?L?inspecteur Raddhoa est descendu dans mon estime.? Il émet aussi des réserves sur le projet de développement touristique intégré, Anahita, à Beau-Champ, qui risque ?de nuire à l?environnement?.

Malgré ce chapelet de rancoeurs à l?égard de son partenaire, Sylvio Michel ne compte pas quitter le gouvernement. ?Nous resterons pour faire respecter l?accord passé avec le Parti travailliste.?

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