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Un autre rapport de forces

17 janvier 2006, 20:00

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Le décès du suspect Ramlogun, dans cette antichambre de la mort que devient Alcatraz, n?est pas un accident. L?enquête judiciaire dira comment. Les circonstances invitent à réfléchir sur le pourquoi.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Celles qui ont mené à ce nouveau drame sont facilement discernables. Et si l?Etat feint de les ignorer, les mêmes conséquences sont à prévoir. Or, malgré l?agitation de surface et les exigences de la communication, il apparaît qu?au plus haut niveau du gouvernement on continue, au fond, à justifier l?injustifiable. Au nom du respect de l?ordre. Et de la protection de ses forces.

Pourtant, la première cause du drame se trouve dans un dysfonctionnement de la police, une agence de l?Etat régulièrement mise en cause sans qu?aucune mesure de redressement ne soit prise. Malgré de nombreuses dénonciations et les cadavres torturés qui sortent des cellules de police depuis plusieurs années, les policiers-bourreaux s?en sont toujours bien tirés, parfois même avec les honneurs. On sait cependant, par de très nombreux témoignages, que les interrogatoires de police sont souvent menés avec violence et brutalité. Sous la pression de l?obligation de résultats, dans un climat social qui se détériore, les enquêteurs de la police ont recours à la violence physique et à la torture pour littéralement extorquer des ?aveux? aux suspects. Cette méthode policière, qui bafoue la loi sur la présomption d?innocence, est dénoncée depuis des années sans que la haute direction de la police ni le ministère de l?Intérieur ne s?en émeuvent.

Dans son rapport annuel de 2004, la Commission nationale des droits de l?homme souligne que les plaintes contre la police constituent l?essentiel des protestations qu?elle reçoit. Elles décrivent le plus souvent des interrogatoires par des policiers brutaux et vulgaires qui agissent aux ordres d?un chef qui lui-même ne se mouille pas. ?It is quite usual for the main enquiring officer to keep aloof from the scene?, révèle le rapport. ?The scene? est décrite comme un ?rough physical type of questionning? mené par un groupe de policiers.

A cause de cette méthode privilégiée des enquêteurs, un nombre de plus en plus grand de poursuites criminelles repose sur des ?aveux? ainsi obtenus et souvent contestés en cour. Pis encore, elle peut provoquer mort d?homme. L?enquête judiciaire dira si tel est bien le cas de Ramlogun, mais elle aura bien du mal à ne pas révéler le nom de celui, ou de ceux, qui se sont intéressés à ce point à la plante des pieds du suspect de Lallmatie pendant son interrogatoire.

Que des policiers trop zélés ou un chef trop protégé dépassent parfois les limites de leurs prégoratives, cela arrive. Un mot plutôt indulgent décrit cet écart comme une ?bavure?. Mais dans tout Etat attentif aux droits humains, y compris ceux d?un suspect, les policiers reconnus coupables de non-respect de la loi sont sévèrement sanctionnés. Pas à Maurice. Il est rare que les plaintes pour brutalité policière et même pour torture débouchent sur des sanctions exemplaires. Des institutions existent. Elles sont censées exercer cette fonction disciplinaire. Dans le sillage de ses enquêtes et conclusions, la Commission des droits de l?homme recommande des sanctions au Directeur des poursuites publiques ou à la Disciplined Forces Service Commission. Mais on ne peut arguer que ces organismes ont été d?une grande sévérité.

Le sentiment qui se dégage, c?est que les Premiers ministres, quels qu?ils soient, estiment qu?il est de leur devoir, en toute circonstance, de protéger les forces de l?ordre. Même si les dirigeants sont contraints de prendre de la distance en public, dans la confidentialité des rapports institutionnels les chefs de police ont toujours pu compter sur la mansuétude de leur ministre. Ils ont acquis ainsi un sentiment d?impunité.

Pour changer cet état d?esprit, il faudrait modifier le rapport de forces. Un moyen simple existe : confier à la Commission des droits de l?homme des pouvoirs de sanction. Elle est déjà une institution quasi judiciaire mais ne peut punir les violations des droits humains qu?elle révèle. Malgré ses propres réticences, la Commission peut mieux exercer ce rôle que les Casernes centrales ou l?Hôtel du gouvernement.

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