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Les mauvais calculs de BPML

15 janvier 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Un scandaleux mismanagement.? C?est en ces termes que le ministre de la Technologie de l?informatique et des Télécommunications, Etienne Sinatambou, qualifie le montage financier et la gestion du développement de la cybercité d?Ebène et des deux cybertours qui s?y trouvent.

Le résultat de cette mauvaise gestion est qu?aujourd?hui le développeur et gérant du projet, Business Parks of Mauritius Ltd (BPML), est victime d?un surendettement qui plombe ses finances. BPML a effectivement pris des emprunts d?un montant total de Rs 1,3 milliard pour financer ses projets. Le fact-finding committee que le gouvernement a décidé d?instituer vendredi aura pour mission de situer les responsabilités de la situation financière désastreuse de BPML.

?Je peux vous assurer qu?il y aura des sanctions. S?il y a eu maldonne, il y aura des sanctions. Imaginez que l?on découvre que l?on a donné des avantages à des petits copains. On verra. S?il y a eu un mismanagement, qui est frauduleux, cela tombera sous le coup des lois qui existent contre la fraude?, déclare Etienne Sinatambou.

Les chiffres alignés par le ministre lors d?un point de presse samedi donnent une idée de l?ampleur des difficultés financières auxquelles est confrontée BPML. Tels que présentés par Etienne Sinatambou, ces chiffres démontrent que le projet de la cybercité était mal né dès le départ.

Créée en 2001, BPML a pour mission de développer des ?business parks?. La cybercité était son premier projet. A Ebène, BPML avait pour responsabilité de réaliser les travaux d?infrastructure pour la cybercité ? routes, eau, électricité, réseau de communications ?, construire un complexe résidentiel (connu comme le cybervillage) en partenariat avec la Mauritius Housing Company et construire deux cybertours.

La construction des deux cybertours à Ebène a coûté Rs 1,8 milliard au total. Elle a été financée par des fonds propres (Rs 615 millions) souscrits par :

le gouvernement ? Rs 300 m

National Pension Fund ? Rs 100 m

State Investment Corporation ? Rs 50 m

State Insurance Company (Sicom) ? Rs 50 m

Mauritius Telecom ? Rs 40 m

Mauritius Commercial Bank ? Rs 75 m.

Ce montant a été complété par des emprunts de Rs 1,2 milliard contractés à des taux commerciaux auprès de l?Inde (ligne de crédit de Rs 500 millions) et de divers organismes dont la State Bank of Mauritius, la Mauritius Commercial Bank et la Sicom.

Le montage financier est inadéquat car il implique un fort endettement dès le départ. Ce qui fait rager le plus Etienne Sinatambou, c?est que le gouvernement précédent n?a investi que Rs 330 millions dans les cybertours.

Invitation au désastre

?Le gouvernement précédent avait justifié la hausse de 50 % de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) par la nécessité de financer le développement du secteur des technologies de l?information et de la communication. Il avait dit que la hausse de la TVA était nécessaire pour transformer Maurice en une cyberîle. A l?époque, une hausse d?un point de la TVA générait des revenus additionnels de Rs 500 millions à Rs 600 millions. Zot ti coz gran gran coze me ler bizin investi zot met zis Rs 330 millions.?

?Quand vous démarrez avec un tel niveau d?endettement, vous invitez un désastre. C?est une mauvaise gestion scandaleuse?, s?insurge Etienne Sinatambou. Le ministre précise que ces décisions avaient été prises quand Paul Bérenger était ministre des Finances et Dev Manraj directeur de BPML.

Mais avant la construction des cybertours, BPML a réalisé des travaux d?infrastructure pour la cybercité qui ont coûté Rs 334 millions. Le coût pour accéder à une parcelle de terre dans ce qui est désigné comme le ?knowledge hub? a été fixé de la manière suivante : un paiement ponctuel de Rs 1 million par arpent assorti d?un loyer de Rs 100 000 par an par arpent. Dans le ?business hub?, le prix a été fixé à un paiement one off de Rs 2 millions par arpent plus un loyer de Rs 200 000 par an par arpent.

Etienne Sinatambou indique que ces tarifs ont été largement sous-estimés. Selon une évaluation, un arpent de terre à Ebène vaut Rs 10 millions. Ainsi, au total, BPML a récolté Rs 126 millions en paiement initial et reçoit annuellement Rs 11,9 millions de loyers. Cette somme est largement insuffisante car le service de la dette pour les Rs 334 millions empruntées pour financer les travaux d?infrastructure nécessite Rs 35,1 millions par an. ?Quand les revenus sont nettement insuffisants pour rembourser ses dettes, c?est une recette pour le désastre?, commente le ministre.

Par ailleurs, BPML a également participé à la construction d?un complexe résidentiel en partenariat avec la MHC. Ce complexe avait été utilisé pour héberger les athlètes lors des derniers jeux des îles de l?océan Indien. Au total, Rs 523 millions ont été dépensées pour construire 54 maisons individuelles, 100 appartements de trois chambres à coucher et 56 appartements de deux chambres à coucher.

Etienne Sinatambou juge les dépenses encourues exagérées. ?Une unité de logement revient à près de Rs 2,5 millions, or nous savons que c?est autour de ce prix qu?on achète des appartements à Maurice. Mais ici, il faut évidemment vendre plus cher car rien que la construction a coûte Rs 2,5 millions?, commente le ministre.

Ainsi, les appartements du cybervillage ne trouvent pas preneurs. A décembre 2005, seules deux maisons individuelles ont été vendues et 19 appartements ont été loués. La vente et la location ajoutées aux dépôts effectués pour réserver des appartements ont rapporté seulement Rs 37 millions à ce jour.

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