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Effroyable

15 janvier 2006, 20:00

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Il est vrai que la Major Crime Investigation Team (MCIT) est plus efficace depuis l?arrivée du surintendant Prem Raddhoa à sa tête. Elle contribue à maintenir la sécurité et l?ordre public et diligente quelques enquêtes qui traînaient. Ces résultats positifs ont cependant quelques effets collatéraux. Le nombre d?allégations de brutalité policière sur des suspects qui sont cuisinés par les enquêteurs de la MCIT est en hausse.

Un nouveau cas a défrayé la chronique ce week-end. Ramdoollur Ramlugon, arrêté à la suite du double meurtre à Lallmatie, a succombé à une agression alors qu?il était en détention policière. La violence des coups qu?il a reçus a choqué tout le monde, y compris le policier Raddhoa qui a lu le rapport d?autopsie. L?effroyable photo des ecchymoses sur la plante des pieds de la victime a jeté l?émoi et la stupeur au sein de l?opinion publique. Celle que nous publions en première page représente une preuve sans équivoque que des sévices ont été infligés au détenu.

Certes, rien ne prouve l?implication des enquêteurs dans l?agression, mais il n?en reste pas moins qu?ils étaient responsables de la sécurité du suspect. De plus, le rapport du médecin de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, est formel: la mort de Ramdoollur Ramlugon a été provoquée par une hémorragie inter-cérébrale. Des coups ont donc bien été assénés à la victime. Par qui ? L?enquête le dira, du moins on l?espère.

On peut craindre que les investigations sur cette affaire ne connaissent pas meilleure fortune que celles instituées dans le passé sur les allégations de brutalité policière. Les auteurs de ces violences ne sont presque jamais amenés à rendre des comptes et jouissent d?une impunité inacceptable.

Les magistrats ont une responsabilité importante à assumer en matière de droits de l?homme. Ils doivent continuellement rester vigilants même si de nombreux détenus qui affirment être battus par la police mentent. Viren Ramchurn, avocat de Ramdoollur Ramlugon, affirme que son client avait, lors de sa comparution en cour de Flacq vendredi, déclaré au magistrat qu?il avait été victime de brutalités policières. ?Personne ne l?a pris au sérieux??

Il faut surtout se garder de banaliser la violence policière sous prétexte qu?elle s?exerce seulement contre les marginaux et les déviants. Une fois que le principe de l?usage de la force est accepté, il sera impossible de le contrôler. Dès lors, les bavures se multiplieront.

Quelques représentants d?ONG ont exprimé leur colère hier. D?autres sont moins bruyants qu?autrefois, menant sans doute un combat à géométrie variable en faveur des droits humains. Le silence des autorités était remarquable. Les journalistes qui ont cherché un commentaire de la part du ministre des Droits de l?homme, Rama Valayden, se sont heurtés à une fin de non-recevoir. Son garde du corps leur a dit que le ministre a souhaité ne pas être dérangé car il célébrait l?anniversaire de son fils. Quant au président de la Commission des droits de l?homme, il est en déplacement officiel. La MBC, d?ordinaire si prompte à donner la parole aux ministres, n?est pas très utile en la circonstance car elle a déjà décrété que Ramdoollur Ramlugon est mort des suites d?une complication alcoolique.

Une enquête du CCID a démarré et on attend des ?développements majeurs? dans l?affaire. Souhaitons que ceux-ci interviennent bien avant 72 heures.

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