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Evo Morales et les feuilles de coca

31 décembre 2005, 20:00

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En Bolivie, le pouvoir sera bientôt entre les mains des cocaleros (cultivateurs de la feuille de coca). Élu président de la République le 18 décembre, Evo Morales leur doit tout. Sur les photos qui ont été publiées après sa victoire, on le voit d’ailleurs serrer un bouquet de branches feuillues de coca.

C’est comme représentant des cocaleros qu’il est devenu dirigeant syndical. À la fin des années 1990, quand le gouvernement bolivien et celui des États-Unis ont lancé un programme d’éradication, le leader cocalero a pris la tête de la résistance.

Au Chapare (département de Cochabamba), les syndicalistes ont bloqué la route qui relie La Paz à Santa Cruz, les deux moitiés du pays, l’Altiplano désolé au climat rude et les terres basses de l’Est, à la végétation tropicale, riches en hydrocarbures.

Devenus la bête noire des autorités, les cocaleros ont décidé de se lancer dans la politique. Evo Morales a donc brigué, avec succès, un premier mandat de député. Ensuite, à la surprise générale, il est arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle de 2002, avec 20,9 % des voix.

Dès lors, toute l’action d’Evo Morales a été subordonnée à l’objectif d’atteindre la présidence par la voie des urnes, au grand dam de dirigeants plus radicaux, qui ont dénoncé son « électoralisme ».

Le 18 décembre, Evo Morales est allé voter, comme toujours, à Villa 14 de Septiembre, une localité du Chapare. En dépit de la stature nationale qu’il a acquise depuis plusieurs années, il est resté fidèle à sa base syndicale d’origine.

<B>L’un des principaux producteurs de cocaïne</B>

« Je suis né politiquement au Chapare », répète-t-il volontiers, bien qu’il ait vu le jour dans une famille paysanne du département minier d’Oruro.

La fermeture des mines et la sécheresse ont poussé beaucoup de Boliviens à s’installer dans la zone tropicale de Cochabamba, humide et montagneuse. Depuis vingt-cinq ans, la prospérité de la région est due à la coca.

Grâce au trafic de drogue, l’argent rentre vite, d’autant que les plants de coca n’exigent pas trop de travail et permettent trois, voire quatre récoltes chaque année. La Bolivie est aujourd’hui l’un des principaux pays producteurs de cocaïne, juste après la Colombie et le Pérou.

Les cocaleros invoquent pour leur défense une sorte d’« exception culturelle », puisque mâcher des feuilles de coca est une coutume qui remonte à l’empire Inca. Aux mines comme à la campagne, cela trompe la faim et permet de travailler du lever jusqu’au coucher du soleil, sans s’arrêter pour le repas de midi.

Malheureusement pour les cocaleros du Chapare, la seule région de la Bolivie associée à cette tradition ancestrale est Los Yungas (département de La Paz), où les plantations sont autorisées dans certaines limites.

Mais Evo Morales a promis de modifier à la fois la convention internationale sur les plantes illicites et la législation locale, qui entraîne un contrôle aussi tatillon qu’inefficace sur la feuille de coca.

Et lors de son élection, il a fini son discours de la victoire par des mots qui évoquent sa dette de manière pour le moins explicite : « Vive la coca, à bas les Yankees ! »

<B>@ 2 005 Le Monde – Paulo A. Paranagua – Distribué par

The New York Times Syndicate</B>

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