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Zanzak Chantre du métissage

16 décembre 2005, 20:00

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Zanzak répond parfaitement à l?idée que l?on se fait de l?artiste. Il est habile et inventif. D?une rigueur absolue. Il n?hésite pas à prendre des risques, tout cela au nom de l?art. Bref, Zanzak est un phénomène. Pas facile dans ces cas-là, de faire avec les conjonctures du marché, lui, qui refuse de s?adonner à la facilité. Il vit sa passion pour l?art, la composition et la musique, de manière différente. Il y a chez lui, aucune forme d?individualisme.

Pour ce nouveau bébé né, après trois ans d?une longue et lente conception, il s?entoure de quarante-trois musiciens, d?une dizaine d?arrangeurs musicaux, pour façonner, avec leurs mains, un album de quatorze titres aux saveurs aussi différentes que variées. L?artiste le dit lui-même, il voudrait mériter le titre de parolier. C?est dire à quel point Zanzak ne fait pas comme tout le monde.

Pour son deuxième disque, il ne cherche ni à convaincre ni à séduire. Il préfère l?ivresse d?un disque qui lui ressemble, qui calque ses aspirations et qui, au final, propose des repères, à une société toujours en quête d?identité. Désireux d?imprimer sa signature, de livrer une lecture personnelle de sa quête pour une société saine : « Nou la ter akouss kiltir ki bann artiss anvi fer flerir. » En bon pédagogue, Zanzak pose la voix sur des textes généreux et coulants.

Il emprunte des chemins de travers, pour mieux cerner le métis marron. « maron, enn kouler ki zwe so rol tré dinyon », dans la société. Parce que l?artiste, au même titre que le décideur, a un pouvoir. Celui de mettre en musique une lecture sociale, pour que les mots chantés, soignent les maux. « Ki vizyon pou donn moi, li zot, nou ek to mem. » Plutôt que de s?attarder sur des basses considérations d?ordre communautaire, Zanzak dit haut et fort, que nous sommes tous des indigènes ? « Mo kréolité li trouv so lafors kan lézot kiltir révélé, » chante-t-il.

<B>Inter</B>

Si on écoute superficiellement son album, on rate les subtilités que l?artiste cherche à appréhender. Zanzak préfère les émotions secrètes. Il possède ce goût rare de privilégier la pulsion autant que la mélodie, la sonorité autant que les paroles. Son album reflète cette euphorie rythmique, cette énergie pulsante de l?artiste qui a su s?appuyer sur ses complices musiciens, pour transmettre sa musique. Zanzak se laisse donc aller à un travail de recherche musicale pointue, parce que faire de la musique est sacrée.

Dans la foulée, il fouille quelques incongruités de la société - le capitalisme, la misère, soulève quelques paradoxes, mais n?égratigne rien. Pas de mots déplacés, de mots incisifs, de paroles vénéneuses, juste une considération sociale forte, qui s?étale sur tout le disque. En plongeant dans l?intimité quasi spirituelle de Zanzak, on en ressort presque illuminé.

En feuilletant le livret, réalisé et rehaussé par les coups de crayon de Stanley Harmon, en s?attardant sur chaque image qui accompagne chaque morceau, en allant chercher le sens de chaque mot, l?artiste n?essaye pas de nous sauver avec ses chansons. Il propose de faire souffler un vent d?espoir, loin du formatage auquel nous sommes habitués en matière de musique. Zanzak n?est plus un débutant. Il n?est pas encore une légende, comme ses frères Menwar et Eric Triton, jadis « ignorés », aujourd?hui véritables « dieux » de l?authenticité musicale mauricienne.

Zanzak est en train de composer ?histoire de la musique locale, avec une touche très personnelle.

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