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La règle d?or

16 décembre 2005, 20:00

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Tout est clinique. Ici, on ne jure que par les rayons X et les acides. Le carat ne tolère aucune erreur. Il se calcule à la décimale près à l?Assay Office.

Au 12e étage de Ken Lee Tower, à la rue St George à Port-Louis, on ne plaisante pas avec la sécurité. Des alarmes automatiques sont placées bien en évidence sur le mur. Des caméras de surveillance balayent la réception. Elles enregistrent les allées et venues de ceux qui franchissent le seuil de ce laboratoire où l?or est mis à nu.

Maître discret des lieux : Ruben Gopaul, Controller, Assay Office. «Les bijoutiers sont tenus par la loi de se faire enregistrer auprès de l?Assay Office pour pouvoir opérer.» Ce bureau attaché au ministère de l?Industrie a été créé en 1993. Il opère selon les termes du Jewellery Act qui est en vigueur depuis février 2000. L?Assay Office a le pouvoir de poursuivre les clients s?estimant lésés. «Jusqu?à l?heure, ce n?est pas encore arrivé», nous confie Ruben Gopaul. «Les gens préfèrent régler les différends directement avec le bijoutier et se faire rembourser.»

Trois méthodes d?analyse sont proposées. L?Assay Ofice nous fera la démonstration de la plus simple : le «touchau» ( test à l?acide nitrique) à la plus drastique : la «coupellation». Il faut pour cela accepter que le bijou soit coupé, passé au four et dans divers bains d?acide nitrique. Ce test est surtout utilisé pour les alliages non encore travaillés.

Parcours de la «pièce à conviction». Monsieur tout le monde arrive au 12e étage, patiente dans une salle d?attente aux sofas en cuir noir. Quand son tour arrive, il entre dans une pièce toute blanche, où une partition en vitre teintée le sépare du préposé. Là, il dépose les pièces ? bagues, boucles d?oreille et autres ? dans un petit récipient. «La pesée se fait devant le client. Nous lui donnons un reçu avec la description du bijou et le nom du demandeur», nous explique Ruben Gopaul. Il insiste sur le degré d?anonymat offert par son service et affirme : les fiches destinées aux techniciens de laboratoire ne portent pas le nom des demandeurs.

Une méthode fiable au millième près

C?est avec les procédures drastiques de la «coupellation» que nous entrons dans l?univers clinique du laboratoire de l?Assay Office. âmes sensibles à la finesse du bijou, s?abstenir. «Cette méthode est fiable au millième près», précise Ruben Gopaul. «Elle est demandée par les bijoutiers quand ils ont préparé un alliage et veulent en connaître le titre. C?est aussi à cette technique que nous avons recours en cas de litige.»

Le test est effectué à partir d?un échantillon de 125 mg, «obtenu au laminoir ou par grattage». à l?échantillon, on ajoute de l?argent. «Le cuivre est additionné à l?échantillon témoin uniquement», précise Ruben Gopaul.

Le mélange enveloppé dans une feuille de plomb est plié jusqu?à n?être plus qu?un rectangle aussi large qu?un ongle. Pendant ce temps, le four chauffe. à 800°C, on y met la coupelle (petit récipient en forme de coupe). à 1125°C, l?échantillon est placé dans la coupelle, pour 25 minutes. «Les oxydes des métaux communs sont absorbés dans la coupelle en magnésie», précise Ruben Gopaul. «Il ne restera qu?un ? bouton? fait d?or et d?argent qu?on aplatira à coup de marteau.»

L?alliage est passé à la flamme du brûleur Bunsen , avant d?être torsadé en spirale et traité à l?acide nitrique à 90°C. Le tout est lavé à l?eau chaude pendant cinq minutes, puis sécher. Deuxième bain à l?acide nitrique pendant un quart d?heure cette fois. Nouveau rinçage et séchage. «L?acide enlève l?argent. Il ne reste plus que l?or.» Le précieux métal est «recuit» à 700 ? 750°C pendant cinq minutes. «Une fois le métal refroidi, nous procédons à la pesée et aux calculs.»

Deuxième méthode, toujours pour l?or qui n?a pas encore été transformé en bijou : le spectromètre à rayons X. Cette sorte d?imposant scanner est équipé «d?un détecteur pour les surfaces plates uniquement». Un balayage qui prend une à deux minutes. «Nous soumettons alors un rapport aux professionnels», précise Ruben Gopaul.

Plus adaptée aux bagues, bracelets, chaînes, boucles d?oreille? tout ce qui porte une forte charge émotionnelle : la méthode «touchaux» (qui vient de Touchstone testing). Le «touchau» en anglais standard metre, servent de référence auxquels les échantillons sont comparés.

Test effectué sous nos yeux : les «touchaux», un peu à la manière d?un crayon, sont frottés sur une pierre noire. Le bijou à tester aussi.

Légèrement. En prenant mille précautions. Le technicien applique quelques gouttes d?acide nitrique sur les marques. Quelques secondes?dépendant de l?action de l?acide, le carat sera déterminé.

Glossaire

Carat : la quantité d?or fin contenue dans un alliage. Cette unité est utilisée pour exprimer le « titre » du bijou.

Il existe six titres : 9, 14, 18, 20, 22 et 24 carats.

Assay : «Terme technique pour déterminer le taux d?or dans les bijoux, les alliages ou les minerais» selon la définition simplifiée par Ruben Gopaul. L?Assay Office procède à des visites surprises quotidiennes dans les bijouteries de l?île, pour vérifier les registres. De janvier à octobre 2005, 24 contraventions ont été dressées. De janvier à décembre 2004, 58 contraventions avaient été relevées. Elles concernent notamment l?absence d?archivage du nom de l?acheteur, le poids, le titre et la description du bijou.

Poinçon : Tous les bijoutiers fabricants sont tenus d?avoir un poinçon de maître, une marque appliquée aux pièces d?orfèvrerie, pour en garantir le titre. Le poinçon s?obtient après enregistrement du bijoutier auprès de l?Assay

Office. Les revendeurs qui importent des bijoux sont tenus d?enregistrer le poinçon du fabricant étranger.

Combien ça coûte

Des tests de plusieurs types sont proposés par l?Assay Office.

Pour ceux de la catégorie «touchau» :

a) jusqu?à 10 items : Rs 20 par item

b) chaque item additionnel : Rs 15 par item

Temps d?attente : une vingtaine de minutes

Test «touchau» et marque d?état

a) jusqu?à 5 items : Rs 70 par pièce

b) de 6 à 10 items : Rs 50 par pièce

c) de 11 à monter : Rs 35 par pièce

d) pour des articles de moins de 5 grammes à la soumission, soit individuellement ou par lot de 10 items : Rs 35 par pièce.

Certification du carat et frais de marquage

Pour chaque échantillon soumis à un seul test : Rs 200

Pour chaque échantillon soumis à deux tests : Rs 350

Jusqu?à un maximum de 10 items soumis en une fois :

Rs 150 la pièce

Pour les 5 items suivants :

Rs 150 par pièce

Pour tous les autres items : Rs 125 par pièce

La méthode du «touchau» est utilisée sur les bijoux finis.

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