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L?art sans fard
Triennale. D?abord, ne pas se laisser effrayer par ce ?gros? mot. Le démystifier. Le ramener à de plus justes proportions : celles d?une manifestation qui a lieu tous les trois ans.
Tout doucement, faire le tri. Consulter d?abord son emploi du temps. Se dire que rouler de Curepipe à Port-Louis, en faisant deux arrêts à Rose-Hill, de préférence en dehors des heures de pointe (est-ce que cela existe vraiment, surtout dans la capitale, en ce moment ?), c?est une belle balade à la rencontre du beau.
La National Art Gallery (NAG) a eu la bonne idée de décentraliser les expositions de la 2e édition de la Triennale d?art contemporain de Maurice. Comme cet organisme public n?a de galerie que de nom, qu?elle n?est propriétaire que d?un espace d?exposition virtuel sur le net, la NAG s?est associée à quatre partenaires pour mettre à l?épreuve nos idées reçues sur l?état actuel des arts visuels.
Car, qu?est-ce que l?art contemporain ? Pour faire partie (sans une once de vanité) de ceux qui ont déjà fait le tour des quatre expositions, nous dirons que c?est avant tout faire silence. Dieu (le pauvre, le voilà encore une fois, accusé de tous les malheurs de l?art), que c?est épuisant (et nous restons polie) d?arriver à une exposition et de tomber sur ces personnes qui veulent à tout prix vous expliquer que tel artiste a copié tel autre. Que tel plasticien appartient à un courant de pensée archaïque, qu?il a piqué l?idée de X, qu?il n?y a en fait aucune nouveauté. Bref, que la terre est ronde et que les gens finissent fatalement (heureusement d?ailleurs ) par exprimer leurs similarités.
De grâce, arrêtez de nous bassiner avec des références que vous êtes les seuls à connaître. Laissez-nous rester grand public. Conserver la fraîcheur de notre regard de novice. Et nous émerveiller des ressemblances entre Seychellois et Mauriciens. Pourquoi en faire tout un plat, alors qu?ils mangent dans cette même assiette qui s?appelle la créativité ?
?Far from the madding crowd?, c?est alors que nous prendrons simplement le temps de regarder. De nous approcher très près. De coller notre nez aux épaisses couches de peinture d?Alain Noël. De promener nos doigts sur les engrenages dentelés récupérés par Vick Kumar Shibdoyal.
Ne nous embarrassons pas avec des définitions. Laissons les pseudo-spécialistes s?embourber dans cette volonté têtue de toujours vouloir tout comprendre. De tout interpréter. Et si au lieu du cerveau, nous laissions parler nos sens. Occupons-nous de ressentir. De sentir le doute qui monte, nous angoisser, comme le décrit Nirveda Alleck.
Trouvons distraction en enfilant des perles comme dans la culture zouloue. Celle que nous raconte si bien la commissaire de l?exposition de Curepipe, Phumzile Dlamini, chargée de vulgariser les ?uvres des deux participantes sud-africaines.
C?est plus de gens comme elle qu?il nous faudrait. Quelle patience. Petite expérience : nous ne lui avons pas dit que nous étions journaliste. Nous sommes arrivée, avons juste montré un peu d?intérêt. Et la voilà qui sans se faire prier, nous a emmenée au pays zoulou, là où la dot d?une vierge est de onze vaches.
Des explications simples qui ouvrent d?un seul trait notre horizon. Et nous renseignent sur la fréquente présence des vaches dans les ?uvres de ses compatriotes. Surtout quand une manifestation de cette envergure se déroule sans catalogue et sans guide.
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