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Collection Maurice : bel accord de principe

4 décembre 2005, 20:00

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Procéder par affinités. Piquer du nez droit dans les univers si familiers, confortables et douillets des auteurs connus. Les noms s?égrènent avec facilité. Ananda Devi, Lilian Berthelot, Lindsey Collen. C?est dire le niveau de la Collection Maurice qui est à sa 12ème édition. L?ouvrage lancé mercredi, est édité par Rama Poonoosamy. Il est disponible à Rs 250.

Pourtant, tout n?allait pas de soi. Certains auteurs avouent modestement avoir eu du fil à retordre pour coller au thème. Celui de cette année semble de prime abord un peu rigide. Il s?agissait de rendre vivante et efficace des affaires de principes. Parler ?Of principles? si on choisissait de s?exprimer dansla langue de Shakespeare. Et répondre avec aplomb aux kestyon prinsip.

Imaginez un peu. Edouard Maunick faisant son mea-culpa. Episode épique. En guise de préface à Sarah la blessure, l?auteur se confesse : ?Pour tout avouer, mal à l?aise, il m?a été difficile de tout à fait saisir le contenu du thème choisi cette année. Malgré de longues discussions avec Rama (?), le sens exact m?échappait et m?échappe encore. Sans doute l?âge, une certaine fatigue et un soupçon de mauvaise volonté de ma part en sont la cause. Et, je le répète, j?aurais été désolé de ne pas être au sommaire 2005. Mais comme tout finit par s?arranger au pays de la rougaille de poisson salé et du grand verre dilo koko, nous avons su trouver un compromis (?). J?ai obtenu que soient publiés les premiers paragraphes de Sarah la blessure, un livre que je dicte depuis de longues années.?

Quatre nouveaux venus

Et voilà la Collection Maurice transformée en bande-annonce. Superbe vocation pour ce recueil qui sait doser les auteurs à la réputation établie, tout en faisant de la place à des nouveaux venus. Cette année, elle ouvre ses pages à quatre nouveaux venus.

C?est dans un anglais angoissé que Mansa Daby restitue une femme malheureuse en ménage, dans The closet. Battue et humiliée par un mari infidèle, elle restera quinze ans à subir sans broncher. ?I just couldn?t compromise on sharing my home and my position with someone else. Nothing mattered.? Beau début, comme ceux de Vèle Putchay, Sooresh Rago et Umar Timol.

EXTRAIT

Le monologue du tueur

Ce qui m?a poussé à épouser ce métier ? Mais, dis donc, tu commences à avoir la trouille, toi. C?est quoi, ces rougeurs-là ? Tu ne t?attendais pas à ça, pas vrai ? Quand tu m?as vu tu t?es dit : « Ah, c?est le vieux bonhomme, je vais lui parler, il veut sûrement se confier, je vais faire de l?écoute, un peu de travail social ne fait jamais de mal et puis, à la porte. » Et qu?est-ce qu?on découvre ? Dis-moi ce qu?on découvre. J?entends pas. Plus fort. Que j?ai une tête de con, mais un c?ur de fer. C?est ça. C?est bien. Comme quoi les apparences sont trompeuses. Faut se méfier, tu vois, gratte un peu la surface et tu risques de voir surgir le monstre avant la bête.

A vingt ans, il y a un truc qui m?est tombé dessus, c?est comme une enclume qui m?a fracassé l?esprit. Bon, je vais pas te faire un cours de philo, mais disons que la société te propose deux voies : la soumission ou la révolte. Par soumission, je veux dire un mec comme mon père. C?était quelqu?un d?honnête, mais quelle vie de merde ! Des années à bosser comme un chien pour s?acheter une petite maison, à payer le loan, à élever la marmaille, à rêver d?une promotion qu?un autre, avec les connexions politiques, lui piqua. Enfin, toute une multitude d?emmerdes pour crever à quarante-cinq ans d?une crise cardiaque. On peut pas trouver plus pathétique que ça. Sur son lit de mort, il m?avait fait promettre ki mo pu res tuzur dans le droit chemin. Non mais, qu?est-ce que tu crois, papa ? Que t?es un modèle ? Que c?est une vie ça ? Que je veux faire carrière dans le secteur du lèche-bottisme ? T?as donc jamais compris que pendant que tu trimais, pendant que tu jouais à être monsieur bien-comme-il-faut-pauvre-mais-sympathique, docteur-ès-courbettes, d?autres cassaient la baraque, volaient, trichaient et s?en mettaient plein les poches ? Pauvre papa, mais bon, on peut pas refaire une vie.

Si je voulais d?une société meilleure ? Non, mais, t?es fou ? On ne peut changer l?homme, il est ce qu?il est : un loup, un animal féroce, un chacal, une hyène, enfin tout ce que tu veux et rien ne pourra y faire. Alors, c?est la révolte ? C?est subvertir le système, s?en servir sans être le serviteur.

Umar TIMOL

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