Publicité
Quand les femmes prennent le pouvoir
Danser pour refuser l?inacceptable. Femmes trop souvent opprimées. C?est l?ordre du monde qu?il faudrait renverser. Et mettre les femmes en premier.
Sanedhip Bhimjee et Anna Patten ont choisi de composer avec Shakti Yug, l?ère de la force féminine. Cette création chorégraphique, articulée autour de quatre tableaux, sera présentée vendredi 9 et samedi 10 décembre à 20 heures au centre Swami Vivekanananda à Pailles.
À une semaine de la première, nous avons plongé dans le monde en fusion d?une répétition, au studio de danse de Teresa David, à Vacoas. Le plancher clair répercute les grincements des corps qui se mettent en place. Gymnastique pour chauffer le c?ur et partager la flamme de la création.
Sanedhip Bhimjee est au four et au moulin. Cela se voit à ses mouvements nerveux. Cela s?entend à sa voix essoufflée. Malgré tout, il reste concentré, brassant dans un même souffle détails administratifs et inventivité artistique. Avec Anna Patten, il gère des scènes construites autour de figures mystiques et romantiques.
Draupadi la femme dévoilée. Ziliet délaissée par un Roméo alcoolique, drogué et paumé. Mamzel Zann, version de la pucelle d?Orléans condamnée au bûcher. Ti Marie, la jeune fille pieuse et foncièrement bonne. Des rôles de femmes répartis entre Anna Patten et Eva Dalais.
Alors que les muscles des danseurs de l?Art Academy gagnent en élasticité, Sanedhip Bhimjee prend le temps de nous expliquer : ?Shakti Yug parle des violences contre les femmes.? Blessées par les insultes et les coups. Séquestrées, violées, prostituées. Lui nous rassure. Amateur de rédemption, la fin sera morale.
Le sexe lui sert d?appât
Devant nous, les scènes de violence domestique, d?agression et de supplication s?enchaînent. Intermède. Pour mieux nous couper le souffle. Une effrayante et grimaçante créature à trois têtes s?avance. Elle nous projette en plein dans une confrontation avec Ti Marie.
Trio de danseurs aux bras enchevêtrés, à la langue tirée, poussant des cris d?animaux. Hybride aux allures d?hydre. Son nom est Kleomatari. ?Elle séduit avec des postures tirées du Kama Sutra. Le sexe lui sert à appâter ses victimes avant de les tuer.? Duel entre martyre et martyrisé.
Sanedhip Bhimjee et Anna Patten veulent aller jusqu?au bout. Ils comptent allumer un bûcher chorégraphique sur scène. ?Eva Dalais sera le feu qui dansera autour d?Anna et qui finira par la consumer.?
L?intensité ne retombe pas. Elle mue. Comme cela, presque à froid, Sanedhip Bhimjee endosse devant nous la personnalité trouble de Roméo. Camé, paumé, descendu au trente-sixième dessous de l?enfer d?une vie humaine. Déchéance physique et morale qui a pour moteur les mauvaises fréquentations de ce Roméo sous influence. Les yeux verts de Sanedhip Bhimjee se voilent. Il chancelle comme un homme qui a trop bu.
Debout face à lui, son alter ego, Anna Patten accompagne ses mouvements d?un hochement de la tête. Donne des consignes en parlant plus fort que la musique. Rappelle que les gestes du corps doivent s?accompagner des expressions du visage. Que sans un sourire ou une mimique bien à propos, l?ensemble est incomplet.
Destruction. Shakti Yug est avant tout une réaction physique, énergique et épidermique contre la violence qui brise les femmes. Les chorégraphes n?épargnent pas les danseurs. Les corps sont brutalisés. On se les envoie comme des objets inanimés, des déchets.
Prélude à la guerre des sexes. Des amazones contre une armée d?hommes. Affrontement sur fond de rap, de techno et de kathak. La fin est connue. Les femmes prendront le dessus.
Présenté par la Fondation spectacle et culture, les places pour le ballet Shakti Yug sont à Rs 150 et Rs 250. Elles sont en vente dans le Rezo Otayo. Egalement disponibles dans les magasins Mikado, chez Art Academy et à l?entrée du centre de conférence à Pailles, les soirs de représentation. Renseignements aux 466 99 99.
Publicité
Publicité
Les plus récents