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Mgr Piat maintient son opposition à la légalisation de l?avortement

4 décembre 2005, 20:00

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La récente arrestation d?un médecin ayant pratiqué illégalement un avortement à Maurice a relancé le débat sur la légalisation de l?avortement dans le pays. Le même thème a été repris lors d?un atelier de travail organisé par la Mauritius Family Planning Association (MFPA) cette semaine.

Défendre le droit à la vie

En s?opposant à la légalisation de l?avortement, l?Eglise ne défend pas un précepte religieux particulier qu?elle voudrait imposer à la population mais elle prend ardemment position POUR le droit à la vie, un droit humain fondamental. Cette position rejoint d?ailleurs celle de beaucoup de nos compatriotes d?autres religions.

La responsabilité d?un Etat laïc sur une question touchant au droit à la vie

L?avortement étant la suppression volontaire d?une vie humaine, la question est de savoir si un Etat laïc a le droit d?offrir aux personnes qui veulent malgré tout pratiquer l?avortement, la législation nécessaire pour autoriser cette suppression de vie humaine dans certaines circonstances.

Un Etat laïc a le devoir de protéger les citoyens contre les diverses formes de violence. Récemment, le ministère des Droits de la femme et de l?enfant et des ONG ont initié une campagne pour sensibiliser le public aux violences perpétrées à l?égard des femmes. Le bureau de l?Ombudsperson lance également régulièrement des campagnes pour informer les enfants de leurs droits. A une époque où nous nous élevons à juste titre contre les sévices infligés aux femmes et aux enfants, il est surprenant que nous fassions si peu cas de l?agression envers les embryons humains que représente l?avortement. Il est aussi choquant qu?à une époque où nous nous opposons avec conviction à la peine de mort dans tous les cas, nous banalisions l?avortement, allant même jusqu?à revendiquer le droit de commettre ces meurtres légalement !

L?avortement est devenu un moyen de contraception

L?avortement est aujourd?hui présenté par ses partisans comme ?un droit à respecter?. Pour justifier cette revendication, l?accent est mis sur la liberté de chaque femme à ?disposer de son ventre?. Les femmes ont raison de tenir à leur liberté, en particulier celle de disposer de leur corps à bon escient. Cependant, les scientifiques disent aujourd?hui que le f?tus n?est pas une partie du corps de la femme mais un être humain différent, qui a ses caractéristiques génétiques propres. Avorter ce n?est donc pas se faire arracher une dent ; l?embryon humain, tout petit, est déjà un être humain. De plus, les implications psychologiques, familiales ou sociales pour la femme qui se fait avorter sont occultées dans le débat.

Notre approche à la légalisation de l?avortement ne repose pas sur la crainte de ?dévergondage sexuel?. Une étude de la MFPA, réalisée en 1993, communique les faits suivants : 94,7 % des femmes qui ont recours à l?avortement à Maurice sont des femmes mariées qui utilisent l?avortement comme un moyen de contraception. Ce chiffre est révélateur et pose le vrai problème : il semblerait que malgré les efforts déployés dans le pays pour le contrôle de la fécondité depuis plus de 30 ans, beaucoup de couples n?arrivent pas à maîtriser leur fécondité de manière responsable. Nous sommes alors en droit de nous demander si l?Etat a le droit de légiférer alors que la vraie solution réside dans une politique énergique d?éducation sexuelle dans le pays ?

Les cas de détresse tragique sont inversement faibles (5,3 %). Quelle que soit la profondeur de certaines détresses, est-ce respecter la dignité des femmes que de leur offrir la possibilité d?enlever la vie ?

Légaliser l?avortement, se serait désespérer de la capacité d?une société d?accueillir les femmes en détresse et de vivre avec elles une vraie solidarité. Notre société a le devoir de proposer des solutions humanisantes, plutôt que d?abdiquer devant ses responsabilités.

Mesures alternatives à la légalisation de l?avortement

Au lieu de légaliser ou de dépénaliser l?avortement dans des cas de détresse, toute une série de mesures pratiques ont déjà été proposées aux autorités. Ces propositions visent à venir en aide aux jeunes filles et aux femmes en difficulté tout en respectant leur dignité de femme, et en leur donnant les moyens d?accueillir la vie humaine qu?elles portent en elles.

Un document dans ce sens a été remis aux parlementaires en 2003. Il suggère notamment de :

Rendre la loi plus sévère pour des cas de viol et d?inceste ; Réaliser une politique d?éducation affective, sexuelle et parentale et statuer en ce sens ; Prendre des mesures de solidarité pour les futures mères en difficulté

Améliorer les conditions d?adoption ; Elaborer une politique spéciale de logement et de soutien pour les mères célibataires ; Subventionner les crèches.

Conclusion

Dans ce débat sur la légalisation de l?avortement, l?Eglise rame à contre-courant des idées dites ?modernes?. Sa mission est d?attirer l?humanité vers ce qu?elle a de plus noble. En tant que responsables de la société, nous nous devons de combattre ce qui, à notre point de vue, déshumanise l?Homme.

Maurice E. Piat Evêque de Port-Louis

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