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Questions au Professeur Shadrack Bo Gutto

4 décembre 2005, 20:00

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En quoi consiste votre travail ?

Il consiste à gérer le nouveau centre d?études de troisième cycle sur la Renaissance africaine. Le centre se focalise sur des domaines de connaissances relatives aux défis stratégiques de l?Afrique, telles la pauvreté, la gouvernance et la position du continent dans le système mondial. Naturellement, l?accent est mis sur la renaissance africaine. Car, quel que soit leur héritage, c?est la force collective des Africains qui nous permettra d?aller de l?avant.

Que comprenez-vous par Renaissance africaine ?

Elle commence avec l?individu et sa connaissance de l?Afrique. Le colonialisme a bâti un système éducatif paradigmatique dont nous n?avons pas réussi à nous détacher de façon substantielle. Nous devons commencer par comprendre où nous étions avant le colonialisme. Nous devons redécouvrir ce self perdu. Pour cela, nous travaillons avec le gouvernement, le monde académique, les organisations régionales (telle l?Union africaine), et la société civile. Nous voulons même influencer le système international, tel que les Nations unies (Onu). L?Onu veut enseigner la démocratie mais elle n?est pas démocratique elle-même?

Voulez-vous effacer la période coloniale de la mémoire collective ?

L?obstacle principal est notre connaissance qui a été déformée. Vous ne pouvez pas ignorer l?Histoire.Toutefois, il faut l?interpréter, comprendre ce qu?elle a fait et ce qui doit être fait pour changer son impact.

Parlez-nous de votre visite à Maurice.

Elle est organisée par le Bureau sud-africain du haut-commissaire des droits humains de l?Onu. J?ai animé des séminaires sur les droits humains et la violence contre les femmes et les enfants. J?ai rencontré des chefs religieux, des ministres, des parlementaires, des juges, des représentants de la police et du service des prisons. On a pu déterminer les défis.

La police perçoit souvent les droits humains comme un obstacle à leur travail. Pour vous, cela ne devrait pas être le cas.

Cette perception doit changer. Le travail de la police consiste à empêcher des crimes, à protéger la vie et la propriété des gens et à enquêter sur des crimes. Vous ne pouvez violer des droits alors que vous êtes supposé les protéger. Il existe d?autres moyens de découvrir la vérité que d?obtenir des confessions par la force.

Qu?est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre visite ?

Maurice est un pays qui essaie d?améliorer son fonctionnent et de respecter la loi et les droits humains. Le pays est confronté à des défis très sérieux en raison de certains excès, comme démontrés par la police et l?expérience vécue de certaines personnes en prison. La Constitution protège uniquement les droits civiques et politiques, et non les droits sociaux et culturels. Mais Maurice cherche tout de même à améliorer la situation des droits humains.

Le pays a ratifié le Protocole facultatif de la Convention contre la torture. Les observateurs étrangers pourront visiter les lieux de détention.

C?est bien, car ça permet à ceux qui ont été torturés, ou qui le prétendent, de présenter leurs cas devant des institutions internationales. Mais le renforcement des droits humains doit se faire chez soi, dans les écoles, universités et autres, avant tout. C?est comme ça qu?une culture des droits humains est créée. Il ne faut pas avoir à attendre d?avoir recours à des institutions internationales. Celles-ci doivent être utilisées en dernier recours.

Il y a donc de l?espoir pour les droits humains en Afrique ?

Oui, il y a de l?espoir. Mais il y a aussi énormément de travail à accomplir. Les droits humains doivent être perçus dans le contexte des responsabilités. Par exemple, je veux jouir pleinement de mes droits mais il ne faut pas qu?ils enfreignent sur ceux des autres. Avec cette approche, celle des droits et des responsabilités, on pourra aller loin.

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