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De molleton en sale drap !

3 décembre 2005, 20:00

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Un ancien ministre de la République dans de sales draps pour une affaire de couvertures ! La nouvelle est tombée cette semaine. Dans un jugement rendu jeudi, la cour intermédiaire a retenu les accusations de complot formulées contre Vishnu Bundhun.

C?est l?une des rares fois où la justice se paie, en matière criminelle, le scalp d?un politique.

L?ancien ministre de la Sécurité sociale, Vishnu Bundhun, est accusé d?avoir sollicité de l?argent auprès d?un prestataire qui avait décroché un contrat de 105 000 couvertures.

Un proche de ce fournisseur allègue que le ministre aurait réclamé un bakchich de Rs 10 par couverture.

Après avoir passé à la loupe la procédure suivie pour l?octroi du contrat et les échanges de correspondance entre le ministère et l?homme d?affaires, la cour a retenu la version de l?accusation soutenue par Me Johanne Moutou-Leckning du parquet. Elle a condamné l?ancien ministre à six mois de prison.

<B>Son sens de la rigueur</B>

Le déclenchement de l?affaire, en 2000, devant l?Economic Crime Office (Eco), aujourd?hui remplacé par l?Icac, avait fait grand bruit à l?époque, provoquant la démission du ministre et, indirectement, la dissolution prématurée du parlement, en août 2000. L?alliance MSM-MMM en avait d?ailleurs fait l?un de ses principaux thèmes pendant la campagne électorale pour le scrutin de septembre.

Avec le verdict rendu jeudi par les magistrats P. Fekna et S. Hamuth-Laulloo, l?affaire n?est pas pour autant réglée. L?accusé compte faire appel. À son tour, il parle de complot contre sa personne par certains hauts fonctionnaires et des fournisseurs qui n?auraient pas apprécié, dit-il, son sens de la rigueur, du temps où il était Junior Minister à la Santé.

En attendant que d?autres instances judiciaires se prononcent, le citoyen Vishnu Bundhun a droit à la présomption d?innocence. Il reste en liberté conditionnelle. Il a fourni une caution de Rs 30 000 et signé une reconnaissance de dette de Rs 50 000.

Ce verdict, bien que suspensif, est à mettre au crédit de notre système démocratique. Il prouve une fois de plus que Maurice demeure un Etat de droit et que la justice ne fait pas de distinction entre l?homme de la rue et un puissant de la République.

Il fait aussi ressortir que l?octroi de certains contrats peut donner lieu à des marchandages entre fournisseurs et agents de l?État et qu?il est donc impératif d?avoir une institution susceptible de freiner certaines pratiques.

<B>L?institution fonctionne au ralenti</B>

L?Eco, qui avait pour mission d?exercer cette vigilance, a été dissous en décembre 2001. Il a été remplacé par l?Independent Commission against Corruption (Icac). Le changementn?a toutefois pas donné les résultats escomptés. L?institution a été marquée par de nombreux tiraillements internes au point où le Parlement a accepté à l?unanimité, le 9 septembre dernier, de modifier sa composition et le mode de nomination de ses principaux cadres.

Mais l?entrée en fonction du prochain directeur général se fait attendre. L?hôtel du gouvernement a annoncé avoir proposé ce poste au juge Bushan Domah. Les nouvelles conditions de travail de ce dernier n?ont toujours pas été finalisées et le directeur général désigné n?a pas encore pris ses nouvelles fonctions.

Cela fait bientôt trois mois que la loi a été amendée. Depuis, l?institution ne fonctionne qu?au ralenti. Faut-il en rire ou en pleurer ?

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